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Lundi 22 février à 13:10
Bougherra : «J’aime quand les supporteurs me disent : «Les hommes !»

Bougherra : «J’aime quand les supporteurs me disent : «Les hommes !»

«Victor Zvunka était un anti-Ramadhan !»

Tout le monde connaît Madjid Bougherra le footballeur, mais ils sont très rares ceux qui connaissent l’autre versant de la solide montagne défensive de l’Equipe nationale et des Rangers.A Glasgow, ce dernier s’est livré à nous en toute franchise et toute décontraction, évoquant son enfance, sa vie dans la «cité» à Dijon, ses débuts dans le football avec une multitudes d’anecdotes que vous ne connaissiez pas sur lui. Sans tardez, allez à la découverte de Bougherra, côté homme…

Pourriez-vous nous parler un peu de votre enfance ? C’était difficile comme tous les Maghrébins de France ?
(Il rigole). Ah, là je vais dire que des vacheries, après papa va me taper ! Non, je plaisante.

C’était une enfance dans un HLM. Je suppose que tout le monde connaît la vie dans ces quartiers. Mais hamdoullah, on n’a manqué de rien, parce que mon père et ma mère étaient là. Ils ont essayé de se débrouiller avec les moyens du bord, mais ils ont assuré le plus important en nous donnant une bonne éducation et c’est cela l’essentiel, je pense.

Et votre quotidien ?
Eh bien, on peut dire qu’on n’était pas comme les autres ! C’est un quartier défavorisé, donc il fallait travailler deux fois plus que les Français pour s’en sortir. C’est comme cela que ça se passe en France.

Il faisait quoi votre père ?
Il était peintre en bâtiment à la base, mais il a eu un problème de santé qui l’a empêché de travailler. Il s’était donc retrouvé au chômage. Ma mère était femme au foyer. Elle avait déjà beaucoup de boulot à s’occuper de ses cinq enfants.

Et comment on arrive à s’en sortir avec cinq enfants lorsqu’on est au chômage ?
C’est grâce à mon père ! Il a fait de son mieux pour ne pas nous faire sentir qu’on était dans une situation financière difficile. Il s’est toujours débrouillé pour ramener de quoi faire vivre sa famille. Il travaillait à gauche et à droite pour assurer les fins de mois. Mais j’imagine que c’était une vraie galère pour lui. C’est pour cela que je lui dois aujourd’hui un grand respect ! Ce n’était pas évident de nourrir cinq enfants lorsqu’on est au chômage.

Ils font quoi dans la vie, vos frères et sœurs ?
On est trois frères et deux sœurs. Souhil et Rabah sont tous les deux mariés et ils ont des enfants, hamdoullah. Souhil travaille à la mairie de Bordeaux et il est aussi sportif. Il est dans le basket-ball, alors que Rabah est responsable dans une entreprise de désaimantation. Ma petite sœur est en BTS de banque et l’aînée de la famille est mère au foyer.

Vous auriez pu faire basket-ball comme Souhil avec votre grande taille, non ?
Oui, mais je n’ai rien à voir avec le basket. J’ai suivi les traces de mon père, car il était footballeur. Il n’a pas joué dans le haut niveau, mais c’est un vrai passionné de foot. On a encore des photos de lui.

Il était défenseur comme vous ?
Non, il était attaquant. Milieu offensif en fait. C’est lui qui m’a inculqué l’amour du football.

Il a dû tout faire pour vous aider à réussir votre carrière de footballeur, non ?
En fait, il me suivait grave, grave, grave ! Il me suivait du matin au soir.

Il a voulu faire de ses trois fils des footballeurs ?
Non, rien qu’avec moi et je ne sais toujours pas pourquoi il ne l’a pas fait avec mes autres frères. C’est une question à lui poser.

C’est peut-être parce qu’il avait senti le coup avec vous ?
Non, je ne le pense pas. Mais comme j’aimais trop le foot, il a mis le paquet sur le dernier de ses fils. Il m’emmenait à l’entraînement et le dimanche matin, il me suivait au stade pour me voir jouer et me ramenait à la maison. Il en avait fait une affaire personnelle !

Si j’ai été sérieux au foot, c’est surtout grâce à mon père. C’est lui qui me poussait à aller jouer. Mes amis ne voulaient pas trop y aller ; alors forcément, on est tenté de faire comme eux. Mais lui était toujours là pour m’emmener au foot.

Il était acharné. Il voulait à tout prix que j’aille au bout. Des fois, je reconnais que c’était un peu trop même. Mais c’est parce que c’est un mordu du foot qu’il n’a rien lâché. Mais franchement, je lui dois beaucoup aujourd’hui, il n’y a pas le moindre d’un doute.

Avez toujours joué en défense ?
Non, au début, j’étais attaquant. En benjamin, je jouais devant et par la suite, je suis passé en meneur. Je jouais en numéro 10. J’ai joué meneur de jeu jusqu’en senior première année ! Puis, je suis passé en milieu défensif à Gueugnon. Je n’ai jamais joué en défense avant d’aller en Angleterre.

On comprend mieux maintenant pourquoi vous aviez marqué ce but à la Maradona, en dribblant tous les défenseurs !
(Il rigole). En fait, je suis comme tous les Algériens, on dribble presque dans le berceau ! On a tous commencé à jouer comme ça dans le quartier. C’est là qu’on apprend toute la technique. Moi en tout cas, j’ai grandi avec le numéro 10 sur le dos.

