En dĂ©pit des perceptions qu’on a Ă son endroit, l’agriculture en tant qu’alternative nourrissant chez le commun des mortels le fantasme de nouveaux espoirs (en cette ère de l’après-pĂ©trole annonciatrice d’une rĂ©cession Ă©conomique), demeure pourtant (Ă ne pas se tromper, ni Ă en douter) un secteur vital Ă haute valeur ajoutĂ©e faisant appel Ă des technologies avancĂ©es, aux fins de gains de productivitĂ© et d’une rentabilitĂ© Ă©conomique recherchĂ©e, dans la limite raisonnable d’une Ă©thique d’un bien-ĂŞtre global et durable.
Mais est-il permis de penser que nous sommes dans ce cas de figure, mĂŞme l’instant d’un discours se voulant ĂŞtre bien sĂ»r exaltĂ©, pour affirmer sans rĂ©serve et « tambour battant » telle une source de fĂ©licitĂ© ou une vĂ©ritĂ© absolue, que l’agriculture pratiquĂ©e chez-nous par une paysannerie vieillissante, est de toute Ă©vidence la voie de notre salut dans l’Ă©tat actuel de son fonctionnement ? Le discours de circonstance qui se voulait-ĂŞtre bien Ă©videmment Ă tonalitĂ© galvanisante, destinĂ©e Ă une foule « claironnĂ©e » de partout pour servir d’applaudimètre et convaincre l’opinion publique que la solution est toute trouvĂ©e en ce 41Ă©me anniversaire de l’UNPA n’est pas rĂ©aliste de mon point de vue, si l’on se rĂ©fère au degrĂ© d’exigence d’un tel dĂ©fi qui est incontestablement, celui : de l’accumulation de savoir-faire, de la technicitĂ©, de la formation continue, de la recherche d’excellence, de l’utilisation rationnelle des deniers publics, de l’ingĂ©nierie et du management. C’est dire qu’il n’est pas permis de rĂŞver, mĂŞme l’instant d’une atmosphère frĂ©nĂ©tique, comme ce jour lĂ !
Une pratique Ă la peau dure !
Loin de faire partager l’inquiĂ©tude d’une rĂ©cession Ă©conomique qui pointe Ă l’horizon, le seul souci premier pour l’organisation de masse ce jour lĂ Ă Ain-Defla, est l’exigence d’ĂŞtre « l’ordonnateur » principal de la nouvelle banque en voie de crĂ©ation, chargĂ©e d’octroyer « le crĂ©dit mutuel rural » aux petits agriculteurs comme si cette agriculture Ă laquelle on souhaite faire jouer un rĂ´le majeur Ă©tait « ad vitam aeternam » : celle de l’indigence des sans-gĂŞne et par consĂ©quent, des subventions sans contrepartie. C’est du dĂ©jĂ vu ! Tous en figurants intĂ©ressĂ©s, bien que sachant que la « vache laitière » est tarie, ne sont venus que par l’odeur allĂ©chĂ©s par le mode distributif, comme on les a habituĂ© en « caisse Ă rĂ©sonnance » Ă finalitĂ© politicienne, tirant de la sorte les dividendes, sans retombĂ©es positives sur le dĂ©veloppement du secteur agricole dans sa globalitĂ©.
Et de s’interroger ? Ă€ quoi ont servi tous les soutiens faramineux jusque lĂ accordĂ©s par l’État, au point de continuer Ă demander encore, et encore, toujours davantage, Ă un moment oĂą la parcimonie et la rigueur dans la gestion des deniers publics se doit d’ĂŞtre de mise ? Ceci, juste pour le principe, car l’Ă©valuation bilancielle, est devenue chez-nous, chose dĂ©suète au mĂŞme titre d’ailleurs que le contrĂ´le! Et puis !       Il faut croire que nous n’avons guère le temps pour cela, occupĂ©s que nous sommes, Ă griller nos atouts et Ă dilapider nos richesses !
