Pièces détachées auto Ce que vous ne savez pas !

mardi 29 décembre 2009 à 1:29
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pieces_detachees_pour_voitures_beauvais-pieces-auto_dbJRBN.jpgUne pompe à eau pour votre voiture peut vous coûter 17.000 DA, ou 9.000 DA ou même 6.500 DA et 4.500 DA.

Derrière cet écart des prix, un marché annuel de près de 300 millions de dollars, des arnaques, un savoirfaire, des importateurs, des fabricants, des concessionnaires et une guerre à coup de pubs et de fausses pubs.

Panorama d’un marché pas comme les autres. L’enjeu du marché algérien de la pièce détachée automobile et mécanique n’est plus à démontrer.

Le parc national des voitures a explosé cette décennie avec la formule du crédit automobile. Et même après l’abandon de cette formule de financement, le marché de la pièce de rechange se porte bien et pour longtemps.

Tellement d’ailleurs que l’Etat a dû intervenir, parfois avec les maladresses de sa bureaucratie, pour réguler cet empire. Pour lutter officiellement contre la pièce de rechange contrefaite, dite aussi «Taïwan», le ministère du Commerce a plaidé la cause d’une sur-bureaucratisation des circuits d’importation à dessein de mettre fin au déversement de la contrefaçon dans le marché algérien.

Une contrefaçon inculpée, autant que l’imprudence, dans le procès des terrorismes des routes algériennes, qualifiées comme l’un des réseaux des plus dangereux au monde. Bien loin des années où il fallait «avoir le bras long» et bénéficier «d’interventions» pour trouver une plaquette de frein pour sa Lada, le marché algérien de la pièce de rechange se porte bien.

Aujourd’hui. La raison ? Une multiplication des circuits d’approvisionnement et des offres de plus en plus concurrentielles.

A savoir les concessionnaires des grands labels des voituriers du monde, porteurs des offres des SAV et des entretiens de toutes sortes, et les importateurs libres. Du coup, en sourdine, et avec au centre le ministère du Commerce souvent ballotté ou mal informé ou objet d’opérations de désinformation ou de charme et de pressions, une guerre est là entre les deux camps.

Pour les initiés, donc, les enjeux sont on ne peut plus visibles: les importateurs essayent de sauvegarder leur marché et leurs parts là où les concessionnaires, sous pressions des maisons mères et des cahiers de charges, essayent «d’écouler» leurs stocks avec la vente concomitante de leurs services selon des tarifs exorbitants parfois. Toute la génération du «crédit automobile» des années 2000/2010 a fait expérience de la facture lourde pour une simple révision de base et quelques remplacements «légers» de quelques pièces à usure rapide.

La pièce de rechange coûte, ici, en effet souvent le double du prix du marché, avec en sus le pourcentage pour la maind’oeuvre dite qualifiée. L’argument premier des garages des concessionnaires, en règle générale et sauf quelques exceptions, est que «nous, nous vendons de la pièce d’origine ».

L’expression, entrée dans le langage de ce milieu, signifie en gros, le contraire de pièce contrefaite ou de mauvaise qualité. Et c’est avec ce label qu’un certain lobby sembler avoir pesé sur quelques décisions du ministère du Commerce au point d’avoir presque accrédité un projet de monopole du marché de la «pièce» au profit exclusif des concessionnaires des grands labels ou de leurs sous-traitants. «Une belle arnaque !» s’insurgent très vite les importateurs algériens.

Explication: incapable encore de s’organiser en lobby ou en association corporatiste, les importateurs algériens expliquent ne pas avoir de relais dans les médias et les institutions de l’Etat et donc ne pas avoir voix au chapitre «pour peser sur la décision». En plus clair, «les concessionnaire veulent rafler le marché et nous tuer pour des raisons totalement fallacieuses».

En effet, l’expression «pièces d’origine» cache une véritable industrie de courtage sur la pièce, si on ose la formule. «Il existe quatre sortes de familles de pièces de rechange dans le marché algérien et dans le marché international: à savoir, la pièce d’origine, la pièce de première monte, la pièce adaptable et la pièce de basse qualité», nous indique un importateur à Oran, gérant d’une affaire familiale depuis trois décennies dans le secteur.

