L’Algérie vient de claquer la porte au nez de l’émirati TAQA. Selon le quotidien espagnol El Confidencial, Alger a formellement refusé que ses stations dessalement tombent dans l’escarcelle d’Abou Dhabi.
Évaluées à près de 350 millions d’euros, les usines de dessalement de Mostaganem et de Cap Djinet sont donc exclues du périmètre de la cession envisagée au profit du groupe émirati. Ce refus se fait dans le cadre du rachat des actifs de GS Inima.
Comment l’Algérie a-t-elle bloqué le rachat des usines de dessalement ?
Le mécanisme utilisé est celui de l’autorisation préalable. Si la règle des 51/49 % et le droit de préemption systématique ont été assouplis ces dernières années, ils ont cédé la place à un dispositif d’agrément sur les cessions d’actifs dans les secteurs stratégiques.
En outre, la sécurité hydrique et les concessions de dessalement d’eau de mer entrent pleinement dans cette catégorie.
En refusant son feu vert réglementaire, l’État algérien gèle de facto tout transfert des parts de GS Inima sur son territoire. Pas besoin d’un décret fracassant. Un simple refus d’agrément suffit.
Qui pourrait reprendre les parts à Mostaganem et Cap Djinet ?
C’est là que la situation devient intéressante. L’exclusion de TAQA ouvre la voie à une recomposition locale de l’actionnariat.
- À Cap Djinet : la société espagnole Aqualia, filiale de FCC et co-actionnaire du consortium, dispose d’un droit de préemption commercial (droit de tanteo). Elle pourrait racheter les parts de GS Inima, résolvant l’impasse politique tout en préservant la continuité opérationnelle.
- À Mostaganem : GS Inima contrôlait la totalité de la part étrangère, soit 51 %. Sans autorisation de cession, les vendeurs devront soit extraire l’usine de la transaction, soit négocier une reprise des parts — potentiellement par l’Algerian Energy Company (AEC), filiale de Sonatrach.
Deux scénarios distincts, mais une même logique : les actifs hydriques algériens restent hors de portée d’Abou Dhabi.
Le précédent Naturgy : une ligne de conduite systématique
Ce veto ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans une continuité assumée. Au printemps 2024, la tentative de TAQA de lancer une OPA sur le géant gazier espagnol Naturgy s’était heurtée à l’opposition d’Alger. Sonatrach, actionnaire minoritaire dans Naturgy, avait agité la menace d’une réévaluation de ses contrats gaziers. Cette menace avait conduit à l’effondrement des négociations en juin de la même année.
TAQA a depuis officiellement renoncé à Naturgy. Le directeur financier du groupe, Steve Ridlington, l’a confirmé sans ambiguïté : « Relancer ces discussions ne fait pas partie de nos plans actuels ».
Le scénario se répète aujourd’hui, dans le secteur de l’eau cette fois. Alger applique une doctrine constante : aucune infrastructure vitale ne doit passer sous contrôle émirati. Pour GS Group et son acquéreur, ce blocage algérien impose une réévaluation à la baisse d’un protocole d’accord. Ce protocole couvrait des projets dans treize pays.
La souveraineté hydrique, pilier de la stratégie nationale algérienne
Ce refus prend tout son sens à la lumière des ambitions algériennes dans le secteur de l’eau. Alger a récemment débloqué un milliard de dollars pour construire trois nouvelles stations de dessalement à Tlemcen, Mostaganem et Chlef. Ces investissements s’inscrivent dans le cadre d’un plan global de 5,4 milliards de dollars. L’objectif affiché est de couvrir 60 % des besoins nationaux en eau potable par le dessalement d’ici 2030.
Dans ce contexte, céder le contrôle d’usines existantes à un acteur étrangerserait contradictoire avec la doctrine de souveraineté que défend le président Tebboune.
D’ailleurs, Alger ne ferme pas la porte à toute coopération internationale dans ce domaine. Des discussions ont récemment eu lieu avec la holding saoudienne Abunayyan. De plus, sa filiale WETICO a déjà participé à la réalisation de stations à Béjaïa, El Tarf et Cap Djinet.