Sinon, comment peut-on expliquer que les soutiens accordĂ©s par l’État aux Ă©leveurs par exemple, n’ont pas eu pour effet d’endiguer la dĂ©gradation des parcours en milieu steppique ? Mais aussi, aux phoeniciculteurs d’exporter davantage de dattes, alors que de meilleure qualitĂ© que toutes leurs consĹ“urs Ă©trangères, il est vrai ! N’est-ce pas aussi que la CNMA-banque a Ă©tĂ© ruinĂ©e ? Sa faillite et celle de sa filiale la SALEM Ă©taient du reste prĂ©visibles, disaient les experts de la finance ! Les transgressions des règles Ă©lĂ©mentaires dans l’exercice de ces Ă©tablissements fiduciaires se sont rĂ©vĂ©lĂ©es nombreuses, lors du contrĂ´le menĂ© par l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Finances (IGF), avec des crĂ©ances cumulĂ©es tout Ă fait contraires Ă la loi, dans la mesure oĂą elles rĂ©sultent de relations d’affaires entre la banque et ses actionnaires, ce qu’interdit la loi sur la monnaie et le crĂ©dit.
Paysannerie travestie par la faute de l’Etat !
Encore que cette paysannerie-alibi qui fait courir ceux qui l’utilisent comme registre de commerce et l’agitent Ă l’occasion comme « Ă©pouvantail » de soutien, jadis hiĂ©rarchie tribale en gestionnaire du destin de la communautĂ©, qui plaçait le droit d’aĂ®nesse au-dessus des uns, et la piĂ©tĂ© filiale par-dessus tous, n’est plus aussi influente qu’on veuille le faire croire, et le rappeler Ă chaque veille de rendez-vous Ă©lectoral ! La vĂ©ritĂ© est que de nos jours, l’autoritĂ© morale a perdu prise sur le destin du monde rural et s’est vue bousculer par les jeunes contestataires, qui ont depuis bien longtemps rejoint la ville pour faire dans la dĂ©brouille de petits boulots quand ils ne sont pas tout simplement livrĂ©s aux alĂ©as des risques des grandes agglomĂ©rations, de leurs tentations et dangers, livrant les terres de nos campagnes Ă la dĂ©prise agraire, Ă l’abandon et Ă la dĂ©solation. Tout semble dire que ces gens lĂ ont dĂ©finitivement tournĂ© le dos au travail productif !
Ces « jeunes loups » prĂ©fèrent se « fossiliser » aux cafĂ©s et gargotes des villes et villages, plutĂ´t que de revenir au travail de la terre qui s’accommode peu de leurs nouvelles conditions inspirĂ©es par la frime et le souci du paraĂ®tre autrement que paysan, comme s’il s’agissait lĂ d’une tare qu’il faille effacer Ă jamais.
Ils n’ambitionnent rien d’autre que de garder leur statut de rurbains vivant aux crochets de l’Etat providence, et des avantages de l’ANSEJ. Pauvre de nous, peuple « cul-jatte » ! Nous sommes lĂ , dans la logique du soutien politique du « donnant-donnant », et non celle Ă©conomique, du partenariat et du « gagnant-gagnant » ! Dans le pire des cas, certains parmi eux finiront comme Ă©lus au niveau local, voire mĂŞme, dĂ©putĂ©s ou sĂ©nateurs ! Parions qu’ils seront les premiers servis comme d’habitude, les autres Ă©tant aux champs, occupĂ©s Ă la besogne ! Dans ce type de rendez-vous de masse qui consiste plus Ă rassurer les esprits gourmands, Ă charmer et Ă titiller notre vanitĂ© de peuple surestimant ses capacitĂ©s propres qu’Ă sensibiliser sur les risques Ă venir et la part de responsabilitĂ© de chacune et de chacun de nous en toute humilitĂ©, c’est la complainte du « dâam arrifi » qui prĂ©vaut, Ă dĂ©faut d’engagement traduit comme dans la fable de Maitre Lafontaine, en labeur autour de la terre nourricière qui nĂ©cessite des bras vaillants, en lieu et place de mille discours aussi salvateurs soient-ils, et d’appropriation d’espaces pour consolider son influence, en se targuant de sa capacitĂ© mobilisatrice. Non ! De toute Ă©vidence, cette dĂ©marche n’est pas de bon augure ! Elle est celle d’un temps rĂ©volu, et n’a plus cours dans cette ère de la performance, de l’efficience Ă©conomique et de l’excellence ! Oui ! Nous sommes les seuls Ă ne pas l’avoir compris ! Mais jusqu’Ă quand ?