LA PIÈCE D’ORIGINE, SON PRIX ET SA RAISON

Pour cette catégorie, il s’agit de pièces commandées par le constructeur du véhicule (qui ne fabrique presque rien ou à peine un volume de 5% à 6% du volume des 10.000 à 15.000 pièces que compte un véhicule) auprès de fabricants spécialisés de pièces détachées et sur un bon de commande «calculé sur la base du nombre des voiture X à mettre sur le marché et sur une période donnée et pour un prix projeté ».

Le fabriquant s’engage à couvrir le marché pendant quelques années, en général cinq ans, avant de libérer le filon. «Ces pièces sont dites d’origine car elles sont fabriquées sur commande du constructeur qui va y apposer son logo et les écouler sous son propre emballage et par le biais de son réseau». La formule se traduit par un surcoût important pouvant aboutir à près de 50% d’augmentation sur le prix d’origine.

«C’est ce qui explique pourquoi les concessionnaires algériens sont obligés par la maison mère de vendre ces pièces d’origine, et au prix que vous savez», nous explique notre source. Préoccupé par le contrôle et la protection des consommateurs algériens, le ministère avait été tenté d’offrir, nous diton, le marché à ceux qui se réclamaient d’une garantie réelle, «mais au détriment du consommateur algérien et avec le drainage des devises que va supposer cette surfacturation indirecte».

LA PIÈCE DE 1RE MONTE

A comprendre, pour les profanes, une pièce d’origine mais sans intermédiaires. Explication là aussi: sur le volume global d’un bon de commande du constructeur (qui ne fabrique pas les pièces de sa voiture rappelons-le), un fabricant va revendre, en «l’état» en quelque sorte, de la pièce de rechange «de la même qualité que celle dite d’origine» mais directement vers les réseaux de distribution propres.

«C’est-à-dire sans le logo ni l’emballage du constructeur ». C’est ce qui fait que l’on peut retrouver une pièce similaire, dans le marché algérien, à la pièce dite d’origine mais avec 40% de moins dans les tarifs.

«Le constructeur revend un service et… un emballage. Le client algérien non informé considère donc la pièce de 1re monte comme une pièce de moindre qualité, une pièce «fausse» ou douteuse alors qu’il s’agit de la même pièce que celle dite d’origine, mais avec l’emballage en moins», selon notre interlocuteur. «Sur le marché, il s’agit là des meilleures qualités de pièces de rechange mais beaucoup de clients non spécialisés ne le savent pas».

LA PIÈCE ADAPTABLE

En termes profanes, il s’agit de la pièce «qu’on ne retrouve pas dans le véhicule à sa sortie d’usine et qui est une sorte de pièce fournie pour les mêmes besoins, par des fabricants moins connus».

Cette pièce est «tout à fait de qualité, homologuée et certifiée avec une fourchette de prix de 30% encore moins chère que la pièce de première monte». Ces fabricants répondent à leur manière aux marchés ciblés, selon la hiérarchie des pouvoirs d’achat des importateurs et de leurs clients, et à leurs capacités d’écoulement.

Là on est encore loin de la pièce dite «Taïwan». Car selon les spécialistes de ce secteur, «il faut arrêter de dire pièces Taïwan, car Taïwan est un pays qui fabrique des pièces aux normes des meilleures qualités mondiales, tout autant que le Japon par exemple». L’expression désignera, en forçant le trait, des pièces contrefaites, originaires de «Chine» selon le préjugé. Ces dernières sont toutefois de plus en plus rares dans le marché algérien.

«Les pouvoirs publics ont réussi à y faire barrage et à mettre au point des dispositifs de filtrage efficaces, mais cela est dû aussi au client devenu de plus en plus vigilant et exigeant sur la qualité de la pièce» qu’il va investir dans un véhicule souvent sous hypothèque bancaire et encore non payé totalement et qui lui a coûté toutes ses économies.

LA PIÈCE X FAUTE DE MIEUX

C’est ainsi que l’on peut désigner un groupe de pièces détachées, encore en offre dans le marché algérien, et dont la qualité est fortement douteuse. Le ministère ayant en effet réussi à stopper le flux des pièces contrefaites, mais n’arrive pas à contrôler le marché des importations des pièces de basse qualité. «Cela dépend en effet des caractéristiques du marché et du parc algérien», nous dit-on.

