Acier algérien : un verrou freine l’accès au marché européen

Acier algérien : un verrou freine l’accès au marché européen
Tosyali Algérie

La sidérurgie en Algérie a changé de stature. Capable de produire un acier compétitif et à faibles émissions, elle vise désormais l’exportation. Mais à l’approche du marché européen, un obstacle réglementaire continue de limiter ses ambitions.

L’Algérie ne se contente plus de produire de l’acier pour son marché intérieur. Depuis plusieurs mois, ses principales unités sidérurgiques tournent à plein régime, générant un surplus destiné à l’export.

L’Union européenne, partenaire naturel par sa proximité et ses besoins industriels, apparaît comme une cible logique. Pourtant, l’accès à ce marché reste étroitement encadré par des quotas jugés insuffisants par les producteurs algériens.

Sidérurgie algérienne : une production désormais tournée vers l’export

En ce début d’année 2026, les performances industrielles confirment un changement de cap. À Oran, Tosyali Algérie fonctionne à près de 97 % de sa capacité. À Bellara, dans la wilaya de Jijel, Algerian Qatari Steel (AQS) affiche un taux d’activité avoisinant les 98 %.
Cette dynamique repose sur des investissements ciblés et sur une montée en gamme progressive de la production.

🟢 À LIRE AUSSI : Après avoir acté sa rupture avec Moscou, l’UE exempte le gaz algérien de contrôles supplémentaires

Tosyali Algérie s’est notamment positionnée sur le fer préréduit (DRI), une technologie permettant de produire un acier à faibles émissions de carbone. En 2025, sa deuxième unité DRI a atteint un niveau de production record, tandis que le site d’Oran figure parmi les installations capables, à terme, de fonctionner à l’hydrogène. À Bellara, AQS adopte une orientation comparable, avec un processus DRI déjà opérationnel.

Acier algérien : un accès limité au marché européen par les quotas

Malgré cette évolution, les exportations vers l’Union européenne restent contraintes. Les volumes autorisés dans le cadre des quotas en vigueur sont rapidement atteints, réduisant la capacité des industriels algériens à répondre à la demande européenne.

Alp Topcuoglu, vice-président de Tosyali Algérie, a résumé la situation en soulignant que ces quotas sont consommés en quelques jours, alors que plusieurs pays européens cherchent à s’approvisionner auprès des sites algériens.

🟢 À LIRE AUSSI : La plus grande ferme laitière au monde accélère : le constructeur des infrastructures de Baladna dévoilé

Cette limitation ne bloque pas totalement l’accès au marché européen, mais elle en restreint fortement la portée. Les autorités algériennes ont, à ce titre, porté la question au niveau politique, plaidant pour une approche fondée sur la réciprocité et sur la qualité de l’acier produit localement.

L’argument climatique au cœur du débat, mais une équation encore ouverte entre Alger et Bruxelles

Le dossier dépasse désormais le simple cadre commercial. Lors du Forum économique mondial de Davos, Fuat Tosyalı, président de Tosyali Holding, a appelé l’Union européenne à revoir ses quotas en tenant compte de l’empreinte carbone de l’acier importé.

Selon lui, l’augmentation des volumes autorisés pour les producteurs proposant un acier à faibles émissions, comme l’Algérie, s’inscrirait dans la logique du Pacte vert européen.

Cet argument gagne en poids à mesure que l’Algérie renforce sa base industrielle. La mise en exploitation progressive du gisement de fer de Gara Djebilet, dont les réserves dépassent 3,5 milliards de tonnes, devrait à terme sécuriser l’approvisionnement en minerai et soutenir l’expansion de la production nationale.

🟢 À LIRE AUSSI : ZARA, Lacoste, Levi’s… Le « Made in Algeria » séduit les multinationales du textile

L’Union européenne se trouve face à un arbitrage délicat entre la protection de sa sidérurgie et ses engagements climatiques. De son côté, l’Algérie avance un profil de producteur proche, technologiquement adapté et capable de fournir un acier conforme aux nouvelles exigences environnementales.
L’évolution des quotas européens sera déterminante pour savoir si l’acier algérien pourra s’imposer durablement sur ce marché ou s’orienter vers d’autres destinations.