Liban : Le Hezbollah perd les élections

lundi 8 juin 2009 à 8:40
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h_4_ill_1203716_3428_154334.jpgDevant les chars déployés dans Achrafieh, le quartier chrétien de Beyrouth-Est, les jeunes militants des Forces libanaises et du parti phalangiste fêtaient déjà dimanche soir la victoire du Mouvement du 14 mars.

Les électeurs libanais ont voté contre l’alliance formée par le Hezbollah et ses alliés chrétiens emmenés par Michel Aoun.

« Félicitations au Liban, félicitations à la démocratie, félicitations à la liberté », a lancé Saad Hariri, chef de file de la coalition antisyrienne en proclamant dimanche soir la victoire de son camp. Celui-ci revendique 70 sièges au Parlement, contre 58 au camp mené par le Hezbollah.

Le scrutin, qui se déroulait pour la première fois la même journée dans tout le pays, avait mobilisé largement l’armée libanaise.

À chaque carrefour de Beyrouth, des soldats étaient déployés, assis sur leurs blindés M-113. Chaque parti avait sorti son arsenal de drapeaux et de portraits, ceux des martyrs presque aussi nombreux que ceux des candidats.

Des files d’attente se sont formées devant les bureaux de vote, signe d’une importante participation, de plus de 50 %. Aucun incident grave n’a été signalé dans un scrutin dont l’enjeu dépassait une nouvelle fois les frontières du pays.

Un front ouvert

En votant contre l’opposition, le Liban a réaffirmé son alignement avec les pays arabes pro-occidentaux, Arabie saoudite et Égypte, et son ouverture sur l’Ouest. L’option irano-syrienne a été clairement rejetée par les électeurs chrétiens, qui ont fait basculer le résultat du scrutin.

Car dans beaucoup de communautés, le choix était fait d’avance. Chez les chiites, dans les quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, les drapeaux jaunes du Hezbollah et verts d’Amal laissaient peu d’ambiguïté sur leur allégeance.

Les portraits des martyrs étaient ceux des militants du mouvement tombé dans des opérations contre Israël. On a voté comme un seul homme pour que le Liban reste un front ouvert du monde arabe contre Israël et l’Occident, et que le puissant et ambigu Hezbollah conserve son armée clandestine au service de la puissance iranienne.

Pour que les choses soient encore plus claires, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah avait même lancé une fatwa invitant les électeurs à donner leurs voix au Parti de dieu. Chez les sunnites, le vote a aussi été sans surprise.

On s’est rangé massivement pour l’autre camp, sous la bannière bleu ciel du Mouvement du futur, le parti de Saad Hariri, le fils de Rafic Hariri, premier ministre assassiné, dont la mort en février 2005 avait précipité la fin de l’occupation syrienne.

La décision finale a été déterminée par le vote des communautés chrétiennes, profondément divisées. C’est dans les districts où ils détiennent la majorité que la campagne a été la plus âpre.

C’est dans leurs circonscriptions que s’est jouée l’élection. Dans le camp du 14 Mars, les Forces libanaises de Samir Geagea et le parti de la Phalange d’Amine Gemayel ont tout fait pour convaincre les électeurs de rester fidèles aux idéaux du mouvement qui avait mis fin à l’occupation syrienne au printemps 2005.

Nayla Tuéni, la fille de l’un des héros du 14 Mars, le député et journaliste Gebran Tuéni, assassiné par une voiture piégée en décembre 2005, a mené une ardente campagne.

« Il y a deux choix clairs, deux routes différentes, entre celle qui consiste à protéger les armes du Hezbollah, de leur permettre de combattre à partir du Liban et d’aligner de nouveau le pays sur la Syrie et l’Iran, et celle qui veut protéger l’indépendance et la souveraineté du Liban », explique cette jeune femme propulsée prématurément dans l’arène politique, et décidée à poursuivre l’engagement de son père.

Elle était hier soir donnée comme élue à Beyrouth-Ouest. Elle sera la plus jeune députée du nouveau Parlement.

Leurs adversaires chrétiens rassemblés autour de la figure du général Michel Aoun, ont raté leur pari. Le général, ancienne figure emblématique du refus de l’occupation syrienne devenu l’allié du Hezbollah n’a pas convaincu les électeurs de sa volte-face.

Sous la bannière orange de son Courant patriotique libre, ses candidats jouaient pourtant sur la frustration d’une partie de la population chrétienne, inquiète de la domination sunnite sur le Mouvement du 14 mars et de l’érosion réelle ou supposée du poids de leurs communautés, et sur l’intérêt des chrétiens à ne pas se ranger dans un seul camp pour tenter de jouer les arbitres.

Ils n’ont pas été suivis, et dans les circonscriptions chrétiennes de Beyrouth, du Metn, et de Zahlé, le 14 Mars était donné hier largement gagnant, raflant selon les premières estimations hier soir presque tous les sièges chrétiens. Le général Aoun était hier lui-même en ballottage.

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