Les gens seront moins étonnés de vous voir attaquer et marquer des buts dorénavant !
Oui, moi j’aime bien attaquer. C’est dans ma culture, dans ma nature ! J’aime dribbler, attaquer et marquer. J’ai grandi avec ce tempérament offensif. Forcément, j’aurais toujours du mal à ne plus le faire. Mais autrement, je suis professionnel dans ma tête et je sais me concentrer sur mon rôle de défenseur quand il le faut.

Il faut être très sérieux pour réussir dans le haut niveau ?
Extrêmement, oui. J’ai beaucoup de potes d’enfance que je voyais réussir dans le haut niveau et qui ne sont jamais
arrivés. Ils jouaient en National et je pensais que c’est eux qui allaient réussir, pas moi.

Vous avez le nom d’un pote qui était au-dessus du lot mais qui n’a pas réussi ?
Oui, les frères Gaouir, par exemple, Nassereddine et Abdellali. Ils sont Algériens. Eux, ils étaient vraiment très forts. Mais le mektoub a voulu qu’aucun des deux ne réussisse, malgré leur immense talent. Ils ont lâché le football et voilà le résultat. Partout dans la vie, il ne faut jamais rien lâcher.

Dans tous les quartiers, il n’y a que des phénomènes du football, mais après, c’est le mental qui fait la différence. Comme quoi, on doit toujours s’accrocher, malgré les obstacles et les incertitudes qu’on peut rencontrer.
Qu’est-ce qui vous a aussi permis de réussir dans le haut niveau ; la chance, une étoile au-dessus de votre tête ?
Moi, je sais que si j’ai réussi, c’est grâce à mon père qui a toujours été derrière moi, mais aussi à ma mère. Je sais que j’ai toujours eu la bénédiction de ma mère et cela est le plus important.

Wallah que c’est vrai !
Moi, je sens que dans le «dine» (la religion, ndlr), quand quelqu’un reçoit la bénédiction de ses parents, tout va bien. Quand vous n’avez pas cela, il ne faut rien espérer. Moi, je sais que c’est le douâ (les prières, ndlr) de ma mère qui a fait que je réussisse dans le football.

En quoi ça se matérialise tout cela ? Comment le sentez-vous et qu’est-ce qui vous donne cette certitude ?
A vrai dire, avant même de devenir footballeur, ma mère et ma grand-mère me disaient toujours : «Tu as une étoile qui brille au- dessus de ta tête. Fais ce que tu veux de ta vie, mais tu réussiras.

Tu as une étoile pour t’éclairer ton chemin où que tu ailles.» Quand on est gamin, on ne comprend pas bien et on est moins réceptif à ces choses-là. Ma mère me disait aussi : «Ne t’inquiète pas Madjid, ta grand-mère et moi te ferons tout le temps des prières pour que ta vie soit une réussite !»

Et quand on est Musulman et qu’on grandit, on se pose des questions… Hamdoullah, aujourd’hui je me dis que les prières de ma mère et de ma grand-mère sont importantes dans ma réussite. Je ne sais pas ce que ça vaut aux yeux des gens, mais pour moi, c’est important, voilà !

Lorsque vous rencontrez aujourd’hui vos vrais potes d’enfance de Dijon, ils vous disent quoi en intimité ?
Hamdoullah, ils sont tous très fiers de moi. Eux, ce sont mes vrais amis ! Nacer, Makan, Mamadou et Garry, ceux que j’ai ramenés avec moi au Ballon d’Or à Alger.

Eux, ils ne se gênent pas de me dire les choses comme ils le sentent. C’est tout authentique avec eux. Il n’y a rien de faux. Avec eux, je n’ai pas l’impression d’être footballeur, wallah ! Quand je retourne chez moi, ils ne me parlent pratiquement jamais de foot.

On parle carrément d’autre chose. Ils ne m’ont jamais demandé de les aider, ils ne sont pas du genre à me demander quoi que ce soit. Ils sont restés aussi sincères qu’avant que je sois footballeur professionnel. Ils me disent les choses en face comme avant.

C’est avec eux et votre famille que vous vous sentez le plus vrai ?
Oui, c’est clair ! Là, je redeviens le vrai Madjid qui ne se contrôle pas et qui vit sa vie de la manière la plus ordinaire qui soit. Avec eux, je me retrouve comme j’étais avant.

Une vie toute simple faite de choses très ordinaires. Il n’y a pas de projecteurs, pas de lumière, si ce n’est celle du jour. C’est là que je retrouve ma jeunesse et mes vraies valeurs.

Car avec eux, je suis sûr qu’ils m’aiment pour ce que je suis, non pas pour ce que je fais sur un terrain de foot. Mais cela ne veut pas dire que je me sens mal à l’aise avec ceux que je ne connais pas intimement. C’est juste que je parle là, de mes amis d’enfance. Il y a de la nostalgie dans mes propos, c’est sûr.

Quel niveau d’étude avez-vous atteint ?
J’ai fait bac+2. J’ai fait de l’informatique, j’étais à un mois de l’examen pour obtenir mon diplôme de programmeur, et c’est là que j’ai reçu l’offre de Gueugnon. J’ai été le passer malgré tout, mais j’avais tellement la tête à Gueugnon que je l’ai raté, malheureusement.

Vous le regrettez aujourd’hui ?
Oui, un peu quand même, car je me dis que j’aurais pu ne pas devenir joueur professionnel et ce diplôme m’aurait sauvé. J’aurais pu l’obtenir pour moi-même, au moins pour les efforts que j’ai fournis pendant toute l’année, avant de recevoir l’offre de Gueugnon. Mais bon, ça s’est bien terminé par la suite, hamdoullah.

