2 millions d’euros de haute joaillerie volés : le braquage digne d’Hollywood d’un Algérien à Paris

Du braquage d’exception au banc des accusés. Aïssa Bendjaber, célèbre « braqueur au borsalino » d’origine algérienne, fera face à la cour d’assises en novembre prochain. Auteur d’un parcours criminel hors norme débuté dans la misère de Saint-Denis pour s’achever au cœur du luxe parisien, l’homme de 66 ans — qui a passé plus de deux décennies derrière les barreaux — est accusé d’avoir dévalisé de célèbres maisons de haute joaillerie comme Chopard et Piaget, à deux pas de la place Vendôme. Malgré une demande de libération rejetée cette semaine, l’heure des comptes approche pour l’une des figures de la criminalité parisienne.
Trois ans après son spectaculaire braquage de la bijouterie Piaget, Aïssa Bendjaber — surnommé « le braqueur au borsalino » — comparaissait cette semaine devant la chambre de l’instruction de Paris pour le maintien de sa détention provisoire.
Figure chevronnée du banditisme, il comparaîtra dès le 9 novembre devant la cour d’assises aux côtés de ses six complices présumés pour ce vol à main armée commis le 1er août 2023.
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Qui est Aïssa Bendjaber, le « braqueur au borsalino » ?
Né en Seine-Saint-Denis d’un père maçon d’origine algérienne et d’une mère allemande agent d’entretien, Aïssa Bendjaber grandit au sein d’une fratrie de huit enfants dans un dénuement extrême. Ses dix premières années sont marquées par le quotidien d’un pavillon sans eau courante ni électricité.
Au cours des années 1970, la famille emménage au Franc-Moisin, une cité HLM de Saint-Denis. Orienté en chaudronnerie dès la 5e, Aïssa décroche rapidement et abandonne les bancs de l’école à seulement 14 ans. Livré à lui-même, il traîne avec les caïds locaux avant d’être mis à la porte par son père. Entre nuits dans des halls d’immeubles, voitures abandonnées et parties de cartes, le jeune homme bascule vite : maison de redressement à 15 ans, puis premier séjour en prison pour cambriolage en 1975.
Cinq ans plus tard, une attaque de banque lui vaut sept ans de réclusion. À sa sortie en 1985, il tente pourtant de se ranger : il travaille dans la photocomposition, gère un restaurant dans les Pyrénées-Orientales et devient père de trois enfants. Mais l’illusion est de courte durée. Le grand banditisme le rattrape, avec une spécialité qu’il élève au rang d’art sombre : les braquages de bijouteries.
Arborant un élégant chapeau lors de ses opérations — ce qui lui vaudra le surnom de « braqueur au borsalino » —, il est condamné à trois reprises pour ces attaques armées. Également écope de huit ans de prison en 2011, puis à nouveau en 2019, il se voit infliger douze ans de réclusion en 2023 pour le braquage à 6 millions d’euros chez Chopard, commis sept ans plus tôt place Vendôme.
32 pièces de haute joaillerie pour 2 millions d’euros
Midi plein, en plein été. Un couple se présente à l’entrée de la bijouterie. Le vigile leur demande de retirer chapeau et lunettes de soleil : pour toute réponse, l’homme braque un pistolet à silencieux sur les employés. Sa complice ouvre aussitôt la porte à un troisième complice armé avant de filer à l’anglaise. À l’extérieur, un quatrième homme l’attend sur un scooter BMW à la plaque falsifiée pour prendre la fuite.
Six minutes plus tard, la mission accomplie, les deux braqueurs s’échappent de la bijouterie. Mais au moment de fuir à scooter, l’engin refuse obstinément de démarrer. Abandonnant le deux-roues, ils s’éclipsent à pied avant de se volatiliser chacun de leur côté sur l’avenue de l’Opéra. Dans leur sac : 32 bijoux de luxe et montres de haute horlogerie, pour un préjudice colossal évalué à plus de 2 millions d’euros.
Confiée aux enquêteurs de la brigade de répression du banditisme (BRB), l’enquête ne tarde pas à porter ses fruits. Les policiers reconnaissent rapidement le fuyard : Aïssa Bendjaber, une vieille connaissance chevronnée, spécialiste des attaques de grands joailliers parisiens. Interpellé puis mis en examen le 3 octobre aux côtés de ses complices, le vétéran du crime est passé aux aveux lors de sa garde à vue, gardant toutefois un silence obstiné sur le sort du butin, resté introuvable. Face au président de la chambre de l’instruction, le braqueur a préféré se murer dans le silence, affirmant n’avoir rien à déclarer pour le moment.
Devant les juges, son avocate a cherché à minimiser la dangerosité du braqueur, soulignant qu’il ciblait uniquement la haute joaillerie — où la consigne est de céder sans violence — et rappelant son âge ainsi que ses soucis de santé actuels. Malgré cette plaidoirie affirmant qu’il ne représente plus de menace, la justice a ordonné le maintien en prison du sexagénaire, qui rejoindra donc le box des accusés lors du procès aux assises.
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