C’est vrai que lorsque nous Ă©voquons les enjeux de l’avenir, nous sommes habituĂ©s Ă cette rĂ©ponse toute faite, et bien de chez-nous :« Li khlak maa idayaa » ! C’est-Ă -dire que Dieu veille sur nous, et ce, quelque soit le degrĂ© de notre paresse ! Ă€ vrai dire, et au risque de dĂ©plaire, dans cet Ă©tat d’esprit rentier je dirais que nous sommes guettĂ©s par la famine !
Et Ă ce rythme lĂ , il est Ă craindre qu’il faille malheureusement nĂ©gocier notre existence avec des parties Ă©trangères qui viendraient travailler Ă notre place (au risque d’une perte totale de notre souverainetĂ©, dĂ©jĂ entamĂ©e) pour avoir Ă©tĂ© longtemps couvĂ©s par l’État providence, qui a fait de nous un peuple mineur, incapable de se prendre en charge, en dehors des circuits de l’assistanat.
Dans cette mĂ©canique globale qui est l’ordre mondial transcendant, force est de constater malheureusement que notre pays n’est pour ainsi dire, que des pompes de puits de gaz et de pĂ©trole qui finiront par se tarir, affabulĂ©es d’un drapeau et d’un vague souvenir de dĂ©colonisation. Oui ! Il m’attriste de le dire de la sorte, dans un langage aussi cru, et je m’en excuse auprès des âmes sensibles qui portent au plus haut degrĂ© des valeurs : la dignitĂ© et l’honneur de gagner son pain Ă la sueur de son front, sans tendre la main Ă qui que ce soit, et y compris Ă l’État providence !
Si on en est lĂ , c’est que l’exode a Ă©tĂ© accompagnĂ© en « prime », par une construction massive de logements, d’Ă©quipements socio-Ă©ducatifs et sportifs Ă la lisière des villes (plus d’un million trois cents mille logements dĂ©jĂ rĂ©alisĂ©s sur la pĂ©riode 2.000-2.015). C’est du jamais vu, nulle part ailleurs Ă travers le monde ! C’est une sorte de cadeau Ă la paresse distribuĂ© Ă environ sept millions d’habitants, comme s’il y avait autant de SDF.
C’est dire que la demande est fictive et de surcroĂ®t impactĂ©e par le prĂ©lèvement de dizaines de milliers d’hectares de terres pour la localisation des programmes d’habitat, d’Ă©quipements et d’extension des infrastructures de base (150.000 Ă 200.000 hectares soustraits Ă l’agriculture depuis 1962) , en mĂŞme temps que furent abandonnĂ©s, d’autres centaines de milliers de logements en milieu rural suite Ă la dĂ©sertisation rurale qu’a connu le pays, et particulièrement durant la dĂ©cennie noire.
Face Ă l’ampleur de ce phĂ©nomène, la politique du renouveau rural, du « dâam arrifi » est restĂ©e une coquille vide, dans la mesure oĂą elle n’a pas permis le retour tant attendu des populations rurales dans leurs campagnes d’origine, malgrĂ© tous les efforts entrepris, sinon, Ă l’occasion de certaines manifestations familiales ou tribales, comme la « Ouaâda » du Saint patron de la communautĂ©, dont on se rappelle l’existence Ă l’occasion. C’est toujours bien de marquer sa prĂ©sence ! Sait-on jamais ! Ainsi fonctionne la malice rurale, chez cette paysannerie travestie en entitĂ© nĂ©o-urbaine qui a perdu ses repères, Ă vouloir trop courir derrière les aides et les soutiens de l’État, en cherchant la proximitĂ© de la sphère distributive!
Non ! Il ne faut pas se faire d’illusions ! L’agriculture est avant tout une activitĂ© de gens passionnĂ©s aux mains calleuses et proches de la nature. Elle ne saurait se pratiquer correctement et Ă hauteur du dĂ©fi d’une nation qui n’a pour seul choix, que celui du travail de la terre en tant qu’alternative durable, que par une authentique paysannerie sachant Ă©tablir le lien charnel qui l’ancre Ă la terre de ses aĂŻeux. Par contre, celle qui fait dans la navette : ville-campagne du transport rural « nakl arrifi » n’est en aucune manière cette partie crĂ©dible sur laquelle il faut miser ! Elle est devenue Ă l’exercice de la ville, « accro » au flegme et au farniente, après avoir gouttĂ© au plaisir du lève-tard, qu’affectionnent les gagne petit et les paresseux.
