Interview de M. Abdelkader Drif

lundi 1 juin 2009 à 8:33
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928.jpgLiberté : M. Abdelkader Drif, une année après le retour du sigle MCA à son origine « civile », quels changements positifs, ou plutôt améliorations dans la vie quotidienne mouloudéene, noteriez-vous ?

Abdelkader Drif : Amélioration, non ! Je dirai au contraire que c’est pire, car du plus haut chef identifié ou non identifié au plus petit garde matériel, ce sont tous des branquignols.

Le comble, c’est que tout cela se passe devant la passivité des pouvoirs publics qui laissent faire. Aujourd’hui, il faut dire la vérité à l’opinion sportive en général et au public mouloudéen en particulier.

Les trois jours qui avaient vu Oran à feu et à sang suite à la rétrogradation historique du Mouloudia local en seconde division ont fait, à juste titre d’ailleurs, paniquer les autorités à Alger. Par assimilation, le MCO et le MCA c’est presque identique.

L’autorité suprême s’est alors posé la fameuse question : « Et si jamais nous vivions le même scénario dans la capitale ? » L’autorité, représentée par le premier magistrat du pays, a décidé alors de prendre les devants. Voilà comment s’est posée la problématique du sigle.

Tout au long de la saison, Alain Michel et, avant lui Ameur Djamil, répétaient sans cesse que l’objectif du club était le maintien pour ne pas donner de faux espoirs au public mouloudéen. Vous comprendrez par là qu’on a tout fait pour éviter d’autres violences.

Donc, le retraité que j’étais a été appelé par le ministre de la Jeunesse et des Sports, un homme du reste très charmant qui a atterri dans ce département.

Il a demandé mon concours pour trouver la façon la plus légale à même de restituer le sigle MCA, géré par Sonatrach dans 13 sections identifiées alors qu’une autre section, le football, a été jetée à la rue avec la complicité éhontée et irresponsable du ministère de la tutelle, M. Chakib Khelil et d’un commis de l’État au service de la présidence de la République, M. Rachid Marif.

Le protocole de 2001 a donné lieu à la naissance d’un monstre bicéphale, Mouloudia pour les uns, et El-Mouloudia pour les autres. Mais comme le surnaturel n’existe pas et comme il y a une fin à tout, il est mort prématuré à 7 ans.

Qu’à cela ne tienne, tous les moyens ont été mis en place pour un atterrissage en douceur du sigle chez ses propriétaires. Quoi de plus naturel que de battre le rappel des survivants identifiés du dernier conseil d’administration de 1977 duquel a été dégagée une délégation pour faire le chemin inverse.

Ce travail pour cette mission a reçu le renfort sur décision de Chakib Khelil, de M. Djouad Mohamed et de la structure qu’il dirige. Il s’en est suivi la tenue de la dernière assemblée générale du MCA, version Sonatrach, qui a donné lieu, d’une part à la naissance du Groupement sportif pétrolier et de l’autre à la remise du sigle MCA au MJS par le truchement de la DJS.

Tout s’est passé en collaboration et sous le contrôle de Hachemi Djiar pour que la réglementation soit respectée. C’est-à-dire, Sonatrach remet le sigle à la DJS qui le remet à son tour au ministère qui le remet au conseil cité plus haut pour que la boucle soit bouclée.

Ce conseil ne devait avoir une durée de vie que d’une dizaine de minutes, le temps de recevoir solennellement le sigle et de le remettre en place immédiatement à la commission préparatoire de la nouvelle assemblée générale pour le redémarrage du MCA et entre temps, la nouvelle structure souveraine du MCA.

Bien entendu, il fallait un président du conseil. Tout naturellement, cela échoit à Abdelkader Drif, encore lui de présider à dix minutes de débat en sa qualité de dernier président du grand MCA d’avant la réforme. Vous voyez bien que c’étaient des intentions louables et propres. Non pas pour refaire l’histoire, mais pour la continuer après le bon break de Sonatrach qui a duré 30 ans.

Par la suite, que s’est-il passé au juste ?

Les grandes manœuvres, label de qualité de tous les gens qui ont appris à grenouiller, de la plus grande des autorités supposée tel au marchand de zlabia, ont commencé. À chaque fois qu’une bonne opportunité se présentait de redonner à son club sa crédibilité, des forces identifiées ou non, dont une prétend jouer un rôle dans les rouages de l’État a opposé un diktat stupide de blocage. Je rappelle cela sans méchanceté.

Vous faites certainement allusion à M. Marif…

Nous sommes obligés de spéculer. Cela a l’air d’être une constante au MCA qui s’accommode de l’incompétence au détriment de la compétence et du sabotage au détriment du savoir-faire.

Au lieu de nous retrouver avec une nouvelle structure, de nouvelles bases après 30 années de gestion de Sonatrach et de 7 autres années où le concept Mouloudia a été sali, on s’est retrouvé le jour même de la réunion du comité de 1977 devant des manœuvres sordides qui, jusqu’à l’heure, ne disent pas leurs noms, car tramées en coulisses par les tenants de l’immobilisme.

S’il faut les rappeler, d’un côté on a Sonatrach et ses représentants, d’un autre un homme qui joue un rôle occulte pour qui j’ai une grande amitié et qui a raté les marches du train de l’histoire, j’ai nommé mon ami, Rachid Marif.

Je me souviens d’un temps d’un pain partagé, accompagné d’un bon thé où il me disait : Abdelkader mon frère, nous sommes les gardiens du temple. Le temple est aujourd’hui toujours là, mais en ruine. Un de ses gardiens, un président qui a contribué à l’écriture de l’une des plus belles pages de l’histoire du club a disparu, à savoir votre serviteur.