On vous a proposé tout de suite un contrat pro ?
Non, j’avais signé comme amateur d’abord, mais dans un club professionnel et c’était cela le plus important. Mettre le pied dedans et prouver ce que je vaux de l’intérieur, devant les pros.

Pourquoi ça n’a pas marché pour vous au DFCO (le club pro de Dijon, ndlr) ?
C’était difficile à Dijon. Il y avait beaucoup de bons joueurs issus de l’immigration. Des Arabes, des blacks d’Afrique… Mais Dijon n’était pas un club qui leur faisait confiance, parce que les jeunes des cités avaient toujours cette mauvaise réputation qui les poursuit. C’était une sorte de fatalité. T’es de la cité, tu peux créer des problèmes dans l’équipe.

Quitter Dijon a été salvateur pour ta carrière ?
Oui, mais ce qui m’a le plus sauvé, c’était de partir carrément de la France ! Ouf ! Il fallait être à ma place pour comprendre.

Vous vous êtes senti indésirable à ce point ?
Non, on ne va pas dire cela comme ça. Je dirai que c’était… dur, oui c’était trop difficile de s’imposer dans une équipe, quand tu t’appelles Madjid, Mohamed ou Mamadou. Il fallait toujours travailler plus que les autres pour te faire respecter.

Si vous étiez resté en France, on vous aurait surnommé Bouggy ?
Tu rêves ! Si j’étais resté à Gueugnon, j’aurais été encore joueur de CFA ! Franchement, on avait beaucoup de difficultés avant. Aujourd’hui, certainement un peu moins et c’est tant mieux pour les jeunes. Les mentalités ont un peu évolué en France. Vous comprenez ? Mais al hamdoullah, le mektoub d’Allah a voulu que je parte en Angleterre pour découvrir qu’il y avait un autre monde que la France et surtout une autre mentalité, nettement plus souple que celle que j’ai connue à Gueugnon.

Qui a été à l’origine de votre départ en Angleterre ?
C’est Boula, mon agent, et Rabah, le père à Karim (Ziani). Ce sont eux qui se sont occupés de moi. Ils m’ont beaucoup aidé. Je ne les remercierai jamais assez. Ils m’ont repéré à Gueugnon, quand j’étais en équipe d’Algérie Espoirs. C’est en fait Karim qui a parlé de moi à Boula et à son père.

Vous l’avez connu où Karim Ziani ?
En équipe d’Algérie, lorsqu’on jouait en Espoirs. C’est là que l’aventure a commencé pour nous. C’est donc lui qui m’a présenté à Boula et à son père et ce sont eux qui se sont occupés de moi comme un des leurs. Ils m’ont bien orienté, bien conseillé.

Vous étiez comment enfant ?
Un peu gentil et un peu turbulent. J’étais surtout un enfant mordu de foot. Heureusement que mon père était tout le temps derrière moi pour me recadrer.

Et à l’école ?
Franchement, j’étais un élève sérieux. J’aimais beaucoup les maths.

Vous êtes sérieux ?
(Il sourit). Eh, ce sont les Arabes qui ont inventé les chiffres et l’algèbre ! Vous l’avez oublié ? Non, non, je suis sérieux, j’étais vraiment fort en mathématiques.

Et dans les autres matières ?
En français, j’étais faible, mais en hist-géo et en physique, j’étais assez fort.

Vous étiez bagarreur ?
Je ne reculais pas en tout cas quand on me cherchait, sinon, j’étais assez tranquille. Dans un quartier comme le nôtre, il fallait bien s’imposer pour se faire une place.

Votre pire connerie d’enfance ?
Joker ! (Il rigole).
Même si on insistait à la place des lecteurs et les lectrices qui vous aiment ?
(Il se marre un bon coup) je vais dire un truc soft alors. Une fois, j’étais au bled, à Hadjout, et on jouait au foot. Puis, vous savez comment ça se passe, on se bagarre sur le terrain et on nous sépare. Mais lorsque j’avais tourné le dos, le gamin m’a lancé des pierres et m’a ouvert le crâne. J’en garde encore deux cicatrices derrière la tête. La suite, je vous laisse deviner… (Il éclate de rires). Je ne sais pas si c’est vrai, mais ma mère m’a dit que lorsqu’on m’a emmené à l’hôpital, le médecin, c’était un bigleux et il m’a mis par erreur des points de suture à côté. Elle dit que c’est lui qui m’a fait la deuxième cicatrice. A savoir si c’était juste pour rigoler ou pas. Mais elle n’avait pas l’air de rigoler quand elle me l’a raconté.

A cette époque, vous rêviez de devenir footballeur professionnel ?
Non, pas du tout ! Je rêvais de jouer simplement au football comme tous les enfants, mais jamais je n’avais imaginé qu’un jour j’allais jouer dans le haut niveau. Pour moi, c’était de jouer pour le plaisir, les dimanches et c’est tout. En Algérie, lorsque je jouais avec ce ballon qu’on fabriquait à base de poche de lait remplie de papier journal, on jouait en pensant qu’on était les meilleurs joueurs du monde et ça suffisait à notre bonheur. Mais je n’avais pas en tête d’en faire un jour mon métier. Je ne me prenais pas très au sérieux. Mais c’est vrai que j’aimais trop le ballon, même étant très petit.

