Entre gains faramineux en un temps record et soupçons de blanchiment, les députés interpellent le gouvernement sur l’urgence d’un cadre légal pour réguler un secteur qui échappe encore à tout contrôle fiscal et moral.
L’alerte a été donnée par le député Aziz Abdelkader. Lors d’une session à l’Assemblée Populaire Nationale (APN), l’élu s’est interrogé sur l’origine et la traçabilité des sommes colossales brassées lors des « matches » TikTok (lives).
Un chiffre a particulièrement frappé les esprits : certains créateurs de contenu auraient empoché près de 15 milliards de centimes en l’espace de seulement cinq minutes.
Face à ces montants vertigineux, le député a soulevé des questions cruciales :
- Quelle est la part qui revient au Trésor public via la fiscalité ?
- Comment ces transferts de fonds sont-ils surveillés par les autorités financières ?
- Pourquoi nombre de ces influenceurs résident-ils dans des pays du Golfe dont les positions politiques divergent de celles de l’Algérie ?
Cadeaux anonymes et blanchiment : La face cachée du business des influenceurs
Répondant à ces préoccupations, le ministre de la Communication, Zoheir Bouamama, a tenu à nuancer le débat. Tout en jugeant les chiffres avancés par le député comme étant « exagérés », le ministre a réaffirmé que l’État ne s’oppose pas aux créateurs de contenu, à condition que celui-ci soit « constructif ».
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Le gouvernement semble privilégier une approche de partenariat plutôt que de répression systématique. Le ministre a notamment évoqué :
- Le statut de l’auto-entrepreneur : Une voie privilégiée pour intégrer ces acteurs dans le secteur formel.
- La souveraineté numérique : L’utilisation des influenceurs comme rempart contre les campagnes de désinformation visant le pays.
- L’exemple international : L’étude des législations étrangères pour adapter le modèle fiscal algérien à l’économie numérique.
Au-delà de l’aspect financier, c’est la nature même des « cadeaux » virtuels reçus lors des lives qui inquiète. Ces dons, souvent issus de comptes anonymes, alimentent les soupçons de blanchiment d’argent. Les cas récents d’un influenceur et d’un rappeur algérien ayant généré plus de 13 milliards de centimes en quelques minutes ont ravivé les craintes sur les objectifs réels de ces soutiens occultes.
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Pour mettre fin à ce « vide juridique », une proposition de loi a été déposée pour la session parlementaire 2024-2025. Porté par le député Abdelbassat Bouhali, ce texte vise à encadrer l’activité des géants du numérique (Facebook, TikTok, Instagram, YouTube) sur le sol algérien.
L’objectif est triple :
- Protéger les constantes nationales : Préserver les valeurs religieuses et sociales face aux contenus jugés immoraux.
- Sécuriser l’espace cybernétique : Lutter contre les menaces à la sécurité numérique.
- Protéger la jeunesse : Mettre en place des garde-fous pour les enfants et adolescents contre les dérives de la recherche de gain facile.
