Ce mardi 14 avril 2026, Alger s’impose comme un carrefour intellectuel majeur en accueillant deux événements d’envergure : le premier Colloque international sur les échanges et l’inspiration mutuelle entre les civilisations de la Chine et des pays arabo-africains, ainsi que le quatrième Colloque international sino-arabe sur les échanges civilisationnels.
Derrière cet intitulé, l’ambition reste limpide, à savoir structurer un dialogue académique durable entre la Chine, le monde arabe et l’Afrique, à un moment où les recompositions géopolitiques redéfinissent les équilibres du « Sud global ».
L’événement résulte d’une coorganisation impliquant plusieurs institutions de premier plan, dont l’Université du Nord-Ouest de Chine, l’Université d’Alger 3, l’Ambassade de Chine en Algérie, le Centre de communication pour l’Europe de l’Ouest et l’Afrique du Groupe de communication internationale de Chine, ainsi que l’Université Fudan. Un casting institutionnel qui en dit long sur la portée stratégique de la rencontre.

Une mobilisation scientifique internationale autour des enjeux du Sud global
Plus de 60 universitaires et chercheurs issus de 13 pays ont pris part aux travaux. La Chine, l’Algérie, l’Égypte, la Tunisie, la Libye, le Soudan, la Mauritanie, l’Arabie saoudite, Oman, Bahreïn, l’Irak, le Liban et la Palestine composent ce paysage académique élargi, reflet d’un dialogue qui dépasse largement les cadres bilatéraux.
Les échanges ont couvert un spectre large de thématiques, dont l’apprentissage mutuel entre civilisations, les modèles de gouvernance, les dynamiques culturelles et humaines, sans oublier les coopérations économiques, commerciales et technologiques.
La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs figures institutionnelles. Le représentant du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a ouvert les travaux aux côtés de l’ambassadeur de Chine en Algérie, Dong Guangli. Le recteur de l’Université d’Alger 3, Pr Khaled Rouaski, ainsi que Zhao Lijun et Sun Qingwei, qui ont intervenu à distance, pour poser les jalons de cette séquence académique.

Un “Consensus d’Alger” pour structurer les coopérations futures
À travers des conférences plénières et des tables rondes thématiques, la rencontre a permis d’aboutir à plusieurs consensus. Les experts chinois, africains et arabes ont conjointement publié le « Consensus d’Alger sur le renforcement de l’apprentissage mutuel des civilisations et de la coopération du Sud global », formulant six propositions majeures :
- respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale,
- respect de la diversité des civilisations,
- renforcement des échanges humains et culturels sino-africains et sino-arabes,
- reconnaissance de la pluralité des voies de développement,
- approfondissement de la coopération en matière de sécurité internationale,
- et promotion d’une coopération globale renforcée.
Plusieurs résultats académiques consacrés aux échanges civilisationnels ont également été présentés, accompagnés d’une exposition thématique dédiée.
Ainsi, ce colloque a non seulement offert une plateforme de dialogue académique de haut niveau entre les chercheurs chinois, arabes et africains, mais a également contribué à nourrir la réflexion des pays du Sud global dans leur marche conjointe vers la modernisation. Les participants ont exprimé leur volonté de saisir cette opportunité pour promouvoir la mise en œuvre de nouveaux projets de dialogue intercivilisationnel et renforcer l’apport du monde académique à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.

