Liban : Des élections législatives sous un climat tendu

mercredi 3 juin 2009 à 13:42
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Lebanese Hezbollah supporters wave the movement's flag as they listen to the party's chief Hassan Nasrallah (poster) giving a televised speech during a festival in southern Beirut on May 25, 2009 to mark the ninth anniversary of Israel's withdrawal from southern Lebanon after a 22-year presence. Nasrallah denounced a report implicating his party in the killing of ex-premier Rafiq Hariri as "very, very dangerous" and accused Israel of being behind it. Germany's Der Spiegel news magazine reported on May 23 that the UN commission probing the Hariri murder had new evidence that Hezbollah special forces "planned and executed" the Beirut car bombing on February 14, 2005. AFP PHOTO/RAMZI HAIDARRéunis au Palais présidentiel lundi,les principaux responsables politiques ont appelé les Libanais au «calme et à la responsabilité» avant les législatives de dimanche.

La campagne électorale s’affiche partout au Liban. Sur les façades des immeubles et le long des routes, les slogans des partis politiques et les portraits des candidats s’alignent à perte de vue.

À la télévision et dans les meetings électoraux, les discours enflammés se sont multipliés, au point que les principaux responsables politiques, réunis lundi au palais du président Michel Sleimane, ont appelé les Libanais à «se rendre aux urnes dans le calme et la responsabilité» et demandé à l’avance aux électeurs «d’accepter les résultats de façon civilisée». Les forces de sécurité vont déployer 50 000 hommes à travers le pays pour empêcher tous débordements.

Le scrutin est âprement disputé. Pour des raisons intérieures d’abord, où les rivalités poli­tiques, confessionnelles et personnelles se mêlent dans un écheveau complexe. Mais aussi pour des enjeux régionaux qui dépassent largement le Liban.

La crise politique ouverte au début de 2005 par l’assassinat de Rafik Hariri et le retrait des troupes syriennes après trente ans d’occupation n’a pas encore été résolue. Les deux blocs qui s’affrontent aujourd’hui portent d’ailleurs chacun le nom d’une date symbolique de ce «printemps du cèdre».

L’opposition, alliance entre les partis chiites, Hezbollah et Amal, et le Courant patriotique libre, mouvement chrétien du général Michel Aoun, s’appelle le 8 Mars. Cette date est celle de l’immense manifestation de soutien à la Syrie organisée par le Hezbollah.

En face, la majorité se réclame d’une autre date, celle du 14 mars, où un rassemblement encore plus grand exige quelques jours plus tard le départ des troupes syriennes du pays.

Ce bloc, constitué par les sunnites du Mouvement du futur de Saad Hariri, fils du premier ministre assassiné, les Druzes du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt et les chrétiens des Forces libanaises de Samir Geagea et de la Phalange d’Amine Gemayel, a été cimenté par l’opposition à l’occupation syrienne.

Le Hezbollah espère une minorité de blocage

Damas a retiré ses troupes, et la Syrie vient même d’ouvrir une ambassade au Liban pour la première fois depuis l’indépendance de ces deux pays, mais les tensions restent vives. Une guerre civile entre chiites et sunnites a été évitée de justesse en juin 2008 par un accord signé à Doha grâce à la médiation du Qatar.

La rivalité entre les deux mouvements se nourrit de leurs visions antagonistes de la position du Liban sur la scène proche-orientale. Le 8 Mars dénonce l’alignement pro-occidental de ses adversaires, et leur allégeance à l’Arabie saoudite et aux États-Unis. Le 14 Mars accuse en retour l’opposition de représenter les intérêts de l’Iran et de la Syrie.

La question de l’armement du Hezbollah reste aussi pendante. La puissante armée clandestine d’un mouvement chiite lié à Téhéran et placé par les États-Unis sur la liste des organisations terroristes est dénoncée par le 14 Mars comme une atteinte à la souveraineté de l’État libanais et un moyen de pression politique inacceptable.

Le 14 Mars réclame que le monopole des armes revienne à l’armée libanaise, conformément à plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le Hezbollah invoque la «résistance» à Israël et la libération du minuscule territoire des Fermes de Chebaa, encore occupé par les Israéliens, pour refuser son désarmement.

Le mouvement du 8 Mars s’oppose aussi au tribunal international chargé de la poursuite des assassins de Rafic Hariri et d’autres personnalités libanaises. Le tribunal fonctionne depuis mars dernier à La Haye, mais sa reconnaissance par le Liban est bloquée par le Hezbollah et ses alliés, qui accusent cette cour de partialité pro-occidentale.

Même si le mouvement du 8 Mars espère aujourd’hui ravir la majorité à celui du 14 Mars, aucun raz-de-marée n’est à prévoir en faveur de l’un ou l’autre camp. Le système confessionnel libanais prévoit la répartition des 128 sièges du Parlement entre dix principales communautés religieuses sur les dix-huit que compte le Liban.

Chiites, Druzes et sunnites votant presque majoritairement pour les partis qui les représentent, les chrétiens, divisés entre les deux blocs, détiennent la clé de la future majorité.

Une victoire du 8 Mars ne signifierait donc pas l’instauration d’une république islamique de type iranien au Liban. Le Hezbollah ne présente que 11 candidats, et Hassan Nasrallah a annoncé qu’il formerait un gouvernement d’union nationale.

Plutôt que de s’emparer de la totalité du pouvoir, le Hezbollah veut surtout bénéficier d’une minorité de blocage lui permettant d’empêcher le désarmement de sa milice et de conserver son statut de proto-État semi-indépendant au Liban.

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