1er novembre 1954 : 72 ans après, l’Algérie rend hommage à ses moudjahidine et à ses martyrs

Il y a 72 ans, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une poignée d’hommes déterminés déclenchait la guerre de libération nationale. Retour sur l’appel du 1er novembre, le courage des moudjahidine, le rôle décisif des femmes et le sacrifice des martyrs qui ont offert à l’Algérie sa liberté.
1er novembre 1954 : la nuit où l’Algérie a pris les armes
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une trentaine d’actions armées frappent simultanément le territoire algérien. Des Aurès à la Kabylie, de l’Algérois à l’Oranais, des groupes de militants passent à l’action. L’Algérie entre dans sa guerre de libération nationale.
Ces hommes disposent de peu d’armes et de moyens dérisoires face à l’une des armées les plus puissantes du monde. Mais ils portent une conviction : après des décennies de lutte politique, seule la lutte armée ouvrira la voie à l’indépendance. Leur audace allait changer le cours de l’histoire.
L’appel du 1er novembre 1954 : un texte fondateur
La même nuit, le Front de libération nationale (FLN) adresse au peuple algérien un appel historique. Des militants l’ont dactylographié et tiré dans le village d’Ighil Imoula, en Kabylie. Le texte circule dès le 1er novembre, et la radio du Caire contribue à le faire connaître.
La proclamation fixe un objectif clair : l’indépendance nationale. Elle appelle à « la restauration de l’État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques ». Elle garantit aussi « le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions ».
Le texte tend aussi la main, en proposant une issue négociée fondée sur la reconnaissance de la souveraineté algérienne. La Constitution algérienne y fait toujours référence dans son préambule. Soixante-douze ans plus tard, cet appel reste la boussole de la nation.
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Les six historiques, à l’origine du FLN et de l’ALN
Derrière cet appel se tient une génération de militants issus du mouvement national. En juin 1954, vingt-deux d’entre eux se réunissent clandestinement à Alger et décident de passer à l’action. Six responsables, entrés dans l’histoire comme les « six historiques », organisent ensuite le déclenchement.
Ce sont Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Rabah Bitat, Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf. Ils se partagent le commandement des zones de combat. À l’extérieur, Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Khider portent la cause sur la scène internationale.
Plusieurs d’entre eux tombent les armes à la main ou en détention. Didouche Mourad meurt au combat dès janvier 1955, Mostefa Ben Boulaïd en mars 1956. L’armée française exécute Larbi Ben M’hidi en détention en mars 1957, après son arrestation pendant la bataille d’Alger.
Moudjahidine : le courage des combattants de l’ALN
Pendant plus de sept ans, les moudjahidine de l’Armée de libération nationale (ALN) tiennent tête à une armée bien plus nombreuse et mieux équipée. Dans les djebels des Aurès, de Kabylie ou de l’Ouarsenis, ils mènent une guerre de harcèlement. Ils endurent le froid, la faim et la traque permanente.
Le 20 août 1955, Zighoud Youcef lance l’offensive du Nord-Constantinois, qui donne une dimension populaire à la révolution. Un an plus tard, jour pour jour, le congrès de la Soummam dote le FLN d’une organisation politique et militaire. La lutte s’étend alors à tout le territoire, jusque dans les villes.
La bataille d’Alger, en 1957, illustre ce courage face à une répression implacable. Des milliers d’Algériens connaissent la torture, les camps et les exécutions. Leur sacrifice conduit pourtant l’Algérie à l’indépendance, proclamée le 5 juillet 1962.
Moudjahidate : les femmes, piliers de la révolution algérienne
La révolution algérienne ne s’est pas écrite qu’au masculin. Des milliers de femmes, les moudjahidate, ont pris part à la lutte, au maquis comme dans les villes. Elles ont joué un rôle souvent décisif, longtemps resté dans l’ombre.
Au maquis, elles soignent les blessés, assurent les liaisons et transmettent les messages. Dans les villages, elles cachent les combattants, les nourrissent et collectent les fonds. Ce soutien quotidien, discret mais vital, a permis à l’ALN de tenir pendant plus de sept ans.
Certaines sont devenues des symboles. Hassiba Ben Bouali tombe à 19 ans dans la Casbah d’Alger, le 8 octobre 1957, aux côtés d’Ali la Pointe. Djamila Bouhired, condamnée à mort puis graciée, incarne aux yeux du monde la résistance algérienne.
