Le marché parallèle de change s’embrase

mardi 29 décembre 2009 à 1:25
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c73-euro-dinar-change-port-said-alger.jpgLes réveillonneurs, les spéculateurs et le dinar

Sale temps pour le dinar algérien.
Les cambistes spéculateurs semblent réussir ces derniers mois à imposer leur dictat sur le marché informel de devises profitant au maximum du laxisme des autorités monétaires, en particulier la Banque d’Algérie. Des millions en devises échappent actuellement au Trésor public.

Ces millions s’échangent au vu et au su des autorités. Dans la rue comme au square Port Saïd dans la capitale. Ou près du consulat d’Espagne à Oran, dans des restaurants ou dans des locaux connus pour cette activité. Les transactions se font à toute heure de la journée, sans que ces cambistes spéculateurs ne soient inquiétés ni par les autorités monétaires, ni par les services de l’ordre ni même par le Fisc.

Nombreux cambistes ont amassé des fortunes estimées en milliards de centimes. Rien ne peut échapper à ces grands bonnets de la devise. Certains d’entre eux n’ont jamais mis le pied à l’école. Mais ils sont au courant de toutes les fluctuations du marché de change dans les bourses internationales. Ils ont le flair des bonnes affaires. Ils savent comment et quand se pointe la bonne occase.

On les reconnaît facilement avec les liasses de billets de banque à la main, un téléphone portable et une machine à calculer. Les cambistes fixent à leur aise les coûts d’achat et de vente de la devise -sans se soucier- de la loi de l’offre et de la demande. Et le plus étonnant dans cette jungle de la devise c’est cette espèce d’homogénéité dans la «confrérie» des cambistes.
Il est rare ; impossible de trouver un cambiste qui ose casser les prix.

Cette jungle de change est une véritable institution. Le prix d’achat et de vente est fixé au préalable avec l’accord de tous les cambistes d’une même place. «L’euro est à 12,60 (1 euro = 120,60 DA) à l’achat et 120,48 à la vente», lance ce jeune cambiste. Il est de 30 % plus cher que le cours officiel qui tourne autour des 100 DA (96,5).

Parmi les causes de cette flambée de la monnaie européenne, il y a les «réveillonneurs». Ces clients réguliers des cambistes profitent de l’occasion pour mettre le paquet. Ils achètent le maximum d’euros pour aller passer le réveillon en Europe. Il y aussi les importateurs qui achètent des produits de consommation en prévision des fêtes de fin d’année.

Certains cambistes justifient cette envolée de l’euro par la faiblesse de l’offre en monnaie européenne à cause de la chute drastique des transferts en devise des émigrés. Les ressortissants algériens résidant en Europe, particulièrement en France, avaient l’habitude d’alimenter le marché des devises en Algérie. En effet, nos émigrés recourent rarement aux banques pour transférer leurs argents.

Ils préfèrent le marché parallèle pour convertir à un meilleur prix leur argent. Ces derniers mois, les émigrés algériens souffrent des affres de la récession économique qui a frappé l’Europe. Difficile de faire des épargnes dans ces conditions.

Le manque à gagner est considérable. Cependant, il n’y a pas seulement la monnaie européenne qui a pris des ailes ces dernières semaines dans le marché parallèle, mais il y a aussi le dinar tunisien qui fait des siennes. 100 dinars tunisiens sont proposés à partir de 6.000 dinars algériens. Voire 6.500.

La cause : c’est encore les réveillonneurs. Nombreux vacanciers algériens préfèrent profiter de cette période de vacances pour se rendre en Tunisie. «Nos vacanciers préfèrent faire la fête dans les luxueux hôtels de Tunisie», confie ce jeune homme.

Ces fêtards ne sont pas seulement des jeunes couples, mais il y a également des familles entières qui se rendent en Tunisie pour passer les vacances d’hiver. A quand les bureaux de change? Pour mettre un terme à l’anarchie qui prévaut dans le marché parallèle de devises, la solution reste de régulariser cette profession.

«Les autorités monétaires sont prêtes à accorder le feu vert pour l’ouverture des bureaux de change en Algérie pour absorber la devise qui circule hors des circuits légaux», avait annoncé en octobre dernier le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, devant les députés de l’Assemblée populaire nationale (APN), lors de sa présentation du rapport annuel sur l’évolution économique et monétaire de l’Algérie.

Depuis cette annonce, la Banque d’Algérie n’a rien fait dans ce sens. Les bureaux de change, en Algérie… ce n’est pas pour demain.

B. Mahmoud

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