34 millions d’euros blanchis en France : deux Algériens écroués, la piste d’un cerveau en Algérie

34 millions d’euros blanchis en France : deux Algériens écroués, la piste d’un cerveau en Algérie
Soupçonnés d’avoir orchestré un système de blanchiment de 34 millions d’euros, deux Algériens ont été écroués à Paris. Les enquêteurs suspectent l’existence d’un commanditaire basé en Algérie.

Un important coup de filet vient de lever le voile sur un réseau de blanchiment d’argent en Île-de-France. Soupçonnés d’avoir orchestré un système de décaisse colossal de 34 millions d’euros depuis 2022, deux trentenaires algériens, Ammar et Abdelaziz, ont été mis en examen et écroués jeudi à Paris.

Alors que la justice traque les flux financiers, les enquêteurs suspectent l’ombre d’un donneur d’ordre téléguidant les opérations directement depuis l’Algérie.

Arrêtés le 16 juin dernier à Argenteuil et à Bagnolet, les deux hommes ont été mis en examen à Paris pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs. Ils sont soupçonnés d’avoir orchestré depuis 2022 un vaste système de recyclage d’argent liquide au profit de chefs d’entreprise qui souhaitent détourner le fisc, pour un montant total estimé à 34 millions d’euros.

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Un système bien rodé au service des fraudeurs

Ce réseau algérien offre ses services à des chefs d’entreprise, propriétaires de sociétés de nettoyage, de sécurité ou du bâtiment, qui ont besoin de liquidités non traçables pour rémunérer des salariés au noir, verser des commissions officieuses ou corrompre des tiers en vue d’obtenir des marchés.

Le principe est simple : l’opération repose sur une chaîne de sociétés écrans installées principalement en Pologne et dans plusieurs autres pays européens. Des virements et de fausses factures y sont acheminés permettant de récupérer frauduleusement la TVA. L’argent ainsi recyclé passe de compte en compte avant d’être restitué en espèces par les donneurs d’ordre, moyennant une commission de 10%. Au total seize entreprises suspectes ont été identifiées par les enquêteurs.

L’enquête débute en décembre 2025 suite à une alerte donnée par Tracfin, le service de renseignement financier français. Par ailleurs, la Brigade de recherche et d’investigation financière est alors saisie de l’affaire. En remontant méthodiquement les flux financiers, les enquêteurs ont identifié ce qui serait le réseau de ce groupe criminel : un individu résidant en Algérie, gérant deux complices basés en région parisienne.

« Livreur Uber du blanchiment »

Le principal suspect, Ammar, un directeur de centre de formation de 35 ans à la tête d’un important patrimoine immobilier, est soupçonné d’avoir mis en place un système de blanchiment. Les enquêteurs ont découvert que sa société émettait de nombreux virements suspects vers des entreprises tierces, transférant ainsi des fonds vers l’étranger. Des saisies de luxe, incluant plusieurs Rolex, ont d’ailleurs été effectuées à son domicile.

Marié, père de famille et sans antécédents judiciaires, le suspect nie fermement toute fraude. Ses avocates, Lydia Boudriche et Léa Mouih, contestent son placement en détention provisoire ; elles affirment que ces transactions financières ne sont pas frauduleuses, mais servent légitimement à rémunérer des prestataires informatiques en Algérie pour le développement d’un logiciel.

Par ailleurs, le second mis en examen, Abdelaziz, un homme de 32 ans sans emploi et en situation irrégulière, logeait dans l’un des appartements d’Ammar. Surnommé le « livreur Uber du blanchiment » par une source proche du dossier, il a été pris en filature par les enquêteurs de la Brif alors qu’il collectait et livrait méthodiquement des espèces à travers plusieurs communes d’Île-de-France. Arrêté le 16 juin à son domicile de Bagnolet, Abdelaziz a reconnu les faits lors de sa garde à vue.

L’information judiciaire ouverte à Paris devra déterminer précisément le rôle de chacun et la nature des liens unissant les différents protagonistes de cette affaire.

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