Comment êtes-vous parvenu à devenir footballeur professionnel, alors que vous n’êtes jamais passé par un centre de formation ?
C’est que je n’ai pas été formé dans un centre spécialisé. Je suis en fait arrivé dans le football vers l’âge de 20 ans. C’est grâce à un médecin du sport de Dijon, le Dr Marion ; c’est lui qui a été à l’origine de mes premiers pas sérieux dans le foot. Je jouais en DH à l’époque et comme il avait lu dans le journal local que je marquais beaucoup de buts, il m’a recommandé à son père qui connaissait très bien le manager de Gueugnon. Il lui a dit : «Va voir un joueur qui joue à Longvic et qui marche bien.» Et un jour, il est venu me voir jouer. Je me rappelle qu’il y avait mon père et mon frère dans les tribunes ce jour-là et ils sont allés le voir pour confirmer bien qu’il était venu pour moi. J’avais fait un bon match. Puis, il était revenu me voir une deuxième fois et j’avais été nul cette fois-là. En gros, il n’avait pas été convaincu et il a abandonné la piste.

Vous étiez désespéré ?
Par la suite, il y a eu un truc extraordinaire. Soubhan Allah ! L’entraîneur de Châlons-sur-Saône, qui m’avait repéré, me demandait à plusieurs reprises d’aller jouer chez eux. Mais moi, je ne voulais pas. Il m’a demandé juste de faire un essai pour voir l’ambiance qu’il y avait dans son équipe. Et puis, mon père m’a dit d’accepter de faire un essai pour voir.

Je suis donc allé et par miracle, ce jour-là, l’équipe avait un match contre qui ?
Ne nous dites pas que c’était contre Gueugnon ?
Eh bien si ! C’était bien contre Gueugnon ! Et j’avais fait un match énorme. Ils m’ont donc contacté juste après et ils ont parlé avec mon père pour lui signifier qu’ils voulaient me prendre. Et c’est comme ça que j’ai débarqué à Gueugnon.

Avec du recul, je me dis que Rabbi (Dieu, ndlr) fait bien les choses, soubhan Allah ! Une carrière tient parfois à rien !

De tous les joueurs avec lesquels vous aviez joué à Dijon, y avait-il eu d’autres footballeurs qui ont réussi dans le haut niveau ?
A Dijon ? Personne à part moi. Et pourtant, les bons joueurs ne manquaient pas dans le quartier. Mais comme je vous l’ai dit, la carrière d’un jeune est souvent une question de chance. Ça ne tient parfois qu’à un concours de circonstances…

Ils ont dû vous regretter dans l’équipe professionnelle de Dijon, non ?
Vous savez, la France est spéciale de ce point de vue. Ils n’avoueront jamais qu’ils ont fait des erreurs de jugement. C’est peut-être de l’orgueil ou autre, mais ils ne vous le diront jamais. A Dijon, il y a beaucoup de bons joueurs issus de la communauté maghrébines, mais on ne leur donne pas leur chance. Des fois, il y a des Arabes qui m’appellent pour me dire d’aider un jeune à percer et je les dirige vers des connaissances, mais après, on sent que ça bloque.

A votre avis, pourquoi ?
En fait, il y a certains clubs qui refusent de prendre des jeunes de la ville. Ils ont peur des troubles et des clichés qu’ils entendent dans les quartiers sensibles d’où viennent ces jeunes. Ils ne leur font pas confiance pour des raisons souvent idiotes et ils préfèrent prendre des joueurs venus d’ailleurs. C’est une politique qui ne paie pas. Je suis bien placé pour le dire, puisque je joue la Ligue des champions à Glasgow et je vais jouer la Coupe du monde inch’Allah, mais je n’ai jamais eu ma chance à Dijon. C’est vraiment dommage tout cela.

Mais le maire de Dijon vous a bien remis une médaille d’Honneur par la suite.

Vous le prenez comme une belle revanche ?
Non, pas comme ça, parce que la mairie, ça n’a rien à voir avec le football, en tout cas pas avec le club de Dijon. La mairie a juste tenu à honorer un enfant de la ville. C’est plutôt un beau geste.

Mais les dirigeants du DFCO, qui vous ont ignoré royalement à vos débuts, vous en pensez quoi ?
Ceux d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec cette histoire. Mais les anciens, franchement, je sais que c’était trop difficile de les convaincre lorsqu’on était issu des quartiers comme les nôtres. Ils avaient une mentalité, une politique qui faisaient que ça devenait hermétique à tous les niveaux.

Ça décourageait tous les jeunes footballeurs.
«J’aime quand les supporteurs me disent : «Les hommes !»

Comment avez-vous vécu votre première sélection en Equipe nationale ?
La première sélection, c’était en équipe Espoirs. J’étais encore à Gueugnon. Je ne vous dis pas la joie qui m’avait envahi. C’était énorme ! J’étais très content d’avoir été retenu dans la sélection de mon pays.

C’était un bonheur total ! Heureux comme tout !

