20 Mds$ pour des TPE sans salariés : La numérisation démasque le scandale des importations en Algérie

Entreprises sans salariés réclamant des millions de dollars, ateliers clandestins nichés dans des immeubles résidentiels : la numérisation met à nu les dérives du secteur de l’importation.
Selon des informations rapportées par le quotidien arabophone Echorouk citant le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, le montant total des demandes d’importation déposées via la plateforme numérique — dans le cadre du programme prévisionnel d’importation de matières premières et d’équipements destinés à la production — a franchi la barre hallucinante des 120 milliards de dollars pour le second semestre de l’année en cours.
Si ce chiffre ne reflète pas des importations effectives et ne signifie aucunement que ces sommes seront transférées vers l’étranger — ces dossiers demeurant soumis à un examen rigoureux avant toute validation ministérielle —, le détail des demandes met en lumière de flagrantes anomalies qui interpellent.
Selon la même source, une part significative de cette inflation des montants est imputable à de très petites entreprises (TPE). Pire encore, certaines d’entre elles ne déclarent aucun salarié, soulevant d’importantes interrogations sur la réalité de leurs activités et la cohérence de leurs demandes face à leurs capacités économiques réelles.
Plus de 20 milliards de dollars réclamés par des structures de moins de 5 salariés
Les données recoupées par la plateforme révèlent un fossé abyssal entre les moyens humains de certains opérateurs et les montants sollicités. Ainsi, plus de 20 milliards de dollars de demandes proviennent d’entreprises comptant entre zéro et 5 employés, la majorité de ces micro-structures ayant formulé des requêtes oscillant entre 3 millions et 600 millions de dollars.
Parmi les cas les plus édifiants figure celui d’un opérateur économique ne disposant que de 9 salariés, qui a déposé une demande d’importation de près de 3,5 milliards de dollars pour l’acquisition de piscines monoblocs, d’équipements de parcs d’attractions et de matériel pour grands spectacles.
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Dans le secteur avicole, un opérateur n’employant qu’un seul salarié a sollicité une enveloppe de près de 200 millions de dollars pour l’importation de poussins. Enfin, un autre acteur a formulé une demande d’environ 600 millions de dollars pour l’achat de tissus et de tapis, un montant qui dépasse, les demandes cumulées de grandes entreprises historiques du secteur textile.
Quand le numérique traque la vérité économique
Ces dérives contrastent vivement avec l’attitude des grands groupes industriels nationaux qui s’efforcent d’augmenter leur taux d’intégration locale afin de réduire leur dépendance aux intrants importés et, par conséquent, d’alléger la facture globale du pays.
L’envolée des montants demandés ne peut être dissociée de l’existence de dossiers suspects. Désormais, la plateforme numérique ne traite plus le montant de la commande de manière isolée : elle croise systématiquement l’enveloppe sollicitée avec le nombre de salariés déclarés, la nature exacte de l’activité, la localisation géographique ainsi que la situation fiscale et sociale de l’entreprise.
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Lorsqu’une structure sans effectif réclame des centaines de millions de dollars, le système déclenche automatiquement une alerte nécessitant un audit approfondi. Sans présumer du caractère fictif ou illégal de l’entreprise, cet écart disproportionné constitue un indicateur d’anomalie majeur.
Géolocalisation : Des usines virtuelles dans des immeubles d’habitation
Parmi les nouveaux mécanismes de contrôle, l’obligation pour l’opérateur de fournir la géolocalisation exacte de son siège et de ses unités de production a permis de lever le voile sur de graves incohérences.
Le traitement des dossiers a révélé que plusieurs opérateurs étaient incapables de justifier la réalité de leurs infrastructures.
Dans certains cas, les coordonnées fournies renvoyaient à de simples appartements ou ateliers situés dans des immeubles résidentiels, totalement incompatibles avec l’activité déclarée ou le volume d’importation sollicité. L’adresse administrative sur papier ne suffit plus : le contrôle physique et géographique est devenu la règle.
Le croisement des fichiers : Fisc et Sécurité sociale en première ligne
L’efficacité du dispositif repose sur l’interconnexion en temps réel de la plateforme avec plusieurs institutions clés, notamment le Centre National du Registre du Commerce (CNRC), l’Administration fiscale et les caisses de Sécurité sociale.
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Ce croisement de données permet d’identifier instantanément les fraudes aux déclarations sociales et les irrégularités fiscales. Le fichier de la Sécurité sociale permet notamment de vérifier la réalité de la force de travail déclarée, élément pivot pour juger de la crédibilité de la demande.
La leçon des grands groupes : Produire localement pour réduire la facture
À l’opposé de ces pratiques spéculatives, les grandes entreprises industrielles s’inscrivent dans une dynamique inverse.
En investissant dans la production locale, le développement de réseaux de sous-traitants nationaux et la fabrication sur place d’une partie de leurs composants, leurs besoins en importation diminuent progressivement.
Le système numérique met ainsi en évidence un contraste saisissant : Alors que des capitaines d’industrie à la tête de grands complexes réduisent leurs factures d’importation grâce à l’intégration locale, des micro-structures demandent des milliards de dollars sans disposer des capacités de base.
Vers un assainissement rigoureux du marché
La question centrale demeure : ces 120 milliards de dollars de demandes reflètent-ils les besoins réels de l’économie nationale ou s’agit-il d’une bulle créée par des acteurs opportunistes ?
Si l’État n’a pas vocation à débourser une telle somme, cette centralisation des données offre à l’administration une occasion inédite de nettoyer les fichiers et d’assainir le secteur.
En définitive, la numérisation dépasse le simple cadre de la modernisation administrative. Elle pose les jalons d’un nouveau dogme économique : aucune devise ne sera accordée sans une réalité économique avérée sur le terrain.
Une démarche essentielle pour protéger simultanément les réserves de change, le produit national et la transparence du marché.








