Le procureur de la République près le pôle pénal spécialisé dans les affaires de corruption financière et économique de Sidi M’hamed a requis de lourdes peines de prison contre une famille accusée d’avoir dissimulé des biens issus de crimes de corruption liés à l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout. Selon l’accusation, la valeur des avoirs occultés dépasserait 200 milliards de centimes. Les réquisitions vont de 10 à 15 ans de prison ferme, assorties d’amendes pouvant atteindre 8 millions de dinars, ainsi que la confiscation de tous les biens saisis.
Selon le média « Ennahar », au cœur du dossier figure l’accusé principal, identifié par les initiales (A.H), poursuivi pour dissimulation de produits de corruption, blanchiment d’argent et dilapidation de deniers publics. Le parquet a requis contre lui 15 ans de réclusion ferme et une lourde amende. Plusieurs membres de sa famille sont également poursuivis pour les mêmes faits, certains risquant 12 ans de prison, tandis que d’autres, actuellement en fuite, encourent 15 ans de détention avec confirmation des mandats d’arrêt internationaux émis à leur encontre. Les parents des principaux mis en cause risquent quant à eux 10 ans de prison chacun.
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Enquête et révélations sur les transactions suspectes
Selon la même source, l’affaire a été déclenchée après des informations parvenues aux services de police judiciaire faisant état d’achats suspects de biens immobiliers et de véhicules en grande quantité. Les investigations ont révélé que l’accusé principal aurait acquis de nombreux locaux commerciaux auprès de l’Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement (AADL), tout en achetant un grand nombre de voitures auprès d’un point de vente Cima Motors à Blida. Ces véhicules auraient ensuite été revendus illégalement à des prix largement supérieurs au marché.
Les enquêteurs affirment que ces transactions ont été facilitées par un intermédiaire qui l’a mis en relation avec un membre de la famille Tahkout, gérant non officiel d’un point de vente automobile. L’enquête a établi que pas moins de 4 865 véhicules ont été acquis entre 2017 et 2020 dans des conditions jugées irrégulières. Le parquet soutient que les paiements étaient souvent effectués en espèces, échappant ainsi à tout contrôle bancaire.
Le procureur a également indiqué dans son réquisitoire que le capital engagé par cette entreprise pour l’acquisition de ces véhicules dépassait 1 000 milliards. Il a été établi que Nassim Auto, identifié comme (Y.M.L), vendait des véhicules en violation de la loi et à des prix élevés. Il a aussi été constaté que des biens immobiliers d’une valeur supérieure à 70 milliards de centimes ont été saisis chez l’accusé (A.H) et certains membres de sa famille. Le procureur a souligné que l’accusé traitait en espèces avec le point de vente Nassim Automobile, et non via le compte bancaire de la société, ajoutant que les accusés auraient causé un préjudice à Cima Motors dépassant 200 milliards.
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Déni des accusés et implications diverses
Selon toujours « Ennahar », les perquisitions menées au domicile du principal accusé ont permis la saisie d’importantes sommes d’argent suspectes, de 17 comptes bancaires, de 14 contrats de location de locaux commerciaux ainsi que d’un registre détaillant de nombreux commerces situés notamment à Rouïba et Dar El Beïda. Des devises étrangères ont également été retrouvées d’un montant de 850 dollars.
Devant le tribunal, l’accusé principal a rejeté toutes les charges, affirmant être un simple commerçant et courtier automobile actif depuis 2006. Il a reconnu avoir acheté et revendu des véhicules, mais a nié toute implication dans un réseau illégal ou toute relation avec l’entourage direct de Tahkout. Les autres membres de sa famille ont eux aussi nié en bloc, soutenant que leurs biens et leurs revenus provenaient d’activités commerciales légales.
Dans ce dossier aux enjeux financiers considérables, la société Cima Motors s’est constituée partie civile et réclame plus de 251 milliards de dinars à titre de réparation, tandis que le Trésor public s’est également joint à la procédure. Le verdict est désormais attendu après ces réquisitions particulièrement sévères du ministère public.
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