Et votre papa, il était dans quel état ?
Pire que le mien ! (Il rigole). Il était heureux et fier ! Je me rappelle qu’on avait joué contre le Ghana et c’était moi qui avais donné la passe décisive pour le but de Anthar Yahia…

Déjà offensif et buteur même chez les Espoirs !
Eh, oui, déjà ! C’est dans le sang. Le meilleur m’attendait à mon retour à la maison. Mon père m’attendait avec impatience. Il m’avait serré dans ses bras et il pleurait de bonheur. C’était énorme ! Il y avait trop d’émotion. C’est inoubliable.
Et vous lui avez offert le maillot, on suppose, non ?
Eh bien oui ! C’était le premier d’une très longue série. (Il se marre). Je lui en ai tellement donné que je ne saurais dire lequel c’était aujourd’hui. Mais je pense qu’il le garde précieusement, parce qu’il garde tous les souvenirs.
Et comment vous avait-on accueilli à votre retour au club ?
Très bien parmi les joueurs. Mais il s’est passé un truc pas possible avec Albert Cartier, mon entraîneur de l’époque. Il m’avait pris de côté, pour me dire : «Ecoute, c’est bien ce que tu as fait et tout, mais il ne faut pas tu t’enflammes. Je te mets avec l’équipe réserve.»

Je n’arrivais pas à le croire, mais il m’avait écarté de l’équipe, direct !

Pourquoi ?
Je ne sais pas, je me pose encore la question à ce jour. Je me demande bien ce qu’il lui est passé dans la tête. Quel message voulait-il me transmettre en m’écartant ? J’étais avec le groupe pro, je suis parti en sélection, j’ai fait un bon match et le voilà qui m’écarte de l’équipe pour me mettre avec la réserve ! Il m’a écarté zaâma pour que je ne prenne pas la grosse tête ! Au lieu de me motiver pour que je continue sur la lancée, il a préféré me rabaisser. C’est de ce genre d’histoire que les joueurs qui étaient dans le même cas que le mien avaient souffert en France.

C’est parce que vous vous appelez Madjid qu’il a eu ce comportement ou alors c’était juste une méthode à la noix ?
Franchement, je ne peux pas le dire avec certitude. La question demeure entière dans ma tête à ce jour. Mais je ne pense pas que c’était du racisme. Car Albert Cartier était connu pour quelqu’un qui aimait bien les Arabes et les Blacks. Donc j’en déduis que c’était juste une méthode à la noix. Mais il n’y a qu’en France où l’on peut vivre ce genre de comportement. C’est pour cela que je disais que le fait d’avoir quitté la France m’a sauvé. C’est un pays qui devient de plus en plus difficile à vivre à cause de la mentalité de certains qui ne se gênent pas de le montrer aux étrangers. C’est regrettable ce qui se passe en France, car tout le monde y gagnerait à être plus souple, plus ouvert d’esprit. Un peu comme ce qui se fait en Grande-Bretagne.

C’est comme l’histoire de la burka en France qui a pris des ampleurs pas possibles, alors qu’en Grande-Bretagne, les musulmanes le vivent sans pression.

Quel est votre avis sur la question ?
Je suis pour, bien évidemment ! On est dans un pays libre et que chacun dispose de sa tenue vestimentaire selon ses envies et ses besoins. Tant que la femme a envie de mettre le hidjab ou la burka, c’est elle seule que ça regarde. Si elle est convaincue de cela, personne ne doit s’y opposer. Personne n’a le droit de lui dicter si elle doit le mettre ou l’enlever. C’est une question trop intime pour permettre des interférences. C’est à la femme seule de décider.
Cette levée de boucliers de la part des Français n’a rien à voir avec ce qui se passe en Grande-Bretagne, non ?
Vraiment rien à voir ! En Grande-Bretagne, le voile et la burka sont autorisés. Il y a beaucoup de femmes qui travaillent avec le hidjab, que ce soit dans les aéroports ou dans l’administration, elles sont libres de s’habiller comme elles veulent.

Ils le font exprès, les Français ?
Attention, il ne faut pas généraliser parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de Français qui sont bien. Ils sont très souples et conciliants. Après, c’est une politique qui est engagée de longue date et qui sert malheureusement les intérêts de certains clans des partis politiques qui en font leur cheval de bataille pour parvenir à leurs fins. Et lorsque les médias jouent le jeu, ça donne cela. Mais cela me dépasse. Je dis juste à tous les Musulmans de France de prendre sur eux, de patienter et de garder leur calme face à toutes ces attaques. Si quelqu’un vous fait du mal, un jour cela se retournera contre lui.

Quelle est la pire injustice que vous avez vécue en France et que vous n’avez pas encore pu pardonner ?
C’est Zvunka, par rapport au Ramadhan ! Lui, c’est un anti-Ramadhan…

Anti-Islam ou anti-Ramadhan ?
Je ne peux pas dire anti-Islam, parce que je ne peux pas juger quelqu’un sans le connaître vraiment. Je parle de ce que j’ai vécu avec lui seulement. Je sais juste que par rapport au Ramadhan, lorsqu’il était mon entraîneur à Gueugnon, il essayait de me sortir tous les prétextes pour me convaincre de ne pas jeûner.

Il me parlait de tous les joueurs qu’il avait eus et qui lui paraissaient être des Musulmans et qui, eux, mangeaient pendant le Ramadhan, selon lui. Je ne sais même pas s’il me parlait de vrais Musulmans ! Puis, il m’a dit une phrase tellement choquante que je ne peux pas la répéter ici. C’était triste à entendre. Il m’a manqué de respect à moi et à ma religion, juste pour me pousser à manger pendant le mois de Ramadhan. Et pourtant, sur le terrain, nous les Musulmans de l’équipe étions tout simplement les meilleurs !

Il y avait qui comme Musulman avec vous dans l’équipe ?
Il y avait moi, Zarabi, Luca, Ramdani… en plus, le vendredi, il nous persécutait avec ses remarques à deux balles.