Consensus d’Alger : une feuille de route stratégique pour le Sud global
C’est le véritable point d’orgue du colloque. Au-delà des échanges académiques, les chercheurs chinois, arabes et africains ont acté une position commune à travers un texte structurant : le « Consensus d’Alger ». Derrière l’intitulé, une ambition assumée, celle de peser dans la recomposition des équilibres internationaux en portant une voix coordonnée du « Sud global ».
Réunis à Alger, les participants ont clairement affiché leur volonté de dépasser le cadre du dialogue théorique. Leur objectif est de traduire l’apprentissage mutuel entre civilisations en leviers concrets de coopération politique, économique et scientifique.
Souveraineté, multilatéralisme et rejet de l’hégémonie
Premier axe, et pas des moindres, la question de la souveraineté. Les chercheurs posent une ligne nette. Chaque État, quelle que soit sa puissance, doit évoluer sur un pied d’égalité au sein de la communauté internationale.
Ils rejettent explicitement toute forme d’ingérence extérieure et s’opposent aux logiques unilatérales qui dominent encore certains rapports de force. En toile de fond, une critique à peine voilée des mécanismes de domination globale.
Le texte défend un multilatéralisme « réel », recentré sur le rôle des Nations unies, avec une exigence claire, rééquilibrer la gouvernance mondiale en renforçant la représentation des pays du Sud.
Diversité des civilisations : sortir de la logique de confrontation
Le deuxième pilier renvoie au fait civilisationnel. Ici, le discours tranche avec les approches classiques. Les signataires refusent toute hiérarchisation des cultures et défendent une vision horizontale des civilisations.
L’idée centrale est de transformer les différences en ressources plutôt qu’en lignes de fracture. Le consensus insiste sur le rôle du dialogue intercivilisationnel pour désamorcer les tensions et limiter les conflits.
En clair, on ne parle plus seulement de coexistence, mais d’un modèle d’interaction basé sur l’apprentissage mutuel et le rejet des logiques de supériorité.
Recherche, savoirs et diplomatie académique comme leviers d’influence
Troisième axe, plus opérationnel, explore le renforcement des échanges humains et scientifiques. Les participants placent clairement le monde académique au cœur de la dynamique.
Ils annoncent une montée en puissance des études chinoises en Afrique et dans le monde arabe, tout en appelant à développer les études africaines et arabes en Chine. Une stratégie de rééquilibrage des flux de savoirs, encore largement asymétriques aujourd’hui.
Universités, centres de recherche, médias, tous les acteurs du champ intellectuel entrent dans l’équation. Le texte insiste aussi sur la traduction des œuvres classiques, la valorisation du patrimoine et le développement de coopérations culturelles et touristiques.

Modernisation plurielle et alignement des stratégies de développement
Quatrième axe, la modernisation. Ici encore, le consensus refuse les modèles uniques. Chaque région construit sa trajectoire en s’appuyant sur ses propres références historiques et culturelles.
Les chercheurs appellent à un alignement stratégique sans uniformisation. Concrètement, cela passe par le partage d’expériences en matière de gouvernance et par une coordination accrue des politiques de développement.
Le texte mentionne explicitement plusieurs cadres structurants, dont l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la Vision arabe 2045, avec un objectif affiché, accélérer une croissance durable, qualitative et ancrée localement.
Sécurité régionale : priorité au Moyen-Orient et soutien à la cause palestinienne
Cinquième axe, hautement sensible, la sécurité internationale. Les participants recentrent le débat sur le Moyen-Orient, en affirmant un principe clé : les peuples de la région doivent décider eux-mêmes de leur avenir.
Le consensus réaffirme un soutien clair aux droits du peuple palestinien et relance l’appel à une solution à deux États. Il insiste également sur la nécessité de réduire les tensions actuelles et de stabiliser durablement la région du Golfe.
La méthode proposée reste constante : dialogue, concertation et construction d’une architecture de sécurité collective, pensée sur le long terme.
Climat, technologies et économie : vers une coopération globale renforcée
Dernier axe, et probablement le plus tourné vers l’avenir, la coopération globale. Les chercheurs plaident pour une mondialisation plus inclusive, capable de bénéficier réellement aux pays du Sud.
Ils ciblent plusieurs secteurs stratégiques : énergie, lutte contre la désertification, économie numérique, intelligence artificielle. Des domaines où les complémentarités entre Chine, monde arabe et Afrique peuvent produire des effets rapides.
Le consensus insiste également sur l’urgence climatique et sur la nécessité d’aligner les efforts avec les objectifs de développement durable. En ligne de mire, construire un modèle de développement à la fois compétitif, soutenable et équitable.

