Depuis plusieurs semaines, les tensions militaires autour du détroit d’Ormuz étranglent le transit des hydrocarbures et des engrais. Dans ce ballet diplomatique où chaque décision énergétique se paie au prix fort, l’Algérie a choisi d’agir. Alger vient d’injecter 4 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires dans les réseaux espagnols. Une décision qui place le pays au premier plan de la stabilité énergétique méditerranéenne.
🟢 À LIRE AUSSI : Contrats de gaz algérien menacés ? L’Allemagne veut augmenter ses achats mais pointe un « obstacle »
Ce n’est pas un simple contrat commercial. Selon les informations révélées par le média espagnol laSexta, cette livraison exceptionnelle compense directement l’absence des cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) bloquées en mer à cause des fermetures de routes maritimes dans le Golfe.
L’effet domino d’Ormuz : l’Europe sous tension, l’Algérie en position de force
La fermeture virtuelle du détroit d’Ormuz ne concerne pas que les pétroliers. Elle résonne jusqu’aux centrales thermiques espagnoles. En bloquant le flux des méthaniers en provenance du Qatar ou des Émirats arabes unis, le conflit expose brutalement la fragilité des chaînes d’approvisionnement européennes.
- L’Espagne, habituellement bien pourvue, voyait ses réserves diminuer.
- Les prix du gaz sur les marchés spot ont grimpé à des niveaux records.
- Les industriels redoutaient des coupures ciblées.
🟢 À LIRE AUSSI : Le pari agricole porte ses fruits en Algérie : une contribution croissante au PIB
C’est dans cette brèche qu’Alger intervient. La proximité géographique (à peine 400 kilomètres séparent les deux rives) offre un avantage décisif. Les gazoducs Medgaz acheminent le gaz sans traverser aucune zone de conflit. Aucun navire à détourner. Aucun détroit à forcer.
10 millions de mètres cubes par jour : le flux qui renforce les relations hispano-algériennes
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Chaque jour, l’Espagne reçoit environ 10 millions de mètres cubes de gaz algérien via ces canalisations. Ce débit régulier, associé au volume additionnel de 4 milliards de mètres cubes, transforme l’Espagne en plaque tournante. Mais ce flux ne s’arrête pas aux frontières ibériques. Madrid a désormais la capacité de revendre ce gaz à d’autres nations européennes, voire au-delà, renforçant ainsi sa propre position de hub énergétique continental.
🟢 À LIRE AUSSI : Marchés sous pression : après l’énergie, les engrais algériens suscitent l’intérêt
Cette manne gazière rapporte aussi lourd aux caisses algériennes. Le différentiel entre le coût de production local – faible grâce à l’abondance d’hydrocarbures – et le prix de vente européen, artificiellement gonflé par la crise, génère des centaines de millions de dollars supplémentaires chaque mois. L’Algérie capitalise sur la rareté.Selon Barah Mikail, spécialiste de l’Afrique du Nord à l’Université de Saint-Louis, « on connaît les quelque 4 milliards de mètres cubes de gaz présents juste à terre. Il existe d’autres zones encore inexploitées ». Autrement dit, le potentiel de hausse reste entier.
Engrais et commerce : l’autre facette de la puissance algérienne
La même dynamique profite au marché des fertilisants. L’Espagne, dont l’agriculture dépend des engrais, a sensiblement augmenté ses achats d’urée algérienne. Avec 3 millions de tonnes produites chaque année pour une consommation interne de seulement 200 000 tonnes, l’Algérie dispose d’un excédent massif. En un an, le volume des marchandises algériennes importées par l’Espagne a bondi de 328,777 milliards d’euros à près de 825 milliards d’euros. L’Inde et le Brésil ont également réorienté une partie de leurs commandes vers les ports algériens. Ainsi, l’Algérie ne subit pas la crise, elle en fait un levier économique.