Comment cela ?
Le vendredi en venant à l’entraînement, avant d’aller faire la prière à la mosquée, on venait avec nos qamis bien propres, tout en couleur et lui (Victor Zvunka, ndlr), un jour, il a pété un câble tout simplement. Il nous a dit : «Je ne veux plus de cela dans l’équipe. Il faut respecter le groupe, si vous voulez faire cela, faites-le chez vous, mais ici, vous devez vous habiller normalement et blablabla… » Le genre de remarques à vous faire dégoûter d’un mec. On avait pourtant pris l’habitude de nous habiller comme ça depuis un certain temps sans que personne ne vienne nous dire de changer nos tenues vestimentaires. C’était juste parce que c’était pratique pour aller à la mosquée après l’entraînement. On n’avait aucune autre intention. Mais lui, il ne voulait rien savoir et ne voulait plus de cela. Il nous a dit d’arrêter net de venir dans cette tenue. C’était comme si nous portions une tenue indécente.

C’est à lui que je ne pardonnerai jamais !

C’est quoi le conseil que vous pourriez donner aux Maghrébins qui tombent sur ce genre d’entraîneurs ?
Avant tout, il faut qu’ils apprennent à prendre sur eux. C’est ce que j’ai fini par apprendre avec le temps. Parce que, plus tu vas t’énerver, plus tu réduis tes chances de te faire une place et tu risques de te retrouver dehors, sans rien. Tandis que si tu ne dis rien, ça les énerve encore plus et… maâlich ! Car il y a toujours quelque chose de bien qui t’attend derrière une injustice. Il ne faut surtout pas tomber dans le jeu de ce genre de personnes.

Ce n’est pas évident quand on est jeune et impulsif, comme le sont les Maghrébins en général.
Non, ce n’est pas évident, c’est sûr ! Mais tu peux toujours l’ouvrir et subir les conséquences par la suite. Est-ce la meilleure solution lorsqu’on veut réussir une carrière de haut niveau ?Moi aussi j’aurais pu l’ouvrir face à Zvunka. Mais si je l’avais fait, j’aurais sans doute été écarté de l’équipe professionnelle et je n’aurais connu ni l’Equipe nationale, ni les Rangers ni rien du tout d’autre. Heureusement que je me suis maîtrisé et je prouvais ma valeur sur le terrain. C’est la meilleure réponse à donner. Après, c’est sûr que les gens ne se ressemblent pas. Parfois, on peut prendre sur soi et parfois non.

Quand vous voyez Meriem, Benzema ou Nasri en équipe de France, vous vous dites : «J’aurais pu y jouer moi aussi ou alors vous dites : meskine, il ne sait pas ce qu’il rate avec le peuple en Algérie» ?
D’abord, moi que je puisse jouer ou pas en équipe de France, je n’aurais jamais pu y aller. Ça, c’est sûr ! Avec l’Algérie, j’ai fait le meilleur choix du monde ! Après, en ce qui concerne Nasri et Benzema, je me dis que c’est chacun son choix et il faut le respecter.

Même si on vous avait appelé chez les jeunes ?
Non, chez les jeunes, on ne sait pas, on ne sait pas encore comment ça se passe. On ne maîtrise pas encore les choses, on ne comprend pas vraiment l’enjeu. Si ça se trouve, j’y serais allé. Mais à partir de la catégorie des Espoirs, je pense qu’un joueur sait un peu où il met les pieds. On n’a plus le droit à l’erreur.

Chez les plus jeunes, ça ne signifie rien d’être ou de ne pas être en équipe de France. C’est la formation qui est la plus importante.

Le jeune a envie de se mesurer aux meilleurs du pays dans lequel il a grandi et c’est là qu’il peut apprendre et mesurer son talent.

Ils y vont aussi pour décrocher vite un contrat professionnel, non ?
Oui, en France, c’est vrai, quand tu es en sélection, tu as plus de facilités à être médiatisé et les propositions sont plus nombreuses.

C’est le cas de Tafer et Belfodil qui jouent à Lyon et qui n’ont pas répondu à l’appel des sélectionneurs algériens…
Non, à leur âge, c’est normal, car c’est encore trop tôt. Mais je pense que dès qu’ils joueront plus régulièrement en Ligue 1, ils vont voir par eux-mêmes.

Qu’est-ce qu’ils vont voir d’aussi précieux ?
Ils vont voir surtout qui, plus tard, et c’est ce qui est le plus important dans une carrière de footballeur, voudra les accueillir à bras ouverts.

Demain, tu es Algérien, même si tu joues pour la France ou un autre pays, viendra le jour où ton sang t’appellera pour un pèlerinage. Regardez Zidane, il avait à peine terminé sa carrière qu’il s’est tourné vers son pays d’origine. Il a joué pour la France, mais il kiffe l’Algérie. Et maintenant, il est fier de retourner en Algérie. C’est cela qu’il faudra voir.

Zidane est un cas à part, non ?
Sans le moindre doute ! Mais lui, même s’il a joué pour la France, il a toujours été près des Algériens. Il a toujours montré sa fierté d’être Algérien. Il a beaucoup donné au pays. Il a aidé beaucoup d’Algériens et ses parents ne se sont jamais déconnectés du pays.

