Affaire insolite à Alger : une diplômée en droit jugée après avoir agressé son père, les détails

Une jeune femme titulaire d’un master 2 en droit de l’université d’Alger a comparu ce dimanche devant le tribunal correctionnel de Dar El Beïda, poursuivie pour une agression à l’arme blanche. Fait rare dans les annales judiciaires : la victime, qui n’est autre que son propre père, s’est présentée à la barre non pas pour l’accabler, mais pour la disculper et lui accorder publiquement son pardon.
Une querelle conjugale dégénère en agression à l’arme blanche
Les débats, tenus en audience publique, ont permis de reconstituer une scène de violence intrafamiliale. Tout est parti d’une altercation entre le plaignant, identifié par les initiales A. Abdelmadjid, et son épouse de l’époque, dont il est aujourd’hui divorcé. La dispute a rapidement pris une tournure physique.
C’est à ce moment que leur fille, désignée dans le dossier sous les initiales A. N., est intervenue. Selon les éléments présentés au tribunal, elle s’est emparée d’une arme blanche et a porté un coup à son père, avec l’intention affichée de protéger sa mère.
Blessé et sous le coup de la colère, le père avait alors choisi la voie judiciaire. Il a déposé plainte contre sa fille, enclenchant une procédure qui allait la poursuivre durant cinq longues années.
À LIRE AUSSI : Affaire Latifa Dib : l’ex-avocate voit sa peine réduite en appel
Un jugement par défaut resté sans effet jusqu’en 2026
En février 2021, la justice avait tranché une première fois. La prévenue, absente des débats, avait écopé d’une condamnation par défaut, sans jamais se présenter devant les magistrats. Le dossier est ensuite resté en sommeil.
La situation s’est débloquée le 17 avril 2026, date à laquelle la jeune diplômée a enfin été notifiée de la décision rendue contre elle. Elle a aussitôt formé opposition, ce qui a permis la réouverture du dossier et sa réinscription au rôle du tribunal de Dar El Beïda.
Ce long silence procédural constitue précisément le point d’appui de sa stratégie de défense. Devant la barre, la jeune femme jouait gros : une confirmation de la peine initiale l’aurait conduite derrière les barreaux, avec un casier compromettant définitivement sa carrière dans le milieu juridique.
La prescription de l’action publique soulevée dès l’ouverture des débats
Avant même l’examen du fond, l’avocat de la prévenue a soulevé une exception de procédure. Il a plaidé l’extinction de l’action publique par l’effet du temps écoulé depuis les faits, estimant que l’opposition formée par sa cliente autorisait pleinement la juridiction à constater cette prescription, conformément aux dispositions les plus récentes du code de procédure pénale.
L’argument technique n’était pas le seul atout de la défense. La version du plaignant lui-même est venue fragiliser l’accusation. Appelé à s’expliquer, le père a purement et simplement nié avoir subi une quelconque agression de la part de sa fille.
Ce retournement de la partie civile n’est pas isolé dans les prétoires algériens, où les affaires familiales réservent souvent des revirements spectaculaires, comme dans ce dossier de sorcellerie déclenché par la dénonciation d’un fils jugé à Chéraga.
À LIRE AUSSI : Affaire Lola : l’Algérienne Dahbia Benkired condamnée à verser 150 000 € aux proches de la victime
Le père accorde son pardon et disculpe sa fille à la barre
« Elle n’a fait que défendre sa mère », a en substance déclaré le plaignant aux magistrats, relativisant totalement la gravité du geste. Il a insisté sur le contexte de la scène, survenue en plein conflit conjugal, avant la séparation définitive du couple.
Son pardon, exprimé sans la moindre réserve, a été acté par le tribunal. Le père a demandé que l’affaire soit refermée comme si rien ne s’était produit, refusant l’idée même que sa fille puisse être sanctionnée pour un épisode qu’il considère désormais comme clos.
Le parquet réclame l’application stricte de la loi
Le ministère public n’a pas suivi cette logique d’apaisement. La représentante du parquet a requis que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur à l’encontre de la jeune femme, rappelant implicitement que le pardon de la victime n’efface pas mécaniquement l’infraction pénale.
Le président de l’audience a mis le dossier en délibéré. Le verdict sera rendu dans une semaine, et l’issue dépendra largement du sort réservé à l’exception de prescription plaidée par la défense.
À LIRE AUSSI : Doualemn : la justice française annule les arrêtés d’expulsion vers l’Algérie