Zohra Drif, Djamila Boupacha, Louisette Ighilahriz ou Baya Hocine ont, elles aussi, connu la prison ou la torture. L’infirmière Malika Gaïd et Meriem Bouatoura ont donné leur vie au combat. Toutes rappellent que la liberté de l’Algérie doit autant à ses filles qu’à ses fils.
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Frantz Fanon, Maurice Audin, Fernand Iveton : ces non-Algériens qui ont choisi l’Algérie
La lutte du peuple algérien a aussi gagné le cœur d’hommes et de femmes venus d’ailleurs. Des Européens d’Algérie, des Français de métropole et des militants du monde entier ont rejoint sa cause. Certains l’ont payé de leur liberté, d’autres de leur vie.
Le psychiatre martiniquais Frantz Fanon en reste la figure la plus célèbre. Médecin-chef à l’hôpital de Blida-Joinville, il démissionne en 1956 pour rejoindre le FLN à Tunis. Il écrit dans El Moudjahid et représente le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) en Afrique.
La maladie l’emporte le 6 décembre 1961, à 36 ans, l’année de la parution des « Damnés de la terre », manifeste des peuples colonisés. À sa demande, il repose en terre algérienne, au cimetière des martyrs d’Aïn Kerma, près de la frontière tunisienne. L’hôpital de Blida porte aujourd’hui son nom.
Des Européens d’Algérie ont, eux aussi, choisi le camp de l’indépendance. Fernand Iveton, ouvrier communiste, devient le seul Européen guillotiné de la guerre, le 11 février 1957. L’aspirant Henri Maillot déserte avec un camion d’armes pour le maquis et tombe au combat en juin 1956.
Le jeune mathématicien Maurice Audin meurt en 1957, après son arrestation par l’armée française. En 2018, la France a reconnu qu’il était mort sous la torture, du fait d’un système institué en Algérie. Le journaliste Henri Alleg, torturé lui aussi, dénonce ces pratiques dans « La Question », paru en 1958.
Porteurs de valises, médecins, avocates : les Européens solidaires de la révolution algérienne
D’autres ont soutenu la révolution dans l’ombre, au prix de grands risques. Annie Steiner, Jacqueline Guerroudj ou Raymonde Peschard ont servi le FLN, dans les réseaux urbains ou au maquis. Les médecins Pierre et Claudine Chaulet ont soigné les combattants et caché des dirigeants de la révolution.
En France, les militants du réseau Jeanson, les « porteurs de valises », acheminent fonds et documents pour le FLN. L’avocate Gisèle Halimi défend Djamila Boupacha, avec le soutien de Simone de Beauvoir. En 1960, le Manifeste des 121, signé notamment par Jean-Paul Sartre, proclame le droit à l’insoumission.
L’Algérie indépendante n’a pas oublié ces amis de la révolution. Plusieurs d’entre eux ont choisi la nationalité algérienne, et des rues, des places et des écoles portent leurs noms. La place Maurice-Audin, au cœur d’Alger, en est un symbole : la cause algérienne a réuni des femmes et des hommes de toutes origines.
Hommage aux martyrs de la guerre de libération
La mémoire nationale honore un million et demi de chahids tombés pour la liberté de l’Algérie. Chaque village, chaque famille garde le souvenir d’un fils, d’une fille, d’un père ou d’un frère. Leurs noms ornent aujourd’hui les rues, les écoles et les places du pays.
Le Maqam Echahid, qui domine Alger, leur rend un hommage permanent. Chaque 1er novembre, les Algériens se recueillent devant les stèles et dans les carrés des martyrs. Ce devoir de mémoire se transmet de génération en génération.
« Gloire à nos martyrs » : la formule résonne dans chaque commémoration. Elle exprime la reconnaissance d’un peuple envers celles et ceux qui ont tout donné. Sans leur sacrifice, l’Algérie indépendante n’aurait pas vu le jour.
1er novembre 2026 : 72 ans après, une mémoire vivante
Ce 1er novembre 2026, l’Algérie célèbre le 72e anniversaire du déclenchement de la révolution. Comme chaque année, des cérémonies officielles se tiennent dans toutes les wilayas. Le président de la République a accordé à cette occasion sa grâce à 5 539 détenus.
L’anniversaire s’accompagne aussi de l’inauguration de 56 projets d’infrastructures dans 24 wilayas. Pour les Algériens de l’étranger, nombreux à commémorer cette date, le 1er novembre reste un lien vivant avec la terre des ancêtres. Partout, le même serment demeure : rester fidèle au message des martyrs.








