L’ombre du réseau de Jeffrey Epstein continue de planer sur l’actualité judiciaire internationale. Une nouvelle plainte pour viols et trafic d’êtres humains a été déposée au parquet de Paris. Celle-ci vise Daniel Siad, dont le nom apparaît plus de 2000 fois dans ces dossiers, identifié comme un recruteur présumé du prédateur américain, pour des faits remontant aux années 1990.
Vendredi 30 janvier, la divulgation de trois millions de documents — soit la moitié du dossier Epstein — a confirmé la dimension mondiale et prestigieuse de ses réseaux. Cette première moitié du dossier expose déjà les connexions tentaculaires du prédateur financier, dont le carnet d’adresses mêlait grandes fortunes, leaders politiques et têtes couronnées du monde entier.
L’affaire Epstein continue de secouer les élites mondiales bien après le suicide du financier en 2019. Ses liens étroits avec des figures de premier plan, comme Bill Clinton, Donald Trump ou le prince Andrew, qui nient toute implication, alimentent davantage les soupçons. Pour briser l’omerta, une loi soutenue par les démocrates a forcé la publication de millions de documents confidentiels par le ministère de la Justice américain.
Entre spams, échanges de SMS et images explicites, ces millions de pièces révèlent l’envers du décor du réseau Epstein. Bien que la justice ait tenté de protéger les victimes en anonymisant les documents, l’exercice a ses limites : plusieurs victimes disent s’être reconnues derrière les zones masquées. Ce déballage de preuves a été un déclic pour une femme suédoise, qui a pu mettre un nom sur son agresseur en identifiant Daniel Siad parmi les clichés publiés.
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Une Suédoise dépose plainte au parquet de Paris contre Daniel Siad
La plainte porte sur des événements survenus dans les années 1990 lors d’un prétendu casting sur la Côte d’Azur, selon l’AFP. La victime présumée, âgée de 20 ans au moment des faits, soutient avoir été violée par un individu dont elle ne connaissait pas le nom réel. Ce n’est que cette année qu’un travail journalistique lui aurait permis de mettre un nom sur son agresseur présumé en identifiant Daniel Siad sur l’une des images.
La plaignante, âgée aujourd’hui de 56 ans, accuse Daniel Siad d’avoir utilisé sa fonction de « chasseur de têtes » pour alimenter le trafic de Jeffrey Epstein, en ciblant particulièrement de jeunes femmes pour les mettre à disposition du milliardaire entre Paris et les Etats-Unis.
Personnage de l’ombre au parcours flou, Daniel Amar Siad, né en Algérie puis naturalisé suédois après son arrivée dans le pays dans les années 1980 selon une enquête de France 2, agissait comme un intermédiaire clé pour Jeffrey Epstein. Se présentant comme un chasseur de mannequins, notamment via des agences de mannequinat, il a maintenu un contact quasi permanent avec le milliardaire américain, notamment de 2009 jusqu’à deux jours avant son arrestation en 2019.
Un mode de recrutement bien rodé
L’analyse des milliers de messages échangés entre Siad et Epstein révèle un système bien rodé : le travail de ce Suédois consistait à cibler des aspirantes mannequins, à soumettre leur profil au jugement d’Epstein, puis à négocier son paiement une fois la mise en relation effectuée. Leur collaboration était si étroite qu’ils échangeaient encore deux jours seulement avant l’incarcération et le suicide du prédateur américain.
Daniel Siad a déployé ses activités aux quatre coins du globe : de Paris à Hong Kong, en passant par Ibiza, Marrakech, Barcelone, La Havane ou Le Cap, avec une présence particulièrement marquée en Scandinavie. La correspondance révèle un homme qui compare sa traque à une partie de pêche : « je me sens comme un pêcheur. Parfois les prises sont bonnes, parfois il n’y a rien ».
Se décrivant comme un « scout » en quête de nouveaux visages, il planifie ses déplacements de manière méthodique. En effet, en mai 2009, il écrit ainsi à Epstein : « Je vais passer les mois de juin et juillet à faire du repérage dans des petits villages (en Slovaquie, République tchèque, Pologne et Hongrie) avant les vacances d’été. Je te ferai une belle surprise quand tu viendras à Paris ».
Payé 3 000 euros par mois pour du « repérage »
Les pratiques de Daniel Siad font écho à celles de Jean-Luc Brunel, considéré comme le recruteur clé de Jeffrey Epstein en France. Brunel, qui dirigeait une agence avec le soutien financier du milliardaire, s’est donné la mort en cellule en 2022 après son arrestation. Les liens entre Brunel, Siad et Epstein étaient structurels et financiers.
Un courriel d’octobre 2009 détaille d’ailleurs les modalités de leur collaboration : Jean-Luc Brunel y précise que Daniel Siad sera « payé 3000 euros par mois pour du repérage, sur une période de 6 mois. Pour chaque mannequin qu’on reçoit de sa part, nous lui paierons une commission de 5%« . Ce à quoi Siad avait répondu : « Je ne vous décevrai pas ».
Bien que le montant total des sommes versées par Jeffrey Epstein à Daniel Siad demeure inconnu, leurs messages indiquent que l’intermédiaire a bénéficié d’une rémunération stable sur une longue période. Les échanges révèlent également des tensions logistiques : Siad s’est souvent plaint de devoir avancer les frais d’hôtel des jeunes femmes, sollicitant fréquemment des fonds supplémentaires auprès du milliardaire. Malgré l’intérêt porté par les enquêteurs à son profil en 2019 et 2020, il n’a, à ce jour, jamais été convoqué devant un juge en France. Reste à savoir si cette plainte relancera les investigations à Paris.
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