Abdelmadjid Menasra «Le retard pris dans l’octroi de l’agrément était programmé»

Abdelmadjid Menasra «Le retard pris dans l’octroi de l’agrément était programmé»

abdelmajid-menasra-251x300.jpgTout en se félicitant du fait que sa nouvelle formation politique soit enfin reconnue officiellement par les autorités, Abdelmadjid Menasra, président du Front du changement (FC) qui vient tout juste de recevoir son agrément, accuse dans cet entretien les partis de l’Alliance présidentielle d’avoir retardé délibérément l’octroi de ce sésame aux nouveaux venus sur la scène politique.

L’ex-vice-président du MSP se dit très à l’aise au sujet de l’enquête sur le financement des partis islamistes annoncée la semaine écoulée par le ministre de l’Intérieur. Il considère qu’une telle action ne le dérange nullement. Mais ce sont plutôt les accusations sans preuve, très médiatisées par la presse, qui sont, de son avis, gravement nuisibles.

Le Temps d’Algérie : Après une longue attente, le Front du changement (FC) vient enfin d’avoir son agrément, ce qui lui ouvre grandement les portes pour faire l’actualité dans la légalité la plus absolue. Quelle est votre réaction à ce sujet ?

Abdelmadjid Menasra : Elhamdoulillah (ndlr, Dieu merci). Nous sommes parvenus à acquérir ce droit légal et constitutionnel, ce qui va nous aider à accomplir efficacement notre rôle de parti politique au service de la société algérienne et du renforcement de l’expérience démocratique pour tous les Algériens.

Nous ouvrons d’ailleurs grandement nos portes et nos cœurs à tous ceux et toutes celles qui souhaitent intégrer nos rangs pour consacrer définitivement le changement. Nous souhaitons aussi que la possibilité d’agrément de nouveaux partis soit toujours de mise.

Pourquoi à votre avis y a-t-il eu autant de retard dans l’octroi d’agréments aux nouvelles formations politiques ?

Le retard pris dans l’octroi d’agréments aux nouvelles formations politiques est voulu et programmé par les partis de l’Alliance présidentielle de par le poids qu’ils représentent, notamment au sein de l’exécutif. Craignant la concurrence, ces partis au pouvoir veulent à tout prix conserver le statu quo leur permettant de pérenniser leurs privilèges.

Le fait que les nouveaux venus de la scène politique ne soient pas encore agréés alors que nous sommes seulement à quelques semaines des législatives fausse les règles de la compétition. Ceci dit, la machination orchestrée par les partis de l’Alliance pour retarder au maximum la délivrance de l’agrément aux nouveaux partis risque de se retourner contre eux, car le peuple n’est pas dupe et sa maturité en politique n’est plus à démontrer. Nous restons convaincus que dans leur ensemble, les Algériens aspirent au changement.

Quelle appréciation faites-vous du discours de Bouteflika à Arzew ?

Une fois de plus, nous avons pu déceler à travers le discours du chef de l’Etat plus de garanties quant à assurer la crédibilité du prochain scrutin des législatives. Il reste que c’est également nécessaire de voir les orientations exprimées par le président de la République se traduire en actes concrets. D’autre part, et pour crédibiliser au mieux le futur rendez-vous électoral, il importe également de consacrer la neutralité des médias lourds, en particulier l’ENTV.

Suite aux déclarations par des responsables du PT et du RND sur la légalité du financement des partis islamistes, le ministre de l’Intérieur vient de décider l’ouverture d’une enquête. Quel est votre commentaire à ce sujet ?

L’Etat a pleinement le droit de mobiliser ses différentes institutions chargées du contrôle de tout type de financement. Une telle prérogative contenue dans le texte de loi n’est pas du tout à remettre en cause. Bien au contraire, nous encourageons son application sur le terrain. En ce sens, qu’il y ait ouverture d’une enquête tel qu’annoncé par le ministre de l’Intérieur, cela ne nous dérange nullement.

Ce qui nous offusque, en revanche, c’est la manière par laquelle certains titres de presse ont eu à traiter cette question de financement des partis islamistes et que des responsables d’autres formations ont fait des mains et des pieds pour s’assurer de cette médiatisation éhontée à travers le lancement d’un chapelet d’accusations dépourvues de la moindre preuve.

Cette manière de faire est non seulement nuisible à l’image des partis politiques concernés, mais elle renforce aussi le désintérêt du citoyen vis-à-vis de la classe politique. A mon sens, cela participe aussi à jeter le discrédit sur le processus démocratique actuellement en cours en Algérie, ce qui constitue une grave conséquence. La logique veut que si réellement l’on dispose de preuves attestant un prétendu financement illicite dont les partis islamistes seraient bénéficiaires, pourquoi alors ne pas les présenter à qui de droit et assister le ministère de l’Intérieur dans son travail d’enquête.

Ceci dit, nous souhaitons que l’enquête en question ne se limite pas uniquement aux seuls partis islamistes, mais soit élargie aussi à l’ensemble des autres formations présentes sur l’échiquier national. Nous concernant, laissez-moi vous dire que le Front du changement (FC) est très à l’aise par rapport à cette question.

Nous n’avons rien à cacher et les services du ministère de l’Intérieur sont les bienvenus pour enquêter à notre niveau. Nous n’avons aucun lien, ni de près ni de loin, avec ces prétendues histoires de financement des partis islamiste à partir de l’étranger. Nous ne recevons en outre aucune aide de l’Etat dans ce domaine, et toutes nos ressources sont puisées des contributions de nos militants.

En dépit de plusieurs tentatives, les partis islamistes peinent à s’allier. Quelles sont selon vous les raisons de cet échec ?

La question est délicate, et concernant la position du Front du changement (FC) à ce propos, nous avons toujours plaidé pour une alliance réunissant tous les partis sans aucune exclusion. Nous avons aussi conditionné notre implication dans une initiative d’alliance par l’établissement d’un programme préalable. Un autre point sur lequel nous insistons traduit l’idée selon laquelle les partis politiques souhaitant intégrer cette alliance ne doivent pas avoir leurs représentants au gouvernement.

S’agissant maintenant de la dernière tentative en date en vue de la création d’une alliance entre partis islamistes, les initiateurs de celle-ci nous ont contactés et la question a été soumise à l’étude depuis hier dès l’ouverture de la réunion du bureau national. Notre réponse définitive sur la question sera connue incessamment.

K. A.