C’est vrai qu’il ne pouvait pas trop le montrer lorsqu’il était joueur, par rapport à l’équipe de France. Mais tout le monde savait qu’au fond de lui, il était proche des Algériens. C’est pour cela que les gens l’aiment autant. C’est ce que je pourrai dire aux jeunes d’aujourd’hui. Pensez au futur, pensez aux racines ! Demain, si vous avez un problème, l’Algérie vous soutiendra jusqu’au bout, tandis que la France, elle, vous oubliera aussitôt.

Que vous inspire la carrière de Camel Meriem aujourd’hui ?
C’est vraiment dommage pour Meriem, car c’est un super bon joueur. Dommage qu’il ait fait le mauvais choix. Il aurait pu jouer la Coupe du monde avec nous cet été. Mais l’équipe de France l’a grillé. Je regarde ce qu’il vit avec beaucoup de compassion. C’est triste. Par contre, pour Nasri, mais surtout Benzema, tout le monde sait qu’il joue pour la France, parce qu’il y a trouvé ses intérêts. Mais son cœur est à 100% algérien. On sait que Benzema aime l’Algérie. Il vient d’un quartier où il n’y a que des Algériens. Ne vous inquiétez pas, il est comme vous et moi, je peux vous le confirmer. Il a fait un choix sportif et on se doit de respecter cela. Et puis, les Algériens qui vivent en France aiment toujours voir un petit Algérien avec le maillot de l’équipe de France. Avec Zidane, on avait tous de la fierté de voir un des nôtres faire ce qu’il faisait sur le terrain. Benzema est aujourd’hui le représentant de la communauté algérienne au sein de l’équipe de France. Surtout qu’il joue aussi au Real Madrid !

Et qu’est-ce qui vous plaît le plus chez les Algériens ?
Leur sens de la solidarité et leur amour pour le football ! J’aime beaucoup toute cette passion qu’il y a autour de l’Equipe nationale. Je ne remercierai jamais assez nos supporteurs pour toute la détermination qu’ils nous transmettent.

Il y a deux ans, pensiez-vous pouvoir atteindre toute cette popularité en Algérie ?
Non, Wallah jamais ! Franchement, non. Aujourd’hui, on savoure pleinement toute cette ferveur qu’il y a autour de nous. On a hâte de retourner au bled à chaque fois.

Qu’est-ce que vous vous dites entre vous les joueurs à ce propos ?
On se dit que c’est un truc de fous ce qui nous arrive. On se dit surtout qu’on a réussi à faire sortir dans la rue 35 millions d’Algériens. C’est tout de même énorme, non ? On est encore sonnés. C’est pour cela qu’on est tous pressés de jouer le match du 3 mars au stade du 5-Juillet en présence de tous nos supporteurs et dans cette ambiance incomparable du bled.

C’est une véritable histoire d’amour qui vous lie aux supporteurs, non ?
C’est sûr ! Et c’est pareil de notre côté. Nos supporteurs nous manquent beaucoup et je pense qu’on leur manque autant quand on part en Europe. C’est une belle histoire d’amour qui nous lie en effet.

Comment prenez-vous le fait qu’ils vous sollicitent parfois pour 500 photos par jour ?
Non, je ne me fais pas de souci pour ma part. Je le prends très bien, au contraire, et je me prête au jeu volontiers. Ce n’est pas tout le monde qui a ce privilège, vous savez. C’est normal. J’aurais fait pareil si je n’étais pas joueur.

Et si vous n’étiez pas joueur justement et que vous rencontriez Madjid Bougherra, vous lui diriez quoi ?
Je lui dirai comme tout le monde me dit : «Les hommes !» (Il éclate de rires). C’est ce qui me plaît le plus. Je crois que venant d’un Algérien, c’est le meilleur des compliments !

Et qu’est-ce que ça vous fait de l’entendre ?
Ça fait vachement plaisir et ça me motive un peu plus à chaque fois. Je me dis que je n’ai pas le droit de baisser le rythme.

C’est ce que les supporteurs attendent de nous, qu’on soit des hommes sur le terrain ! On représente tout le pays, tout de même.

Vous parlez facilement de votre petite famille aux médias ?
J’en parle, mais je ne veux pas les afficher. La seule fois où je me suis laissé prendre en photo avec une de mes deux filles, c’était pour Le Buteur. Mais tout le monde sait que je suis marié et que j’ai deux enfants. En fait, j’essaie juste de les préserver.

Et comment vivez-vous votre popularité à la maison ? Que pense Madame Bougherra de cet engouement autour de son mari ?
Non, elle me le fait vivre très bien. Ma femme, macha Allah, elle a une bonne éducation et elle me facilité beaucoup la vie. Elle comprend tout cela. Elle a galéré avec moi lorsque je n’étais pas encore footballeur professionnel et que je gagnais très peu d’argent. Aujourd’hui, elle savoure tout cela avec moi, mais sans se prendre la tête, car elle sait garder les pieds sur terre. Tous les deux, on n’oublie jamais en fait d’où l’on vient.

Elle est Algérienne ?
Oui, elle est originaire de Constantine. On se connaît en fait depuis que j’étais à Dijon. On habitait le même quartier et nos deux familles se connaissent très bien. Elle est là, elle s’occupe très bien des enfants à la maison et elle y est pour beaucoup dans ma réussite.
Quand vous marquez un but aussi important que celui contre la Côte d’Ivoire, elle réagit comment votre femme ?
Ah, là elle n’est même plus ma femme. C’est une supportrice comme toutes les Algériennes.