C’est ceux lĂ qui courent derrière le crĂ©dit et tout autre avantage ! C’est pourquoi, de mon point de vue cette catĂ©gorie qui a vendu son âme au mirage de la ville, n’autorise aucun espoir ! « Le crĂ©dit mutuel rural » devrait concerner en premier lieu, les oasiens qui triment pour leur survie et pour le maintien du système ksourien vouĂ© Ă la disparition s’ils venaient Ă migrer, et les montagnards qui ont eux-aussi, besoin d’activitĂ©s complĂ©mentaires pour rester accrochĂ©s aux arpents de leurs terres dĂ©clives soumises Ă Ă©rosion, et vivant dans des conditions de prĂ©caritĂ© difficilement soutenables ! C’est cette agriculture familiale de subsistance et dans le mĂŞme temps de veille territoriale qui a le plus besoin des aides et soutiens de l’État, puisqu’Ă©tant Ă caractère d’utilitĂ© publique !
Pour un soutien sélectif !
Pour avoir Ă©tĂ© tout au long de ma carrière, un observateur attentif et averti des questions agricoles, je dois dire que la sĂ©cheresse Ă©voquĂ©e de façon cyclique pour justifier la faible productivitĂ© agricole ne saurait ĂŞtre Ă elle seule, l’explication suffisante Ă cet Ă©tat de fait. En tous les cas, elle n’a jamais Ă©tĂ© un handicap extrĂŞme pour ces « gros bras » de cette paysannerie de la rĂ©gion de Mascara, qui s’en est quelque peu accoutumĂ©e.
C’est en effet, suite au rabattement de la nappe de la plaine de Ghriss, qu’une bonne partie de ces valeureux paysans a migrĂ© vers d’autres Wilayas dans sa quĂŞte de nouvelles terres Ă mettre en valeur, dans le propre style de ces pionniers du « Far-West ».
C’est ainsi qu’ils devinrent locataires terriens Ă Ain-Skhouna, Ă Sidi-Bel-Abbès, Ă Rechaiga, Ă Ain-Defla, Ă Ain El Bel, Ă Bousaâda, Ă El-Ghrouss et Ă El-Oued. Cet exode a eu pour effet bĂ©nĂ©fique, la rĂ©cupĂ©ration de milliers d’hectares jusque lĂ non travaillĂ©s puisque livrĂ©s auparavant Ă la jachère et aux mauvaises herbes. Ils dĂ©veloppèrent la culture de la pomme de terre, de l’oignon, de la carotte, de la pastèque et firent des Ă©mules Ă la faveur de leur savoir-faire paysan. Mais alors ! Ne peut-on pas dire sans risque de se tromper, qu’ils sont les prĂ©curseurs de ce qu’il convient d’appeler : la « dĂ©mocratisation » de la culture des produits agricoles de première nĂ©cessitĂ©, que nous retrouvons aujourd’hui Ă travers toutes les wilayas ? Ă€ moins d’ingratitude, c’est ce que devraient retenir, la mĂ©moire collective et l’histoire contemporaine de cette AlgĂ©rie agricole qui ne court pas derrière les soutiens de l’État ! Ici, c’est le transfert d’un savoir-faire de paysan Ă paysan qui a agi en dĂ©clic salvateur gĂ©nĂ©rateur de richesses, en l’absence du soutien dĂ©faillant des structures de recherche et de vulgarisation cantonnĂ©es dans leur quasi-totalitĂ© dans la rĂ©gion algĂ©roise.
N’est-ce pas aussi, que c’est Ă ces gens lĂ et Ă leurs Ă©mules, que devrait revenir la terre en toute logique, et non aux affairistes et aux entrepreneurs, si l’on songe rĂ©ellement Ă notre sĂ©curitĂ© alimentaire ? Cette expĂ©rience rĂ©ussie, est relatĂ©e tel un hommage Ă cette paysannerie du mĂ©rite qui n’attend rien du « dâam arifi », pour dire, que l’effort et le travail bien accomplis sont chaque fois couronnĂ©s de succès, et qu’effectivement, un trĂ©sor est bien cachĂ© dans les profondeurs des sillons de cette terre bĂ©nie baignĂ©e par le soleil qui imprime un goĂ»t exceptionnel Ă nos produits, pour peu qu’on veuille la travailler. MoralitĂ©, c’est cette expĂ©rience qui doit faire contagion, et non, la culture du gain facile de la vente « saprophyte » des produits agricoles en seconde, troisième, voire quatrième main!
