Un ghetto aux portes de la ville

lundi 14 décembre 2009 à 23:55
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Famille dans la rue ,.jpg150 familles vivent parquées dans une favela dans la proche banlieue d’Oran
Occupant des baraques de fortune depuis les années quatre-vingt, 150 familles vivent sans gaz de ville, sans eau.

En dépit de toutes les mesures prises par le gouvernement pour éradiquer les bidonvilles, dans certaines régions telles que des communes d’Oran, beaucoup reste à faire. Hormis le recensement de 1990, nous n’avons jamais été recensés, encore moins concernés par les différentes opérations de relogement», ont déclaré les habitants du bidonville Cab, une excroissance implantée au beau milieu d’une exploitation agricole coincée entre les communes d’Oran et de Sidi Chahmi.

«Pour avoir de l’eau, il faut attendre qu’un camion-citerne passe de temps à autre dans les environs. Nous en approvisionner nous revient très cher.

Sinon, nous sommes obligés de nous alimenter ailleurs», nous déclare-t-on. Plus d’une centaine de familles, composées en majorité de 3 à 10 membres, vivent dans ce bidonville. «Nous avons des problèmes de santé liés à un environnement malsain. C’est un lieu sans hygiène, sans eau courante, sauf quand il pleut, et avec la pluie le site devient alors un bourbier, où on patauge dans la gadoue jusqu’aux genoux.

Aucune décision n’a été prise pour nous reloger ou améliorer notre quotidien, si ce n’est le raccordement de nos habitations au réseau d’électricité, pour lequel nous avons dû vendre ce que nous possédions, afin de voir clair.

Nous n’avons jamais bénéficié des successifs programmes de relogement. Aucune aide ne nous a été attribuée par les autorités locales. Nous vivons dans un ghetto.Ces derniers vivent dans de mauvaises conditions, privés de toutes commodités. Signalons que ces familles vivotent avec un revenu variant de 1.000 à 6.000 DA, selon leurs pensions, et la majorité sont des chômeurs.

«Nous essayons de trouver des petits boulots qui nous permettent de survivre», nous disent des adolescents qui, normalement, devraient être sur les bancs d’écoles. Malgré les mesures et les instructions données par le président de la République pour l’éradication de l’habitat précaire, ces sites poussent comme des champignons et les provisoires sont devenus des habitations durables.

Les habitants ont perdu espoir d’avoir un jour un logement décent. La misère et le désarroi constituent le quotidien amer des 150 familles occupant le bidonville, offrant un véritable décor de misère et de malaise social.

Ces baraques sont en effet construites à l’aide de zinc, de plaques métalliques, de planches, de toiles en plastique et autres matériaux. En se déplaçant sur les lieux, nous avons pu constater la réalité difficile que vivent les habitants de cette excroissance honteuse de l’urbanisme de la capitale de l’Ouest. «Je suis né dans ce bidonville, cela fait presque 26 ans que j’habite ici avec mes deux autres frères, ainsi que leurs familles.

Certains vivent à près de 30 membres et nous vivons tous dans ces quatre pièces de fortune, nos espoirs d’acquérir un logement s’amenuisent de jour en jour. Cette baraque de fortune est devenue notre seul toit. Il est vraiment difficile de vivre dans ces conditions, vous pouvez le constater.

Comme vous voyez, nos conditions de vie sont déplorables. Les enfants tombent souvent malades à cause de l’humidité et de l’insalubrité des lieux.

Collées les unes aux autres, certaines de ces habitations sont occupées, en plus des humains, par des rats, présentant ainsi un réel danger pour la santé des occupants, notamment celle des enfants.

«On vit avec les rats. Vous pouvez les trouver partout, ce n’est plus une vie», souligne un homme âgé de plus de 60 ans, grand-père et père de famille. Il poursuit : «Nous n’avons pas où aller, nous sommes obligés de vivre dans cet endroit, malheureusement pour nous».

Ce père de famille au chômage, a insisté pour nous faire visiter sa masure. Constituée d’une pièce et d’une cuisine, une odeur insupportable a agressé notre odorat dès le seuil de l’habitation franchi, où était allongé un enfant de moins de dix ans atteint d’anémie.