Elle crie, elle saute au plafond et elle est super heureuse. Elle m’a dit qu’elle était chez ma sœur et mon beau-frère et ils ont explosé de joie lorsque j’ai marqué. C’est plus le but qui leur a fait plaisir, peu importait qui l’avait marqué. Mais c’est vrai que lorsque c’est son mari qui marque, il y a plus de fierté. C’était pareil pour toute ma famille.
Lorsque vous êtes rentré à l’hôtel, on imagine que vous l’avez appelée…

Qu’est-ce qu’elle vous a dit, à vous qui aviez sauvé l’honneur de toute l’Algérie ?
(Un peu hésitant et d’un air timide). Elle m’a dit : «T’as assuré ce soir, je suis fière de toi !»

Et vos parents ?
Mon père m’a aussi dit : «Je suis fier de toi. C’est bien mon fils, tu as bien joué… » Des phrases à l’ancienne quoi ! (Il rigole). Ma mère également m’a dit qu’elle était fière de moi et tout.

Mais elle m’a dit qu’elle n’avait pas trop savouré la fin du match contre la Côte d’Ivoire, parce qu’il y avait avec elle Toufik, un de mes cousins de Khemis Miliana qui était à Hadjout ce soir-là, et il avait fait un malaise.

On l’a transporté en urgence à l’hôpital, juste après mon but.

Vous avez donc failli tuer votre cousin ?
Heureusement qu’il s’en est bien sorti. Il va mieux aujourd’hui.

Qu’est-ce que ça vous fait d’apprendre que la vie de certains de vos compatriotes est en danger à chaque match important que vous disputez avec l’EN ?
Wallah que ça fait bizarre de savoir qu’un but que je marque peut tuer de bonheur un supporteur. On en rigole un peu, mais ceux qui perdent leur fils ou leur père n’en rigolent pas eux. Ils vivent leur drame au moment où tout le pays est dehors en train d’exprimer le bonheur d’une victoire. Je suis complètement dépassé par cela. On se dit : «Est-ce qu’on est fautif vis-à-vis d’Allah ? Est-ce que c’est bien ce qu’on fait ?» Cela dépasse l’entendement. Quand on voit ça, on a un peu peur, on a des remords… surtout que de l’autre côté, tout le monde jubile. C’est vraiment regrettable d’entendre la mort d’un supporteur dans ces conditions ou alors lorsqu’ils défilent dans les voitures. On n’en parle pas assez. Il faut que les gens fassent un peu plus attention. Profitez-en, mais de manière raisonnable. La fête ne doit pas être gâchée. Nous, lorsqu’on apprend ces choses-là, forcément ça nous bloque. J’en suis vraiment désolé.

Comment gérez-vous votre image, après votre starisation ?
Hamdoullah, je la gère très bien. En fait, depuis que je suis chez les Rangers, j’ai beaucoup appris dans ce sens. J’ai appris à répondre aux questions des journalistes et à ne pas tomber dans les pièges. Comme il y a une sur-médiatisation des joueurs des Rangers avec la télé et les journaux, j’ai fini par apprendre à bien gérer mon image. Et quand on s’est qualifiés en Coupe du monde, je n’ai pas été choqué. Je suis en fait dans la continuité de ce que je vivais chez les Rangers.

A quel moment avez-vous senti que cette starisation vous dépassait un peu ?
Médiatiquement, à aucun moment. C’est dans la rue que ça m’a dépassé. Je me dis que j’ai envie de faire plaisir à tout le monde et au bout de quelques minutes avec la foule, je me rends compte que ce n’est pas possible. C’est là que je suis dépassé. Soit on doit partir avec l’équipe, soit je dois aller voir ma famille. Lorsque je suis chez ma famille par exemple, je ne peux pas savourer le moment de la rencontre avec mes grands-parents.

Vous comprenez donc vos fans ?
C’est sûr ! Je comprends très bien les gens, car j’aurais fait pareil moi aussi. Mais sachant que tu n’as pas beaucoup de temps pour voir les grands-parents, c’est un peu frustrant, je l’avoue. Mais, il vaut mieux cela que rien. C’est cela qui est dur à maîtriser en fait, parce qu’il faut faire plaisir à tout le monde. Moi, je ne peux pas dire non à quelqu’un qui vient prendre une photo avec moi. C’est un trop grand honneur pour qu’on le refuse. Je le prends donc avec le sourire.

Votre premier gros salaire, vous en aviez fait quoi ?
Mon premier gros salaire, c’était à Charlton. J’ai tout de suite donné une bonne partie à mes parents qui ont commencé à construire leur maison au bled. De mon côté, je m’étais payé un Touareg.

Combien vous touchiez à Gueugnon ?
1200 euros. Le Smig, en France ! Une misère par rapport aux autres footballeurs.

A quoi pense-t-on lorsqu’on touche un gros salaire pour la première fois de sa vie ?
A comment le dépenser, sans le regretter les années à venir. C’est le réflexe de tout homme qui n’est pas né dans la richesse. On a tout de suite peur de ne pas en avoir assez demain. On pense donc à ne pas trop s’enflammer.

Le plus beau but de votre carrière, c’est celui que vous aviez marqué contre Dundee après avoir dribblé tout le monde comme Maradona ?
Oui, le plus beau, c’est celui-ci, même si celui que j’ai inscrit en Champion’s League contre Stuttgart n’est pas mal aussi. Mais le plus important, c’est sans doute celui que j’ai marqué contre la Côte d’Ivoire.

Entretien réalisé par : Nacym Djender

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