Anticiper sur les migrations climatiques
N’est-ce pas aussi, que de façon pĂ©riodique, des bourrasques de vents de sable nous rappellent toute la fragilitĂ© des Ă©cosystèmes steppiques et oasiens que nous n’avons pas su prĂ©server ? Oui ! MĂŞme les pays de l’Europe du Sud se sentent menacĂ©s par ce risque majeur, qui pèse durablement sur notre agriculture et peut se traduire en exode climatique de plus en plus massif. Ce n’est lĂ , ni une vue de l’esprit ni un scĂ©nario apocalyptique qui consiste Ă faire peur. Eau, couvert vĂ©gĂ©tal, fertilitĂ© des sols, tout ce qui constitue les bases de la vie est exposĂ© Ă la disparition Ă cause de la dĂ©sertification. La progression des espaces dĂ©sertiques pose un des plus grands dĂ©fis environnementaux de l’heure, et menace de manière dangereuse, les besoins fondamentaux de l’homme vivant dans les contrĂ©es arides et semi-arides.
C’est bien au contraire, une vision rĂ©aliste de ce qui nous attend, si de vastes programmes de lutte contre la dĂ©sertification ne sont pas entrepris avec toute l’intensitĂ© voulue, qui est celle de grands travaux d’amĂ©nagement du territoire, Ă l’Ă©chelle des rĂ©gions des Hauts-Plateaux et du Sud, voire Ă l’Ă©chelle des rĂ©gions Subsahariennes, dans le cadre d’un co-dĂ©veloppement transfrontalier qui pourrait donner enfin au NEPAD, sa dimension opĂ©rationnelle souhaitĂ©e. Et dire que l’AlgĂ©rie a Ă©tĂ© prĂ©curseur et leader dans le domaine de la lutte contre la dĂ©sertification en Afrique, Ă travers notamment, son expĂ©rience du barrage vert, la mise en dĂ©fens, la protection des parcours steppiques et la fixation des cordons dunaires ! L’on observe cependant, un flĂ©chissement dans l’intensitĂ© des travaux, alors qu’on assiste Ă une plus grande mobilisation Ă l’Ă©chelle des pays du Sahel oĂą la dĂ©sertification et la dĂ©gradation des terres mettent Ă rude Ă©preuve des millions d’individus. Pour renverser ces tendances, une dĂ©cision a Ă©tĂ© prise par des Chefs d’États et de gouvernements africains en 2007, pour l’Ă©dification d’un rempart vert « Grande Muraille Verte » large de 15 Kms, qui traverse le continent Africain afin de stopper l’avancĂ©e du Sahara vers le Sud.
Ce rempart transcontinental relierait le SĂ©nĂ©gal Ă l’Éthiopie, passant par 11 pays et couvrant une distance de 7.000 Kms. Ce mĂ©gaprojet mobilise plus de vingt pays, ainsi que des organisations internationales, des instituts de recherche, des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© civile et des organisations locales. Depuis 2010, la FAO (en collaboration avec l’Union EuropĂ©enne et le mĂ©canisme de la convention des Nations unies sur la lutte contre la dĂ©sertification) soutient la Commission de l’Union africaine et les pays partenaires Ă rĂ©aliser cette initiative. C’est ainsi que des plans d’action sont en place au Burkina Faso, Ă Djibouti, en ErythrĂ©e, en Ethiopie, en Gambie, au Mali, au Niger, au NigĂ©ria, au SĂ©nĂ©gal, et au Tchad. D’autres programmes sont en cours d’Ă©laboration en AlgĂ©rie, en Egypte, en Mauritanie et au Soudan. DĂ©jĂ , des rĂ©sultats encourageants de reverdissement du Sahel, ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s !