Pourquoi donc réapparaître ?

Tout simplement, parce que le 17 juillet 1790, jour du premier anniversaire de la Révolution française, les hommes de cette révolution se sont réunis place de la Bastille.

Ils l’ont appelé, réunion de l’an 1er de la Révolution française. Aujourd’hui (ndlr, jour de l’entretien, réalisé jeudi 28 mai 2009), on fête l’an 1er du retour du sigle MCA à sa matrice.

Justement, quel bilan tirez-vous de cette première année ?

Sur un plan purement sportif, le bilan est négatif sur toute la ligne, avec en prime, l’apport, il faut le souligner, d’un technicien d’un très bon niveau intellectuel certes, agrégé en histoire et en géographie, mais malheureusement avec une méconnaissance totale du football algérien.

À l’évidence, vous comprendrez qu’il ne pouvait y avoir de dialogue de niveau parce que la formation d’esprit et universitaire y était totalement opposée. En aucun cas, les problèmes du MCA ne pouvaient être résolus.

Ce n’est pas avec une formation volant au ras des pâquerettes, des dirigeants tels que Amrous, Laggoun, Adjani et j’en passe, et un enseignant à l’université de Lyon 3 que les problèmes du club pouvaient être solutionnés.

Et c’est là très honnêtement, la personnalité énigmatique d’Alain Michel m’échappe. Il veut nous faire admettre qu’éviter la relégation est un exploit et que jouer la 5e place est un haut fait sportif. Dans quel monde sommes-nous ? Voilà pourquoi le ratage sportif a été total.

La seule peine que j’éprouve parce que je n’oublie quand même pas ma qualité d’ancien président de la valeureuse équipe de 1976 à laquelle a appartenu un valeureux joueur au nom de Sadek Amrous, c’est d’avoir assisté tout au long de la saison au piétinement d’un nom qui est attaché à l’histoire du club, car la famille Amrous a laissé un de ses fleurons, vêtu du maillot vert et rouge du club sur le mythique terrain de Bologhine lors d’un MCA-Hamra Annaba.

C’est malheureux de le dire, mais j’ai entendu la plupart de ses compagnons déplorer cet état de fait.

Vous n’êtes pas sans ignorer que l’on parle avec insistance d’un futur statut SPA pour le club. Que vous inspire cela ?

La terminaison SPA sonne bien à l’oreille. Pour ceux qui ne le savent pas, dans certains pays, elle s’identifie à la société de la protection des animaux.

Que voulez-vous dire par là ?

On amuse la galerie, c’est évident. Le Mouloudia, faut-il le préciser, est depuis 30 ans en SPA. Commencez d’abord par gérer ce qui existe. Montrez-vous compétents ! Est-ce un acte de gestion que de signer des chèques qui terminent dans les tribunaux, devant la justice ?

Est-ce un acte de gestion que d’avoir des joueurs qui décident par eux-mêmes de jouer ou non telle ou telle rencontre ? Est-ce un acte de gestion que de dépenser des milliards pour ne pas descendre ? Et vous me parlez de SPA !

L’actualité d’aujourd’hui fait ressortir dans la presse que M. Chakib Khelil, guide de la vache laitière qu’est Sonatrach et M. Rachid Marif se sont rencontrés à Rome pour discuter du projet de la SPA. De qui se moque-t-on encore une fois ?

Les problèmes ne sont pas là. Les problèmes, c’est quelle équipe de dirigeants pour une grande équipe et pour une reprise en main d’une politique de formation prônée depuis 1921 ? Voilà dans quel état se trouve le MCA à la fin de l’an 1 du retour de son sigle et à l’orée de l’an 2 de son devenir.

Y a-t-il des hommes capables de réfléchir à cette question ? Car, à la lumière de ce qui vient de se passer cette saison, jamais le MCA n’a atteint un tel niveau de gabegie et de déconsidération.

Et je voudrais ajouter une chose qui me tient à cœur : lorsqu’on m’a demandé mon témoignage pour l’établissement de la liste des membres du dernier conseil d’administration de 1977, je l’affirme encore une fois devant Dieu et ma conscience que M. Rachid Marif n’y figurait pas. Je précise que ce n’est pas par méchanceté que je dis cela, mais par honnêteté.

Il a pris sur lui le poids d’assumer une illégalité lors de la mise en place de la fameuse assemblée générale qui régente le club actuellement en excluant de la façon la plus éhontée des hommes qui ont tout apporté à ce club. Je citerai entre autres, Khabatou, Bachi, Betrouni, le docteur Benmerabet et bien entendu pour rappel, le dernier président en vie d’avant la réforme, moi-même.

Avouez que c’est faire joujou avec l’histoire ! Et si des hommes adoubés par Rachid Marif tels que Adjani, Yahia Yacef, Zedek, Laggoun acceptent cette déviation de l’histoire, alors, ce sont de faux Mouloudéens !

Aujourd’hui, avec tout le tapage qui a été fait pour soustraire le MCA à Sonatrach, les personnes qui étaient pour ce désengagement prônent le retour du MCA dans le giron de cette société. Un commentaire ?

C’est tout simplement le fait des gens irresponsables, d’une part et de l’autre des gens qui ont toujours navigué à vue sans repères sérieux. J’ai toujours été pour une séparation à l’amiable avec la première entreprise du pays.

Et j’ai combattu le système bicéphale de 13 sections Sonatrach et d’une section autonome. Si vous voulez mon avis, comme dit l’adage, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Souhaitons donc le retour de Sonatrach, mais avec une vision d’avenir.

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