Des adolescents adossés au mur, se sont approchés de nous pour en savoir plus sur la raison de notre présence. Apprenant que nous sommes des journalistes , ces derniers se sont dirigés vers nous pour nous raconter leur amer quotidien.

Sur le chemin de retour, un homme, la cinquantaine, a voulu nous parler, pour se contenter de nous dire : «Le jour où je bénéficierai d’un appartement, je mettrai le drapeau algérien sur mon balcon, signe de mon indépendance». Ce père de famille occupe son «habitation» depuis 1983. «Mon fils a maintenant 29 ans et je n’arrive pas à avoir un toit digne pour mes enfants», ajoute-t-il.

Au même moment, l’Etat assure que l’opération de recensement des bidonvilles à travers le pays a pris fin en 2008 et la liste de leurs habitants arrêtée, indiquant que le gouvernement ne tolérera désormais plus la construction de tels baraquements, assurant que la réalisation de logements publics destinés à leur éradication sera accrue.

Depuis notamment sa réélection en 2004 et en 2009, le président Bouteflika a fait de l’éradication des bidonvilles, ou «habitat précaire», comme ils sont pudiquement appelés par les officiels, l’une de ses principales priorités qu’il fixe aux gouvernements successifs. Des commissions administratives ont été installées dans différents bidonvilles.

Ces commissions placées sous la responsabilité du Directeur de l’habitat et de l’urbanisme de chaque wilaya, sont composées de représentants de la sûreté nationale ou de la gendarmerie, des autorités locales et des directions de l’urbanisme.

Leur mission est de veiller à la non-construction de nouveaux bidonvilles avant le démarrage de l’opération de recensement des familles vivant déjà dans ces baraquements, afin de les reloger dans des habitations décentes.

«Mais rien pour nous, ne sommes-nous pas Algériens ?», réplique une femme. Les bidonvilles sont l’émergence d’un besoin d’hébergement d’abord provisoire, puis d’un lieu de regroupement de personnes originaires de diverses régions.
Au fil des années, les baraques se structurent (plusieurs pièces) elles se revendent, des ruelles voient le jour. Parfois, il n’y a qu’un seul WC collectif pour toute une allée.

Les rues sont étroites, sales et boueuses, elles sont pleines de vieux objets, de déchets, et se trouvent souvent près d’une décharge.

Les «maisons» sont formées d’une seule pièce, elles sont insalubres et composées de lits, d’une cuisinière ou d’un réchaud et d’une table. Les fenêtres sont fermées avec des ficelles. Pour se laver, il y a une bassine qui sert également pour la toilette. Personne ne rend visite à ces familles, ni médecin, ni services sociaux.

Depuis tout le temps, on multiplie les recensements et les promesses de relogement pour les milliers d’habitants du bidonville.

Hélas, les logements, pourtant prêts à être distribués, demeurent otages de calculs. « Qui a profité jusqu’ici de ces programmes de relogements», s’exclament ces malheureux. Ont-ils vu ces jeunes enfants jouer dans la mare de boue? Nos responsables ressentent-ils ce que nous ressentons au réveil, chaque matin au milieu des trous à rats et de serpents ? Certaines mères de familles font la lessive pour d’autres, moyennant quelques dizaines de dinars.

Non, ils n’ont rien vu et au rythme où vont les choses, ils ne verront rien, ils sont sourds et aveugles aux drames qui se jouent aux portes d’Oran. Aux premières averses généreuses, le gourbi est submergé par les eaux boueuses charriées depuis les surfaces agraires.
Et cet autre hiver s’annonce rude pour tous les habitants du bidonville et leurs enfants, privés des droits humains les plus élémentaires.

Ces carrés en parpaing coiffés de tôles de zinc, des égouts à ciel ouvert, des cloaques et des odeurs nauséabondes, des gamins courant et s’amusant dans un marécage d’eaux usées sont une honte pour les responsables locaux.
Bienvenue au bidonville où près de 150 familles vivent dans un dénuement total.

Ce bidonville fera tache d’huile et restera un embarras pour ceux qui veulent faire d’Oran, une capitale de l’Ouest et un pôle économique et industriel par excellence.

Hadj Hamdouche

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