La question de la sĂ©curitĂ© alimentaire restera sans aucun doute, une prĂ©occupation majeure pour nous et tout particulièrement pour les gĂ©nĂ©rations futures menacĂ©es dans leur existence parce qu’appelĂ©es Ă vivre dans un contexte des plus contraignant, marquĂ© dans un avenir proche, par l’amenuisement des ressources et par le rĂ©chauffement climatique, dans cette ère fatidique de l’après pĂ©trole. C’est lĂ , l’une des premières consĂ©quences de la course effrĂ©nĂ©e Ă la croissance que se livrent les puissants de ce monde et les pays Ă©mergents, dans leur quĂŞte de bien ĂŞtre, sans se soucier des dommages causĂ©s aux Ă©quilibres des Ă©cosystèmes fragiles et leurs effets collatĂ©raux sur les populations les plus vulnĂ©rables. C’est dans ce contexte contraignant qu’aurait dĂ» s’inscrire « l’appel d’Ain-Defla » qui doit trouver nĂ©cessairement sa continuitĂ© dans des travaux d’expertise afin de dĂ©limiter les contours des diffĂ©rents programmes Ă dĂ©cliner par des actions aux objectifs clairement dĂ©finis, pour chacun des partenaires. C’est lĂ , une nĂ©cessitĂ© absolue et une urgence qui ne sauraient-ĂŞtre diffĂ©rĂ©es !
Sécurité alimentaire : par où commencer ?
Si l’on considère que nos besoins en fruits et lĂ©gumes, en pomme de terre, en tomate industrielle, en viandes rouges et en viandes blanches sont correctement couverts, que pour le sucre, le thĂ© et le cafĂ©, notre dĂ©pendance Ă 100% continuera Ă l’ĂŞtre, dès lors que ces cultures ne sont pas pratiquĂ©es chez nous, au mĂŞme titre d’ailleurs que pour les olĂ©agineux, l’on doit prendre pour option, l’amĂ©lioration de la couverture de nos besoins pour ce qui concerne les cĂ©rĂ©ales, les lĂ©gumes secs et le lait tout au moins, pour lesquels notre dĂ©pendance est respectivement de 70%, 85% et 58%.
Dans le domaine de la cĂ©rĂ©aliculture, l’on devrait ĂŞtre capable de rĂ©aliser de meilleures performances, Ă partir de l’irrigation d’appoint, particulièrement durant la pĂ©riode de stress hydrique (mars-avril). Ceci pour dire, qu’avec l’effort colossal dĂ©ployĂ© en matière de rĂ©alisation d’infrastructures hydrauliques, soit une mobilisation de 5 Milliards de m3 de ressources superficielles, il est possible d’apporter dès Ă prĂ©sent, un appoint d’eau aux espaces cĂ©rĂ©aliers du Sersou, du Titteri, du Hodna, du Constantinois et de Guelma, tout en cherchant sa gĂ©nĂ©ralisation progressive Ă d’autres terroirs, d’autant plus que des transferts sont envisagĂ©s Ă partir des ressources de la nappe albienne vers les Hauts-Plateaux (Ă©tude en cours). ConjuguĂ©e Ă la maĂ®trise des diffĂ©rents itinĂ©raires techniques, l’appoint d’irrigation devrait amĂ©liorer les rendements et rĂ©duire notre dĂ©pendance en cĂ©rĂ©ales. Ă€ ce titre, il importe de souligner, que l’Ă©tude menĂ©e par le BNEDER, a dĂ©gagĂ© une possibilitĂ© d’irrigation Ă hauteur de 1.200.000 hectares, nĂ©cessitant en termes d’Ă©quipements, une enveloppe financière de 150 Milliards de DA, soit Ă peine l’Ă©quivalent du coĂ»t de 40.000 logements. C’est dire qu’une telle opĂ©ration est tout Ă fait Ă notre portĂ©e !
Aujourd’hui, sur un potentiel de 3.300.000 hectares rĂ©servĂ©s Ă la cĂ©rĂ©aliculture, 95.000 hectares seulement sont Ă©quipĂ©s en moyens d’irrigation d’appoint. Cette opĂ©ration convenablement encadrĂ©e et soutenue par l’État est Ă orienter de façon prioritaire sur les exploitations agricoles de 10 Ă 50 hectares qui disposent de 50% de la surface agricole utile et sur celles de plus de 50 hectares qui dĂ©tiennent 23% de la S.A.U. C’est Ă ces deux niveaux, que peut-ĂŞtre pratiquĂ©e une agriculture moderne, qui devrait couvrir près de 70% de nos besoins, sur la base d’un rendement moyen de l’ordre de 50 Ă 55 quintaux Ă l’hectare en irriguĂ©.
