Alain Giresse : «C’était pratiquement une équipe expérimentée qu’a eu à présenter Saâdane»

giresse.jpg«Il y a un atout majeur pour l’avenir de cette équipe d’Algérie, c’est la jeunesse de ses joueurs»

Après une brillante carrière de footballeur au poste de milieu de terrain à Bordeaux et en équipe de France, Alain Giresse décide de devenir entraîneur. Il fait ses débuts en 1995 sur le banc du Toulouse FC. Tout dernièrement sous sa houlette, le Gabon est passé de la 125e place à la 40e du classement FIFA.

Au terme d’une belle CAN, Alain Giresse quitte son poste et prend en main, en mai 2010, la sélection du Mali avec comme objectif une qualification pour la CAN 2012. Dans l’entretien qu’il a accordé en exclusivité au Buteur, il nous parle des Fennecs, de l’équipe de France et de bien d’autres choses. Ecoutons-le !

Quelle appréciation faites-vous de la participation des équipes africaines ?

Comme tout un chacun, je suis déçu. Sur les 6 représentants africains (Côte d’Ivoire, Cameroun, Algérie, Nigeria, Afrique du Sud, Ghana) au Mondial en Afrique du Sud, seul le Ghana a obtenu son ticket qualificatif pour les 8es de finale.

Un résultat qui met tout un continent dans une déception totale. C’est d’autant plus frustrant, car non seulement c’est la première fois que l’édition est organisée sur le continent, ce qui a donné une responsabilité à ses représentants d’aller loin dans la compétition afin de la rendre plus intéressante, mais aussi une immense déception pour l’Afrique du Sud d’être le premier pays organisateur à être éliminé aux matchs de poule. Dans l’histoire de la Coupe du monde, c’est du jamais vu.

Nous pouvons comprendre par là que l’Algérie a raté son Mondial, c’est cela ?

Sur le plan comptable, c’est un échec, mais nul n’a le droit de blâmer les Algériens. Il y a eu cette absence de la Coupe du monde de près d’un quart de siècle. D’un autre côté, c’était pratiquement une équipe expérimentée qu’a eu à présenter Saâdane. Elle n’a que quelques mois d’âge et ce qu’elle a présenté comme football est à la mesure des moyens dont elle disposait.

Saâdane a-t-il une part de responsabilité dans les résultats de l’équipe ?

Je dirais tout simplement que Saâdane a eu mille fois raison d’avoir fait venir des jeunes joueurs en Coupe du monde. La sélection en tirera le plus grand profit dans les années à venir.

On attendait beaucoup de l’équipe de France et au final, ce fut une déception .Votre avis à ce sujet ?

La participation de la France a été une immense catastrophe et ce, sur tous les plans. Je ne dis pas cela en tant que Français seulement, mais en tant que footballeurs.

A défaut de Coupe du monde, les Bleus peuvent se targuer de mériter la palme de la mauvaise éducation. Alors que leurs supporters, et Dieu sait qu’ils sont nombreux en Afrique et ailleurs, les attendaient sur le terrain comme au bon vieux temps de la France «Black, Blanc, Beur» des Zinédine Zidane et autres, c’est dans les conférences de presse et les déclarations que les Français se sont le mieux illustrés. Ils ont montré à la face du monde comment le coq gaulois peut perdre de sa superbe en quelques jours de compétition. C’est désolant.

Qu’est-ce qui a vraiment manqué à l’équipe de France ?

De la discipline et de la rigueur. Une fois que Raymond Domenech a perdu toute emprise sur son groupe, il n’y avait plus rien à espérer. Je vous rappelle que les joueurs ont fait grève en pleine phase finale de Coupe du monde et cela est gravissime.

Est-ce que les absences de joueurs tels que Benzema, Nasri et Ben Arfa ont influé sur le rendement de l’équipe ?

Le problème est bien plus profond que l’absence de certains joueurs. C’est certain, il n’y a pas, actuellement de leaders tels que Platini ou Zidane pour baliser le chemin. Les incessants conflits d’ordre relationnels ont empoisonné l’ambiance. Comment voulez-vous qu’il y ait des résultats dans ces conditions.

Revenons à l’équipe d’Algérie., Aucune victoire et aucun but inscrit. Cela vous permet-il de dire que sa participation a été honorable ?

Bien sûr qu’il y a des insuffisances dans votre équipe. Elle manque, et je ne suis pas le seul à le dire, d’attaquants percutants et surtout réalistes. Je répète qu’au vu de plusieurs paramètres, la participation algérienne est somme toute honorable. Il y a aussi un atout majeur pour l’avenir de cette équipe, c’est la jeunesse de ses joueurs.