Séoul vit au rythme des spéculations sur le nom du successeur de Kim Jong-il

jeudi 4 juin 2009 à 14:46
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h_4_ill_1202121_ab49_kim.jpgEn pleine crise ouverte par l’essai nucléaire et les déclarations belliqueuses de Pyongyang, l’annonce de la désignation du troisième fils de Kim Jong-il pour succéder à son père a électrisé les médias sud-coréens. Citant un parlementaire de l’opposition, tenant ses informations des services de renseignements, l’ensemble des journaux titrait, mercredi 3 juin, sur l’adoubement par Kim Jong-il du cadet de ses trois fils, Kim Jong-un.

Dans une interview à une station de radio, le député démocrate Park Jie-won a déclaré avoir été informé par les services secrets d’une notification envoyée par Pyongyang à ses représentations à l’étranger annonçant que le successeur désigné était Kim Jong-un.

Selon le correspondant à Pékin du quotidien japonais Asahi, un cadre du Parti du travail nord-coréen aurait dit à ses homologues chinois que celui-ci avait été nommé, début 2009, à la direction du département de l’organisation du parti (sans préciser ses fonctions).

L’Association générale des Coréens du Japon (pro-Pyongyang), qui en février 1977 avait annoncé en premier la désignation par le Comité central de Kim Jong-il comme successeur de son père Kim Il-sung, est cette fois restée silencieuse. Et la nouvelle n’est confirmée ni par les services de renseignement ni par le ministère de l’unification à Séoul. Nombre de spécialistes de la Corée du Nord restent prudents : certains n’excluant pas des « fuites » organisées au Nord ou au Sud.

La succession de Kim Jong-il (67 ans) est une « obsession » des médias sud-coréens. Mais cette fois l’état de santé de Kim Jong-il, qui est apparu en avril rétabli mais affaibli à la suite de l’accident vasculaire dont il a été victime en août 2008, pèse sur la stabilité du régime.

La désignation de Kim Jong-un comme successeur est une rumeur qui court depuis le début de l’année. Elle paraît plausible : le premier fils, Jong-nam (38 ans) paraît trop occidentalisé, vivant plus à Pékin et à Macao qu’à Pyongyang, et serait peu intéressé par le pouvoir ; le second, Jong-chul (28 ans), manquerait de pugnacité. Mais, pour l’instant, aucun signe annonciateur (nomination dans l’appareil du parti, apparition au côté de son père dans des tournées d’inspection…) n’a étayé la promotion de Jong-un. Néanmoins, selon la publication d’un réseau de réfugiés nord-coréens, collectant des informations auprès des commerçants qui franchissent régulièrement la frontière chinoise, des écoles apprendraient aux enfants des chansons à sa gloire.

La succession dynastique dans le cas de Kim Jong-il (qui hérita du pouvoir à la mort de Kim Il-sung en 1994) avait pour but de prévenir les luttes intestines. En dépit des résistances au sein de l’élite du régime, la « vieille garde » des partisans dans la guérilla antijaponaise se rallia à cette formule. L’arrivée de Jong-il au pouvoir, annoncée dès les années 1970, fut officialisée lors du 6econgrès du Parti du travail en octobre 1980. Puis, jusqu’à la mort de son père, Kim Jong-il était apparu à ses côtés dans ses tournées à travers le pays. Cette fois, il n’en est rien. Kim Jong-un est inconnu de la population. Et à l’étranger, on sait bien peu de chose de lui. A commencer par son âge : 25 ou 26 ans ?

Sa mère était la troisième compagne de Kim Jong-il, Ko Yong-hee, vedette de la troupe artistique Mansudae, décédée d’un cancer à Paris en 2004. A la fin de sa vie, objet d’une véritable vénération, elle était présentée comme la « Mère de l’Etat ». Le couple a eu trois enfants : Jong-chol, Jong-un et une fille. Les deux garçons, comme leur demi-frère aîné, Jong-nam (né d’une autre mère), ont fait leurs études en Suisse. Jong-un aurait été élève d’une école internationale à Berne et aimerait le base-ball et la moto.

Il n’existe aucune photographie de ce dernier sinon celle d’un bambin d’une dizaine d’années prise par le cuisinier japonais de son père. Les souvenirs de cet expert en sushis, Kenji Fujimoto, est la seule « source » d’information sur Jong-un. Revenu au Japon en 2001 après avoir séjourné quatre ans à Pyongyang, il décrit celui qu’il nomme le « Prince » comme un enfant ressemblant à son père tant par son physique que par son caractère. Sa mère, qui aurait eu un certain ascendant sur Kim Jong-il, aurait oeuvré pour que l’un de ses fils succède à ce dernier, avanceCheong Seong-chang de l’Institut Sejong. Quelles sont aujourd’hui les fonctions de Jong-un dans le parti ou l’armée ? Personne ne sait.

Selon la plupart des experts de la Corée du Nord à Séoul, si celui-ci apparaît en position de succéder à son père rien n’est joué. Et certains n’excluent pas une lutte de clans en coulisses. Même s’il est officiellement désigné, Jong-un n’aura pas le pouvoir de son père ou de son grand-père et il est prématuré de voir en lui l’homme qui aura le doigt sur le bouton de l’arme nucléaire.

Cette succession dynastique, si elle est effective, est un cas de figure différent de celle de Kim Il-sung par Kim Jong-il. Dans un premier temps en tout cas, Jong-un ne sera que le symbole de la continuité de la première dynastie communiste. Le pouvoir sera exercé par une direction collégiale, déjà en place avec la Commission de défense nationale, la plus haute instance de l’Etat. Parmi ses douze membres, figure depuis avril le beau-frère de Kim Jong-il (marié à la soeur de celui-ci), Chang Song-teak, qui apparaît comme le nouvel « homme fort » dans l’ombre du « Dirigeant ». Le régime, fondé sur des loyautés personnelles au sein du petit groupe dirigeant, semble appelé à rester une « affaire de famille » – meilleur gage de son maintien.

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