Au chapitre de l’utilisation optimale du potentiel agricole, la rĂ©sorption de la jachère Ă©valuĂ©e Ă plus de (3) Millions d’hectares, est aussi, de nature Ă rĂ©duire notre dĂ©pendance en lĂ©gumes secs et Ă accroĂ®tre nos capacitĂ©s fourragères en vue de la promotion de l’Ă©levage bovin et de la production laitière, aujourd’hui objets du scandaleux problème de dĂ©perdition de quantitĂ©s Ă©normes de lait, en l’absence d’une politique efficiente de ramassage de ce produit de première nĂ©cessitĂ©.
De mĂŞme, la forte dĂ©pendance en alimentation des petits Ă©levages, suggère le dĂ©veloppement des cultures industrielles dans les rĂ©gions du Sud Ă fortes potentialitĂ©s hydriques, comme c’est le cas Ă In-Salah, Ă Hassi El Fhel et Ă El-Menia, ainsi que la recherche de nouvelles formulations d’aliments, basĂ©es sur l’incorporation la plus large possible de sous-produits riches en acides aminĂ©s. Il y a lĂ , matière Ă dĂ©velopper une authentique industrie, basĂ©e cette fois-ci sur le principe de l’intĂ©gration la plus large possible des produits locaux. C’est lĂ aussi, un gisement d’emplois non nĂ©gligeable, pour les jeunes ruraux.
Le dĂ©fi de la dĂ©cennie Ă venir est sans aucun doute, celui de l’intensification des systèmes de productions qui suppose bien Ă©videmment, une capitalisation de savoir-faire. Ă€ ce titre, il importe de souligner, que les structures de recherche sont restĂ©es totalement coupĂ©es de la rĂ©alitĂ© des espaces agricoles, qui vivotent au rythme de pratiques d’une paysannerie en fin de parcours. L’ancrage de notre agriculture dans la voie de la prospĂ©ritĂ©, suppose que les exploitations, entreprises agricoles de demain, soient au cĹ“ur des enjeux scientifiques, techniques, Ă©conomiques et managĂ©riaux. Il s’agit, Ă partir d’une meilleure efficience organisationnelle, de crĂ©er autour de l’action proprement agricole, les solidaritĂ©s capables de fiabiliser scientifiquement les options, d’assurer Ă la paysannerie l’accès aux techniques modernes et d’appuyer le progrès rural par tous les accompagnements qui lui sont indispensables. Cette manière efficiente de concevoir le dĂ©veloppement agricole et rural est celle de l’esprit agropole.
Cette technopole spĂ©cialisĂ©e en agriculture, organisĂ©e sur un mĂŞme lieu, doit rĂ©unir toutes les conditions pour crĂ©er, dĂ©velopper et implanter des projets agroalimentaires. Elle doit disposer de laboratoires, de champs d’expĂ©rimentation, d’un centre de formation en management disposant d’une salle de confĂ©rences et d’internet Ă haut dĂ©bit, ainsi que d’une plateforme amĂ©nagĂ©e destinĂ©e Ă l’accueil d’unitĂ©s agroalimentaires, dans la proximitĂ© de l’autoroute Est-Ouest, et de celle en projet, des Hauts-Plateaux.
C’est dans cette voie que se sont inscrits des pays comme le Maroc, la Tunisie, le Liban, le Cameroun, pour ne citer que ces pays.
C’est dans cette perspective d’une vocation d’excellence « agro-alimentaire », que les universitĂ©s rĂ©gionales doivent trouver leurs voies et construire leurs identitĂ©s. Elles doivent envisager cette option en parfaite synergie et en complĂ©mentaritĂ© avec d’autres partenaires de leurs zones d’influence, pour faire de ce projet majeur, un centre d’intĂ©rĂŞt commun. La communautĂ© scientifique et technique devra apprendre Ă fĂ©dĂ©rer ses forces autour de la rĂ©alisation de cet objectif, qui doit ĂŞtre aussi, le centre d’intĂ©rĂŞt des instituts de dĂ©veloppement des diffĂ©rentes filières agricoles, des chambres d’agriculture, des centres de formation professionnelle, des services techniques dĂ©concentrĂ©s, des banques et bien d’autres institutions et organismes. Ce n’est que dans cette vision de pratiques agricoles revisitĂ©es, qu’il sera possible un jour de rĂ©duire considĂ©rablement notre dĂ©pendance alimentaire !
