En s’affichant côte à côte à la Villa Borsig, Abdelmadjid Tebboune et Frank-Walter Steinmeier ne se sont pas contentés de célébrer la solidité de leurs liens historiques. Ils ont acté le passage d’une relation commerciale classique à un co-développement industriel et énergétique stratégique de premier plan.
C’est dans le cadre solennel de la résidence officielle de la Villa Borsig à Berlin que s’est concrétisé ce nouveau chapitre des relations algéro-allemandes.
Accueilli avec les honneurs militaires par le président Frank-Walter Steinmeier, le chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebboune, a entamé des discussions cruciales. Au-delà des civilités d’usage et des hymnes nationaux, l’enjeu de ce déplacement réside dans la rencontre attendue avec le chancelier Friedrich Merz.
Cette série d’entretiens au sommet, qui sera couronnée par une conférence de presse commune, vise à donner une impulsion politique forte à un partenariat qui dépasse désormais le simple cadre diplomatique pour s’ancrer dans le concret.
Au-delà du gaz : l’hydrogène et la sécurité énergétique au cœur des débats
Si l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement depuis la crise énergétique, l’Allemagne a trouvé en l’Algérie un interlocuteur de choix. La date du 2 juillet dernier restera à ce titre un symbole fort : elle marque la toute première livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) de la Sonatrach vers le marché allemand.
Mais l’ambition des deux pays dépasse largement les énergies fossiles. Alger et Berlin planifient déjà l’après-pétrole à travers le mégaprojet « SoutH2 ».
Ce corridor d’exportation d’hydrogène vert, reliant le Sahara algérien au cœur industriel allemand via la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, promet de faire de l’Algérie un pilier incontournable de la décarbonation européenne.
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Cette transition vers une énergie propre ne se limite pas aux exportations. Sur le plan local, le programme « TaqatHy+ » — soutenu activement par l’agence de coopération allemande (GIZ) — s’attaque au chantier de l’efficacité énergétique des bâtiments algériens.
En modernisant les normes thermiques et les lois de construction locales, ce projet transpose l’expertise technique allemande directement au service de la sobriété énergétique nationale à l’horizon 2035.

L’ère de l’intégration : vers un transfert de technologie réel
La véritable rupture de cette visite réside dans la fin de la simple logique d’importation. L’Algérie exige désormais un partage des compétences et une production locale.
- Dans la pharmacie : L’accord entre le champion national Saïdal et le laboratoire Boehringer Ingelheim en est l’exemple type, ouvrant la voie à la production locale de traitements de pointe.
- Dans l’automobile : Une délégation de constructeurs et d’équipementiers allemands s’est récemment rendue en Algérie pour poser les bases d’un écosystème de sous-traitance (pièces détachées, ingénierie, processus qualité), indispensable pour faire émerger une véritable industrie mécanique locale.
Avec plus d’une cinquantaine d’entreprises allemandes solidement établies en Algérie et une trentaine de nouveaux accords bilatéraux en cours de finalisation lors du forum économique bilatéral, cette visite d’État consacre une alliance pragmatique.

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En unissant la puissance industrielle de la première économie d’Europe au potentiel territorial du géant africain, Alger et Berlin s’imposent comme les nouveaux architectes de l’espace économique méditerranéen.
GIZ : Le bras armé d’une coopération technique de terrain
Cette dynamique bilatérale ne se joue pas uniquement dans les salons feutrés de Berlin. Sur le terrain, l’action technique menée par l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) s’impose comme le moteur silencieux mais puissant de cette transition.
Selon Elke Foerster, directrice résidente de la GIZ en Algérie, cette visite d’État arrive à point nommé pour « approfondir ce partenariat » et « explorer de nouvelles perspectives ».
La responsable dresse d’ailleurs un bilan particulièrement positif des chantiers en cours, qui se déclinent en trois grands piliers :
1. L’efficacité énergétique et le climat
Outre le programme « TaqatHy+ » (dédié aux audits énergétiques des bâtiments et au développement de l’hydrogène vert), la GIZ a collaboré avec le ministère de l’Intérieur sur le projet « Communes Vertes ».
Ce programme a permis de doter des édifices publics de plusieurs municipalités algériennes en panneaux solaires, générant une économie d’énergie substantielle estimée à environ 3 614 MWh d’électricité.
2. L’employabilité et la formation professionnelle
Afin de soutenir la diversification de l’économie nationale, l’Allemagne accompagne le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels.
L’objectif est d’ajuster l’apprentissage technique aux besoins réels des entreprises locales, assurant ainsi une main-d’œuvre qualifiée pour les futurs projets industriels bilatéraux.
3. L’innovation et le numérique
À travers le projet « Développement de l’entrepreneuriat digital et vert en Algérie » (DGA), mené avec le ministère de l’Économie de la connaissance et des Start-up, la GIZ soutient activement l’écosystème des jeunes pousses innovantes algériennes.
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« Le résultat le plus encourageant réside sans doute dans l’appropriation durable de ces approches par nos partenaires algériens, qui les poursuivent aujourd’hui de manière autonome », se félicite Elke Foerster.
