A l’occasion de la projection de « Echebka» au cinéclub du CNCA : Le cri d’alarme de Ghaouti Bendedouche pour sauver la création «menacée»

lundi 15 octobre 2018 à 15:31
Source de l'article : Reporters.dz

Écrit par Fadila Djouder

Dans le cadre de son cinquième cinéclub, la Cinémathèque et le Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel (CNCA),  ont organisé, avant-hier, un bel hommage au réalisateur algérien Ghaouti Bendedouche en projetant son premier long métrage «Echebka» ou «Les Pêcheurs», sorti en 1976, en présence de quelques personnalités du septième art, émues de revoir cette œuvre, qui reste, selon eux, toujours d’actualité.

Quarante-trois ans après sa première projection, le premier long métrage de Ghaouti Bendedouche, qui a réuni une pléiade de comédiens hors pair tels que Fatima Belhadj, Hacen El Hassani, Mustapha El Anqa, Sid-Ali Kouiret ou encore Sissani, a toujours le même impact émotionnel sur ceux qui étaent présents à la projection avec un sujet  qui reste toujours d’actualité.

«43 ans après la sortie de ce film, je n’arrive pas à trouver les mots, car l’émotion est toujours aussi forte. Je profite de cette occasion pour rendre hommage à toutes les personnes qui m’ont accompagné dans ce projet, et qui nous ont quittés aujourd’hui», a déclaré à l’assistance M. Bendedouche.

Le réalisateur ajoute : «J’ai choisi ce sujet, car il reflétait la réalité de cette époque.» Tout en confiant que «la scène qui m’a le plus bouleversée est celle de Fatima Belhadj quand elle retrouve son mari, campé par Sid-Ali Kouiret après une longue absence. Cela exprime toute la sensibilité et la réalité que vit la femme algérienne.» Ghaouti Bendedouche abordera, également, lors de cette rencontre, l’anecdote à propos du choix de la chanson qui  immortalise le film.

Il explique à ce sujet que «la chanson ‘’Rayha Win’’ a été écrite par Mustapha Toumi. Il voulait la chanter lui-même. Au début, je n’étais pas du tout d’accord mais j’ai cédé à la fin car il a insisté. Il l’a chantée avec sa guitare, la chanson était un peu lente mais c’était son choix, il voulait qu’elle soit entière ».

Dans un registre plus personnel,  Ghaouti Bendedouche confie aux présents : «Je n’ai pas peur de la mort, mais j’ai peur de l’oubli. Je me demande pourquoi les responsables ou les décideurs n’ont pas pris en considération le fait d’exporter les œuvres cinématographiques pour les montrer au monde, car ces films pouvaient s’imposer sur le plan international».

D’un ton dépité, il poursuit : «Je pense qu’ils n’ont rien à voir avec la culture. A l’âge de vingt ans, comme beaucoup de ceux de ma génération, nous avons eu des propositions de faire de la politique.  Mais nous avons choisi de faire seulement de l’image, parler des autres et les faire connaître. C’est ce qui était le plus important pour nous.»

Mort à petit feu de la création algérienne
A la fin de la rencontre, M. Bendedouche a tenu à lire un mot aux présents, en les mettant en garde contre la disparition de l’identité culturelle algérienne. «Ce qui est en jeu, actuellement, est notre identité culturelle. Notre pays, ou encore la liberté de créer nos images. Une société qui abandonne les moyens de se représenter elle-même est une société en perte de repères et qui peut être asservie». Affirmant que «c’est à nous de nous battre  pour que l’avènement de l’expression en relation avec la réalité de notre peuple  puisse voir le jour».

Le réalisateur riche d’une expérience de plus d’une quarantaine d’années souligne : «Si j’éprouve, aujourd’hui, à mon âge, le besoin de militer au sein d’une association que nous devrions créer et qui réunira tous les créateurs dans le domaine, du réalisateur jusqu’au technicien, c’est par peur de perdre cette identité».

Il estime à ce sujet que «dans notre pays, la création subit de plus en plus de graves menaces et c’est mon cas. Il est important aujourd’hui d’avoir l’audace, suite à la marchandisation des œuvres, de la remise en cause de l’exception culturelle algérienne, Car, si nous ne réagissons pas, cette exception culturelle risque, aujourd’hui, d’être réduite au silence et de disparaître.»

L’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports (1984-1988) Kamel Bouchama, présent dans la salle, a voulu apporter son témoignage sur ce film. «Je l’ai vu, il y a des années. Il me rappelle Ténès et Cherchell, qui est ma ville natale. Dans le cinéma algérien nous avons vu la montagne, la guerre ou encore les travailleurs mais personne n’a osé exploiter la mer ou, plus précisément, les pêcheurs. Ce film traite très bien le monde insulaire», a-t-il dit.

Poursuivant, M. Ghaouti a très bien décrit la société algérienne dans ce film, quand les gens disent qu’hier, on n’avait pas de démocratie. Je suis désolé, on avait plus de démocratie qu’aujourd’hui». M. Bouchama a tenu à cette occasion à déclarer que « celui qui produit ne meurt pas, je pense que nous avons beaucoup de potentiel, mais il faut que le ministère de la Culture travaille un peu plus dans ce cadre-là que dans l’événementiel».

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