Mais pour l’heure, c’est l’encadrement technique qui constitue le maillon faible, comme il a Ă©tĂ© soulignĂ© par le recensement gĂ©nĂ©ral de 2002. Les rĂ©sultats de cette enquĂŞte font ressortir, un besoin de près de 127.000 ouvriers dans les diffĂ©rentes filières agricoles et la formation de près de 73.000 techniciens supĂ©rieurs.
A titre d’exemple, une moissonneuse batteuse convenablement rĂ©glĂ©e, pourrait rĂ©duire considĂ©rablement les pertes aux champs estimĂ©es Ă 25% au moment de la rĂ©colte. Si nous ramenons ce taux au niveau acceptable de 10%, cela Ă©quivaudrait Ă faire un gain de (4) Millions de quintaux, soit près de 6% de nos besoins. Cet exemple souligne tout l’intĂ©rĂŞt de la formation et par consĂ©quent, de la rĂ©habilitation des Ă©coles d’agriculture et de l’ouverture de lycĂ©es agricoles, garants de l’emploi des jeunes, non motivĂ©s pour les Ă©tudes supĂ©rieures.
Il est aussi soulignĂ©, cette nĂ©cessitĂ© dans le recyclage de plus de 6.000 ingĂ©nieurs, en rĂ©alitĂ© des diplĂ´mĂ©s de l’enseignement supĂ©rieur ne disposant pas de savoir faire pratique. C’est lĂ , l’atout maĂ®tre pour une agriculture Ă la recherche des Ă©lĂ©ments de sa modernitĂ©. C’est Ă ces milliers de jeunes diplĂ´mĂ©s, une fois mis Ă niveau, que doit ĂŞtre offerte une opportunitĂ© dans la crĂ©ation de PME prestataires de services, d’ingĂ©nierie et de conseil agricole.
Convenablement formĂ©s, ces jeunes entrepreneurs sont Ă considĂ©rer comme les pionniers de l’agriculture moderne, axĂ©e principalement sur les exploitations de taille moyenne et comme Ă©lĂ©ments dynamiques d’encadrement de coopĂ©ratives de services autour desquelles devront s’organiser les petites exploitations familiales pour ce qui concerne la mĂ©canisation des travaux agricoles, le conditionnement et la commercialisation des fruits et lĂ©gumes.
La formation des formateurs au sein des pays du circum mĂ©diterranĂ©en qui placent l’acquis de la technicitĂ© au cĹ“ur du dĂ©fi de leurs agricultures, est aussi, une autre action fondamentale qu’il convient de concrĂ©tiser au plus vite. C’est lĂ une urgence et une voie de rĂ©ussite par laquelle sont passĂ©s, tous les pays Ă agriculture prospère.
Quand on aura formĂ© correctement les ouvriers agricoles et les chefs d’entreprises de l’agriculture de demain !
Quand on aura songĂ© Ă faire de nos services agricoles dĂ©concentrĂ©s de vĂ©ritables centres de management du dĂ©veloppement agricole, versĂ©s exclusivement Ă l’encadrement des actions sur le terrain, et non uniquement aux tâches administratives !
Quand on aura redynamisĂ© les chambres d’agricultures, Ă hauteur des exigences d’une agriculture performante ! Quand aura favorisĂ© l’Ă©mergence d’un système coopĂ©ratif d’entraide et de solidaritĂ© par filière !
Alors, la rĂ©duction de notre dĂ©pendance alimentaire relèvera du domaine du possible. C’est dire que l’heure est Ă la formation de la ressource humaine et non, Ă l’importation inconsidĂ©rĂ©e et sans limite de produits pas toujours nĂ©cessaires ! Comme elle ne l’est pas aussi dans le soutien de l’État, sans garantie de traçabilitĂ© des actions envisagĂ©es.
* Professeur
