Liban : La coalition de Hariri en mauvaise posture

mercredi 10 juin 2009 à 13:47
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h_9_ill_1204539_41aa_beirut.jpgPlusieurs quartiers de la capitale libanaise résonnaient encore de pétards et de feux d’artifices, lundi 8 juin, tard dans la nuit, pour célébrer la victoire, aux élections législatives de la veille, des forces « antisyriennes » de la coalition du 14-Mars regroupant, sous la houlette de Saad Hariri, une coalition de partis druze, sunnite et chrétien.

Contre de nombreuses prédictions annonçant sa défaite dans un scrutin extrêmement serré, l’ancienne majorité a été reconduite au Parlement, où elle conserve la majorité absolue.

Selon les résultats officiels fournis par le ministre de l’intérieur Ziad Baroud, le 14-Mars remporte ainsi 71 sièges de députés contre 57 qui reviennent aux forces du 8-Mars, la partie adverse rassemblant le Hezbollah et ses alliés druze et chrétien.

Conséquence d’un nouveau découpage électoral encore plus complexe que celui en vigueur lors des précédents scrutins au Liban, les circonscriptions à forte dominante chrétienne s’étaient retrouvées seules à même de faire pencher la balance pour l’un ou l’autre des deux camps.

L’électorat chrétien, qui s’est massivement rendu aux urnes, n’a pas suivi les appels du général à la retraite Michel Aoun à voter en faveur de son parti, le Courant patriotique libre (CPL), malgré la forte mobilisation de ses partisans.

Organisées pour la première fois en un seul jour, ces élections se sont déroulées dans un calme remarquable salué par les Nations unies et une partie de la communauté internationale, dont les Etats-Unis et la France.

Malgré une campagne électorale sous haute tension, les craintes de débordement ont été démenties. Les partis du 8-Mars ont admis leur défaite dans les heures qui ont suivi l’annonce officielle des résultats.

Dans une allocution télévisée, le secrétaire général du mouvement chiite du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a salué l’ensemble du peuple libanais pour avoir « prouvé au monde qu’il était digne de confiance et capable de mener des élections législatives démocratiques ».

Il a par ailleurs félicité la partie adverse, tout en regrettant « certaines irrégularités, l’argent politique, la terreur et les pressions exercées sur certains électeurs, les ingérences étrangères flagrantes ou cachées et les campagnes de diffamation » qui ont visé, selon lui, à influencer le choix politique des Libanais.

« Tiers de blocage »

Le passage par les urnes accompli avec succès, la majorité va maintenant devoir se donner les moyens de gouverner, tâche qui risque de s’avérer particulièrement ardue.

Selon l’usage en vigueur au Liban, le président de la République, chrétien maronite, en l’occurrence Michel Sleimane, va convoquer les nouveaux députés pour qu’ils élisent, à la majorité relative, un premier ministre.

Ce dernier, qui doit impérativement être un musulman sunnite, devra alors ouvrir des négociations qui s’annoncent d’ores et déjà tendues avec les forces en présence en vue de former son gouvernement.

En effet, même s’il est vu investi d’une nouvelle légitimité, le 14-Mars peut difficilement espérer gouverner, compte tenu de la polarisation des Libanais, sans la participation de l’opposition.

C’est autour des modalités de cette participation que les négociations entre les deux parties vont tourner. Toute la question est de savoir si l’opposition va vouloir imposer le « tiers de blocage » dont elle jouissait dans le gouvernement sortant.

La logique veut qu’elle essaye, pour le moins. Si elle y parvient, les risques sont grands de voir se rééditer la situation de blocage politique qui avait failli dégénérer en un conflit civil armé au printemps 2008.

A l’époque, il avait fallu la médiation du Qatar et les accords de Doha pour obtenir l’élection du président Sleimane comme « arbitre » des deux parties et la préparation des législatives.

La perspective de nouveaux accords, que d’aucuns au Liban nomment déjà « Doha 2 », laisse ouverte la voie à toutes les supputations et reviendrait in fine à invalider les législatives du 7 juin.

Le danger est alors de voir s’estomper le calme relatif actuel et que se retrouvent, face à face, les blocs sunnite et chiite, deux confessions d’importance numérique comparable au Liban et dont la rivalité politique s’est dangereusement doublée d’un conflit communautaire qui trouve ses sources dans l’Irak d’après la guerre de 2003 et a déjà semé des mauvaises graines un peu partout au Moyen-Orient.

Les enjeux dépassent ici le seul cadre du Liban, dont l’avenir à moyen terme dépend d’autres considérations, au premier rang desquelles les relations entre les Etats-Unis et l’Iran, qui suivront l’élection présidentielle iranienne du 12 juin.

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