L’ancienne ministre française et présidente de l’Association France – Algérie, Ségolène Royal, a estimé que la France devait franchir une nouvelle étape dans ses relations avec l’Algérie en présentant officiellement des excuses pour la colonisation et la guerre d’Algérie. Elle s’est exprimée mardi lors d’une intervention sur Beur FM.
Invitée de l’émission « Les Zinformés » sur Beur FM, Ségolène Royal a déclaré que la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, devait « faire le premier pas » et demander pardon pour la colonisation ainsi que pour la guerre d’Algérie.
Selon elle, une telle démarche ne relèverait pas d’une logique de culpabilisation permanente ni d’une volonté d’humiliation, mais constituerait un moyen de construire des relations plus apaisées entre les deux pays. Elle a également affirmé que l’Algérie réclamait avant tout du respect plutôt que des réparations financières.
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle française a toutefois estimé que ces excuses devaient s’accompagner de mesures concrètes. Elle a notamment évoqué la restitution des archives, le retour des biens culturels spoliés, la prise en compte des conséquences des essais nucléaires français dans le Sahara algérien ainsi que la question des mines antipersonnel encore présentes dans certaines régions du pays.
Des signes de décrispation entre Alger et Paris
Commentant la récente visite à Alger du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, Ségolène Royal a évoqué une amélioration relative du climat diplomatique entre les deux pays, tout en précisant qu’il ne s’agissait pas d’un « miracle diplomatique ».
Elle a indiqué avoir retrouvé dans certaines déclarations du responsable français des positions qu’elle défend depuis plusieurs années concernant les relations franco-algériennes. Ségolène Royal a également évoqué ses échanges avec le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez.
À ce sujet, elle a expliqué avoir recommandé aux responsables français de se rendre en Algérie sans conditions préalables, soulignant qu’il s’agissait d’un État souverain. Elle a par ailleurs affirmé que le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, lui avait indiqué être disposé à recevoir des ministres français dans un cadre exempt de toute logique de pression.
Afrique, visas et coopération économique
Au cours de son intervention, Ségolène Royal a également abordé plusieurs sujets liés à l’Afrique. Native de Dakar, elle a rappelé son engagement en faveur du continent africain et a estimé que celui-ci représentait une part importante de l’avenir de la France.
Elle est revenue sur un discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007, au cours duquel il avait déclaré que « l’homme africain n’était pas assez entré dans l’histoire ». Ségolène Royal a affirmé s’être rendue par la suite au Sénégal afin de présenter des excuses au nom de la France.
L’ancienne ministre a également critiqué certaines déclarations du président français Emmanuel Macron concernant les relations avec plusieurs dirigeants africains.
Sur le plan économique, elle a indiqué avoir constaté lors d’échanges avec des représentants du patronat algérien une volonté de renforcer les partenariats avec la France. Elle a toutefois regretté que d’autres pays parviennent parfois à développer plus rapidement leur présence économique en Algérie.
Ségolène Royal a également abordé la situation du journaliste français Christophe Gleizes. Elle a indiqué lui avoir rendu visite à deux reprises en prison et a précisé que son transfert à Alger avait facilité les visites de sa famille.
Selon elle, une éventuelle libération du journaliste dépendrait d’une grâce présidentielle. Elle a affirmé avoir évoqué cette question avec plusieurs responsables algériens, dont le président Abdelmadjid Tebboune, le ministre de la Justice, le conseiller diplomatique de la présidence ainsi que le ministre des Affaires étrangères.
Enfin, elle a assuré que Christophe Gleizes refusait toute instrumentalisation politique ou médiatique de son dossier.
