Mobcash, Binance, RedotPay : les coulisses du réseau 1xBet démantelé à Béjaïa

La police a démantelé à Akbou, dans la wilaya de Béjaïa, un réseau lié à la plateforme de paris en ligne 1xBet. Ses membres convertissaient les fonds des joueurs en dollars numériques, via Binance, RedotPay ou Mobcash. Derrière ce coup de filet se dessine un système bien rodé, que la loi algérienne interdit pourtant.
Réseau 1xBet démantelé à Akbou : ce que l’on sait
Tout est parti d’une enquête pour trafic de psychotropes, menée par la brigade mobile de la police judiciaire d’Akbou. Elle a conduit les policiers vers un jeune homme de 25 ans. Celui-ci utilisait des plateformes de paris en ligne, notamment 1xBet, et effectuait d’importantes opérations de change en dollars.
Les investigations ont révélé un réseau plus vaste, qui faisait transiter les fonds par plusieurs plateformes numériques : RedotPay, Binance, PayPal et Mobcash. Onze personnes ont été interpellées. Les perquisitions, menées dans des locaux commerciaux et des domiciles, ont permis de saisir 900 millions de centimes en dinars et 2 510 euros.
Les policiers ont aussi saisi des compteuses de billets, des détecteurs de faux billets, des ordinateurs et des téléphones. Les mis en cause doivent répondre de blanchiment d’argent, d’infraction à la réglementation des changes et d’exploitation de plateformes de monnaies virtuelles, dans le cadre d’un groupe criminel transnational. Deux d’entre eux ont été placés en détention provisoire, les autres sous contrôle judiciaire.
Agents, Mobcash, cryptomonnaies : comment fonctionnent ces réseaux
La plateforme 1xBet, exploitée depuis l’étranger, ne dispose d’aucune autorisation en Algérie. Pour toucher les joueurs algériens, qui paient surtout en espèces, elle s’appuie sur un réseau d’agents locaux. Ces intermédiaires rechargent les comptes des joueurs contre une commission, souvent autour de 10 %.
Mobcash, l’une des plateformes citées dans l’affaire d’Akbou, sert justement aux agents pour recharger ces comptes. Les dinars collectés en espèces doivent ensuite sortir du pays. Les réseaux les convertissent alors en dollars numériques, via des plateformes de cryptomonnaies comme Binance ou des applications de paiement comme RedotPay.
Ce circuit explique la présence de compteuses de billets et de détecteurs de faux billets lors des perquisitions. Il fait aussi de ces réseaux des acteurs du marché parallèle des devises. C’est ce qui leur vaut des poursuites pour blanchiment et pour infraction à la réglementation des changes.
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Paris en ligne : des démantèlements qui se multiplient
L’affaire d’Akbou n’est pas un cas isolé. Fin mai 2026, la Gendarmerie nationale avait déjà démantelé un réseau international de paris et de loteries en ligne non autorisés. Neuf commerçants, inscrits en règle au registre du commerce, servaient de couverture à l’organisation.
Ce réseau convertissait lui aussi les gains des parieurs en monnaies virtuelles, vers l’étranger. Les gendarmes avaient saisi 103 millions de centimes, 2 515 euros et trois véhicules, comme le rappelle notre article sur la logistique de ce réseau. À Béjaïa, la police avait déjà interpellé en 2025 deux jeunes liés à des paris sur 1xBet, avec 8 825 euros saisis.
Ces affaires montrent l’ampleur prise par les paris en ligne clandestins en Algérie. Notre enquête de 2024 sur les casinos en ligne décrivait déjà l’essor de ces plateformes. Elle pointait aussi la présence de mineurs parmi les joueurs.
Paris en ligne en Algérie : ce que dit la loi
La loi de 2018 sur le commerce électronique interdit toute transaction en ligne portant sur les jeux de hasard, les paris et les loteries. Celui qui propose ou vend ces services en ligne encourt une amende de 200 000 à 1 000 000 DA. Le juge peut aussi ordonner la fermeture du site pendant un à six mois.
Les réseaux qui gèrent les fonds s’exposent à des poursuites bien plus lourdes, pour blanchiment d’argent et infraction à la réglementation des changes. L’usage des cryptomonnaies est par ailleurs interdit depuis 2025. Leur achat, leur vente ou leur détention exposent à une peine de deux mois à un an de prison et à une amende de 200 000 à 1 000 000 DA.
Les paris sportifs légaux existent pourtant en Algérie. L’entreprise publique Pari sportif algérien (PSA) organise les paris autorisés. Son directeur général avait d’ailleurs alerté les autorités sur l’activité de 1xBet, un réseau qu’il jugeait opaque.
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Joueurs et parents : les risques à connaître
Les joueurs ne sont pas à l’abri. Ceux qui achètent ou détiennent des cryptomonnaies pour alimenter leur compte tombent sous le coup de l’interdiction de 2025. En cas de litige, ils ne disposent d’aucun recours face à une plateforme étrangère non autorisée.
Les risques sont aussi sociaux. Les paris en ligne peuvent conduire à l’endettement et à l’addiction, en particulier chez les adolescents, nombreux sur ces applications. Les parents ont intérêt à surveiller les applications installées sur le téléphone de leurs enfants et les mouvements sur leurs comptes.
Les personnes en difficulté avec le jeu peuvent se tourner vers un médecin ou un service d’addictologie. Il est recommandé de se méfier des promesses de gains rapides et des codes promotionnels diffusés sur les réseaux sociaux, afin d’éviter toute confusion. Ces offres servent surtout à recruter de nouveaux joueurs.








