« À partir de septembre, l’Algérie passera à un autre niveau »: le PDG de Tosyali détaille un changement de cap

« À partir de septembre, l’Algérie passera à un autre niveau »: le PDG de Tosyali détaille un changement de cap
Alp Topcuoglu s’exprime à la CEO Survey Algeria 2026

La sidérurgie algérienne prend un nouvel élan, portée par des annonces faites lors de la CEO Survey Algeria 2026. Dès septembre-octobre, Tosyali Algérie évoque un basculement vers des productions plus techniques et une montée en capacité portée par des investissements et l’intégration des ressources locales.

Au cœur de ce mouvement, une déclaration d’Alp Topcuoglu, vice-président de Tosyali Algérie, résume la trajectoire annoncée : « À partir du mois de septembre, l’Algérie passera à un autre niveau ». Derrière cette annonce, le groupe déroule une série de projets qui touchent la production, les mines et les compétences locales.

Tosyali : des aciers plus techniques et un cap vers l’automobile

La sidérurgie algérienne change de profil avec une montée vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Le responsable de Tosyali Algérie rappelle une évolution nette du marché local.

Il explique : « Il y a 7-8 années de cela, l’Algérie importait toujours le rond à béton, l’acier le plus standard. À partir du mois de septembre, l’Algérie va fabriquer, fournir le marché local et exporter les aciers destinés au secteur automobile, électroménager… les aciers les plus qualifiés au monde ».

🟢 A LIRE AUSSI : Un émissaire de Poutine à Alger : ce secteur attire l’attention de Moscou

Le groupe mise sur des segments industriels plus exigeants, notamment :

  • Les aciers pour l’industrie automobile
  • Les aciers destinés à l’électroménager
  • Des produits déjà présents dans les chaînes industrielles de pays développés

Le discours met aussi en avant les atouts industriels du pays. Énergie disponible, ressources naturelles, position géographique et main-d’œuvre jeune.

Investissements : Béthioua monte en puissance et vise 9,5 millions de tonnes

Le complexe de Béthioua à Oran avance dans une phase d’expansion portée par un investissement global de 2,5 milliards de dollars. Tosyali projette une montée des capacités jusqu’à environ 9,5 millions de tonnes par an. La feuille de route industrielle met en avant :

  • 1,6 million de tonnes d’aciers plats
  • 700 000 tonnes destinées au secteur automobile
  • Une orientation vers des produits à forte valeur ajoutée

Cette évolution positionne Béthioua comme un centre de production orienté vers des besoins industriels plus spécifiques. Notamment ceux liés à l’automobile et aux équipements industriels.

Sidérurgie algérienne : Gara Djebilet et la transformation du minerai local

Par ailleurs, le projet de Gara Djebilet occupe une place centrale dans la chaîne de production. Tosyali travaille avec les autorités pour intégrer ce gisement dans le circuit industriel national.

Le groupe a d’ailleurs développé un procédé sur mesure, adapté au minerai de Gara Djebilet, réputé difficile à traiter. Le programme comprend :

  • Une unité d’enrichissement de 4 millions de tonnes de minerai de fer à Béchar
  • La transformation du minerai en produits semi-finis
  • Une valorisation complète sur le territoire national

Le groupe présente cette étape comme un point de départ pour structurer l’exploitation du gisement et renforcer la chaîne locale de transformation.

Compétences, industries et rapports de force : la sidérurgie dans un monde en recomposition

Le développement industriel s’accompagne d’un mouvement autour des compétences. Le responsable de Tosyali évoque le départ d’ingénieurs algériens vers plusieurs pays, dont la Suède, l’Italie ou le Qatar, où ils intègrent des unités industrielles à l’étranger.

Dans le même temps, Alp Topcuoglu élargit la lecture du secteur et replace la sidérurgie dans un cadre international marqué par des choix industriels forts et des tensions commerciales entre grandes puissances.

Il revient notamment sur les taxes douanières imposées sur l’acier aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Une décision qui, selon lui, a marqué le début d’une montée des tensions commerciales. Il cite également une déclaration du président américain : « On ne peut pas parler de l’indépendance d’un pays qui n’a pas de secteur sidérurgique », une phrase qui a accompagné ce tournant.

🟢 A LIRE AUSSI : D’une capacité de 1 400 MW : L’Algérie se dote d’un nouveau géant énergétique dans cette wilaya

Alp Topcuoglu évoque aussi le cas de l’Iran, qui a maintenu une activité industrielle malgré plusieurs décennies d’embargo. Le pays a assuré une production locale destinée à ses infrastructures et à son industrie mécanique, malgré des contraintes externes prolongées.

Ces exemples illustrent le rôle structurant de la sidérurgie dans les économies capables de maintenir une base industrielle autonome.

Dans ce contexte, la sidérurgie algérienne poursuit sa montée en gamme. Le secteur évolue vers des productions plus techniques, soutenu par de nouveaux investissements et l’exploitation des ressources locales. Il gagne ainsi en capacité et change progressivement de dimension.