Une tendance mondiale chez beaucoup de constructeurs consacre une formule dite de voiture tiersmondisées en quelque sorte pour des marchés spécifiques. «L’Algérie est le seul pays où l’on retrouve presque toutes les marques des constructeurs avec parfois de véritables voitures-poubelles, de low-cost et donc adaptées à un marché d’équipements et de pièces détachées selon des coûts et une qualité bas».

Cela veut dire «qu’à Taïwan, en Chine ou ailleurs, on vous vend selon le parc de votre pays, le pouvoir d’achat de vos clients et selon les exigences des importateurs». Bon nombre de ces derniers, soucieux d’amortir leurs frais ou de calculer les marges, demandent au fabriquant en Asie de fabriquer selon des critères peu rigoureux. «Là, il ne s’agit pas de pièces contrefaites, mais de pièces de mauvaise qualité, avec des labels qui se rapprochent des logos des pièces de bonne qualité pour créer l’illusion».

UN MARCHÉ AUX PUCES ET AUX PIÈCES !

Pour le moment, et derrière la lutte des parts de marché entre importateurs et concessionnaires, l’Etat tente d’organiser l’activité et de sécuriser les consommateurs, tant bien que mal.

Pour ce faire, la méthode par défaut a été, encore une fois, une sur-bureaucratisation des circuits d’importation. «Cela est légitime mais personne ne vérifie par exemple si les stocks des concessionnaires disposent des pièces de rechange que le cahier des charges de leurs activités leur impose en matière de SAV.

Souvent, c’est chez nous qu’ils viennent s’approvisionner pour réparer votre voiture dans des garages auxquels vous n’avez pas accès». Pour tout importateur du secteur donc, il est exigé une série de certificats pour tout produit ciblé.

Sur la liste de ces documents, on retrouve le certificat de conformité (présenté par le fournisseur et certifiant la qualité de son produit), le certificat d’origine (apparemment abandonné depuis deux mois, et présenté par le fournisseur encore une fois, et sur la foi de l’usine de fabrication de son produit), le EUR1 (servant à des calculs de réduction sur les taxes, selon les accords Algérie/ UE), le EX1, une déclaration d’export du fournisseur, le document de contrôle de qualité, exigé par les services de la DCP, et délivré par un organisme de contrôle indépendant chargé de vérifier de visu la qualité et la quantité de celle-ci (des bureaux comme le SGS ou Bureau Veritas, etc., entre autres), etc.

Autant de documents qui greffent leurs coûts sur le coût final à répercuter sur le client, au bout de la chaîne. Selon beaucoup de gens de ce métier, ces documents sont nécessaires, permettent d’assainir le filon et de faire émerger des importateurs soucieux de la qualité, mais signifie surtout une incapacité nationale à contrôler la qualité des importations.

«La plupart des documents sont exigés du fournisseur qui, en vérité, n’a pas à se conformer à nos lois et textes», nous explique notre source. En clair, incapable de disposer d’appareils et d’institutions de contrôle et de certification fiables en Algérie, l’Etat a déplacé le problème en exigeant des certificats auprès des fournisseurs. «La mesure est justifiée mais la brèche est ouverte».

Ces documents pouvant eux-mêmes servir de marchandise dans un milieu de commerce international féroce et restent plus ou moins efficace face à des circuits de corruption ou de racket qui parasitent les circuits d’importation en Algérie. «Ceci sans parler des coûts induits par les services bancaires, aujourd’hui avec la main haute sur les opérations de CREDOC entre autres».

ET À LA FIN, LE MÉCANICIEN

Le marché et la réputation de l’importateur de la pièce détachée dépendent enfin du maillon faible de la chaîne en Algérie: le mécanicien. «Vous pouvez avoir la meilleure pièce mais avec le mauvais mécanicien, elle ne vous servira à rien». Les mécaniciens algériens sont en effet souvent formés dans le tas, «ne savant presque pas ce que signifie un fichier de réparation ou de montage» et ne bénéficient d’aucune formation sérieuse «sauf chez les concessionnaires ».

Mais là aussi les déperditions de personnel sont importantes «puisque dès que vous formez un bon mécanicien avec frais et déplacements de stage, il s’empresse de quitter son poste au retour et de fonder sa propre entreprise ou d’ouvrir son propre atelier», conclut l’un de nos interlocuteurs. Cette crise de la ressource humaine affecte là aussi l’industrie de la pièce de rechange et la réputation de ses acteurs.

Kamel DAOUD

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