Iran : Mir Hussein Moussavi rival de Mahmoud Ahmadinejad

jeudi 11 juin 2009 à 12:52
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Concert de Klaxon, chaînes humaines en pleine ville, et par-dessus tout cette couleur verte (celle de l’islam, mais aussi de l’espoir) choisie par la campagne de l’ancien premier ministre Mir Hussein Moussavi, déclinée dans tout le pays, en foulards, affiches ou simples empreintes de mains sur les murs : une vague verte se prépare-t-elle à déferler sur les urnes, vendredi 12 juin, pour l’élection présidentielle iranienne ?

Celui que bien des jeunes ne connaissaient même pas il y a quelques jours encore, cet ex-chef du gouvernement du temps de la guerre Iran-Irak (1981-1989), que l’on disait  » congelé » par vingt ans d’absence de la scène politique, et dont le physique de technocrate, avec ses lunettes plates d’intello et sa courte barbe poivre et sel, n’accrochait pas les caméras, semble être devenu le plus sérieux rival du président sortant, le fondamentaliste Mahmoud Ahmadinejad.

Mercredi, la campagne s’est close. L’outsider trop sage est presque devenu un favori. Main dans la main (une première) avec son épouse, il joue les couples présidentiels à l’américaine.

A défaut de charisme, il a trouvé un style, en se révélant dans un débat houleux contre M. Ahmadinejad un débatteur cohérent et rationnel. Le mécontentement contre le président sortant dans un pays de plus en plus isolé et en crise économique fera-t-il le reste ?

« Les premiers jours, M. Moussavi me disait, gêné : « Comment me trouvez-vous, en campagne ? » Et je répondais : « comme un vieux coureur rouillé, votre foulée prendra de l’ampleur au fur et à mesure de la course… » », nous a raconté Fayyad Zaahed, l’un de ses plus proches conseillers. De fait, Mir Hussein Moussavi a trouvé le rythme.

Jonglant aux confins des fragiles équilibres de la politique iranienne avec les alliances nouvelles (les femmes et les étudiants), les « adoubements » intellectuels – 800 artistes lui ont donné leur confiance -, les soutiens discrets (celui de l’ancien président Hachemi Rafsandjani) ou ouvertement revendiqués (celui des réformateurs de l’ex-président Mohammad Khatami), sans jamais rien renier.

Né le 29 septembre 1941, cet Azéri d’origine est avant tout un homme du sérail. Un vrai fils de la révolution de 1979, devenu le « poulain » de l’ayatollah Behechti, le fondateur du Parti de la République islamique, dont il deviendra le premier directeur.

Il aura avec le père de la révolution, l’ayatollah Khomeyni, un lien privilégié. Si privilégié que lorsque le Guide actuel, l’ayatollah Khamenei, sera élu président de la République, Khomeyni et son fils Ahmad imposeront M. Moussavi comme premier ministre en 1981 contre le candidat de M. Khamenei, M. Vellayati.

Ce dernier ne sera pas approuvé par le Parlement, et prendra plus tard sa revanche, devenant le ministre des affaires étrangères à la plus grande longévité de la République islamique.

Autant dire qu’entre M. Moussavi et M. Khamenei, le courant passait peu. D’autant qu’en pleine guerre, M. Moussavi jouait la carte étatiste, pour trouver un système de rationnement et de contrôle des prix afin de préserver l’économie chancelante, là où M. Khamenei prônait un certain libéralisme.

Depuis, les deux hommes se sont retrouvés sur une gestion libérale. Les différends sont aplanis.

En 1989, membre d’un conseil chargé de la révision constitutionnelle, sa proposition en faveur d’un renforcement du Parlement sera rejetée, le poste de premier ministre supprimé, et il sera remercié.

De lui, on retient alors son intégrité – qualité rare en ces temps troublés -, ses principes et son sens du devoir nationaliste. « Une sorte de Fillon, en plus discret », ironise un diplomate iranien de l’époque.

Commence alors la seconde vie de Mir Hussein Moussavi, loin des spotlights, mais pas de la politique, puisqu’il sera le conseiller occulte du pragmatique président Rafsandjani, puis de son successeur réformateur Khatami.

Il siège aussi au puissant Conseil de discernement, rouage islamique d’arbitrage du régime. Architecte de formation, marié à une ancienne militante révolutionnaire venue à la peinture, Zahra Rahnavard, devenue un atout auprès des femmes et des jeunes, cet amateur d’art abstrait a dirigé l’Académie des arts d’Iran.

Pourquoi cette soudaine réapparition dans la vie politique ? « Parce que, pour la première fois, je sentais la République islamique en danger », a dit le candidat.

Au-delà de la déclaration de foi du révolutionnaire de la première heure, qui condamne les déviations de la République islamique, il y a aussi un calcul stratégique : M. Khatami n’avait eu qu’un « feu orange » de la part du Guide, et sa candidature trop réformatrice aurait divisé les forces politiques, empêchant les mécontents, dans le clan fondamentaliste qui soutient M. Ahmadinejad, de franchir les lignes. Il s’est retiré au profit de M. Moussavi.

Appuyé par les réformateurs, l’ex-premier ministre se veut surtout un « rassembleur ». Son passé du temps de la guerre peut lui attirer le vote d’une partie des Gardiens de la révolution ; son honnêteté, la faveur des pauvres et de la petite bourgeoisie.

Enfin son nationalisme sans faille peut faire accepter ses nouvelles préoccupations pour les droits de l’homme auprès des conservateurs.

« Nous ne sommes pas des révolutionnaires, il y a eu assez de martyrs ici, confiait encore Fayyad Zaahed, nous voulons réformer.

Améliorer les choses, « réparer » l’économie gaspillée par la gestion populiste ; ouvrir aux libertés individuelles ; créer plus de justice sociale, redonner crédit et dignité à notre pays à l’étranger. Nous ne voulons plus que l’Iran soit le « mauvais » de la classe. Il faudra du temps, petit à petit. »

Pour cela M. Moussavi a trois mots d’ordre : stabilité intérieure, détente et dialogue avec l’Occident, l’Amérique notamment.

Sur le nucléaire, il est prêt à discuter « dans la transparence », mais non à brader les intérêts nationaux.

Ce qui peut faire de lui un redoutable interlocuteur, mais un adversaire plus fiable. « Je veux en finir avec les extrémismes », dit-il, sur le fond, et avec « l’amateurisme » sur la forme : une armée de technocrates et de spécialistes est prête.

Mais cette vague verte aussi bruyante qu’enthousiaste, dont on ne peut vérifier vraiment l’épaisseur, tiendra-t-elle face à la vague « léopard » (tenue camouflée) des puissantes milices et des services secrets qui soutiennent M. Ahmadinejad ?

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