Didier Houssin: Notre stratégie est de retarder la diffusion du virus

samedi 13 juin 2009 à 15:45
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h_9_ill_1195042_a2af_033772.jpgDidier Houssin, délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire Directeur général de la

santé, Didier Houssin est délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire. A ce titre, il est au coeur de la réponse à la pandémie de grippe A (H1N1), en France et dans le monde. Il participe à la coordination des actions à l’échelle européenne et pour le G7. Il évoque les conséquences de l’annonce, vendredi 11 juin, d’une situation de pandémie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Pourquoi la France n’a-t-elle pas modifié son niveau d’alerte ?

L’OMS a une vision mondiale. Au vu de l’extension géographique de la grippe A (H1N1), elle a considéré, à juste titre, qu’il s’agissait d’une pandémie, en rappelant que, pour l’instant, elle était modérée. Chaque pays connaît une situation locale différente et met en oeuvre les mesures adaptées. En France, il n’y a pas de circulation active du virus. Nous avons peu de cas et aucun n’est grave. Nous restons donc en phase 5 A, mais nous accélérons le travail préparatoire à un éventuel changement important dans la situation.

Comment déterminerez-vous qu’il convient de relever le niveau d’alerte ?

La situation épidémique est suivie quotidiennement par l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui joue le rôle de vigie. Nous possédons différents capteurs pour la surveillance. Tout d’abord, il y a le signal spontané émanant de voyageurs recevant à leur arrivée dans les aéroports français une invitation à se manifester en cas de symptômes. Cette disposition va être élargie aux ports et aux gares ayant des liaisons internationales. Nous invitons à la vigilance les professionnels de santé oeuvrant dans les hôpitaux, en milieu scolaire et universitaire, dans des collectivités. Là où les gens sont rassemblés, il est plus facile de repérer les cas groupés. L’InVS s’appuie également sur un réseau de médecins sentinelles et ceux du réseau des groupes régionaux d’observation de la grippe (GROG).

Enfin, nous bénéficions d’un dispositif indirect de dépistage avec le signalement d’un nombre inhabituellement élevé de passages aux urgences hospitalières. Si ce dispositif de surveillance décèle des cas groupés traduisant une circulation importante du virus dans la collectivité, des mesures seront activées.

Quelle logique suivront les autorités dans la mise en oeuvre de ces mesures ?

Si dans un établissement scolaire, un nombre important d’enfants sont touchés, la question de la fermeture se posera au niveau de cet établissement : nous n’allons pas fermer toutes les écoles. Si le processus épidémiologique s’installe sur le territoire, la mesure sera appliquée plus massivement.

Comment définiriez-vous la stratégie prévue ?

C’est une stratégie de retardement. Nous savons que le virus est entré en France et comment il l’a fait. Nous voulons retarder sa diffusion pour mieux nous préparer. Si le virus commence à circuler dans la collectivité, comme c’est le cas au Royaume-Uni, cela peut amener à passer à une stratégie de « mitigation » (atténuation), visant à limiter l’extension de l’épidémie à l’intérieur du pays.

L’accroissement du nombre de malades sollicitera les capacités du système de santé à prendre en charge de nombreux malades. Et si nous passions à un degré plus élevé, il faudra assurer la continuité des activités sociales, économiques… Notre stratégie s’appuie sur plusieurs lignes de défense. Dans la boîte à outil qu’est le plan national « pandémie grippale », les nombreuses mesures sont systématiquement examinées et seront retenues ou non.

Avez-vous établi des seuils de déclenchement pour certaines mesures, en quantifiant, par exemple, le nombre de cas au-delà duquel telle ou telle disposition serait prise ?

Non. L’augmentation des cas est inéluctable, mais les Etats-Unis par exemple ont abandonné la comptabilité des cas pour privilégier la prise en compte des épidémies ponctuelles dans les écoles ou les entreprises, et l’impact sur le système de soins. Ce sont des signaux qui sont plus facilement mis en évidence.

Avez-vous élaboré des scénarios sur ce qui pourrait se passer ?

Dans les pays les plus touchés comme le Mexique, la situation s’améliore. La vague actuelle est modérée et devrait s’éteindre dans l’hémisphère Nord cet été, mais le scénario le plus plausible est une reprise avec une deuxième vague à l’automne, et la possibilité d’une modification de la virulence du virus. Il s’agit d’un virus nouveau, contre lequel la population mondiale n’est pas immunisée. De plus, certaines populations semblent plus vulnérables. Dans le Manitoba (Canada), les Inuits paraissent plus sévèrement touchés avec 20 personnes hospitalisées en réanimation. Nous devons donc à la fois gérer le quotidien, accélérer la préparation, mais aussi « penser l’impensable », comme le dit l’expert de la gestion des risques Patrick Lagadec (Le Monde du 8 juin). Néanmoins, la directrice générale de l’OMS (Margaret Chan) a raison de souligner que jamais une pandémie et son agent n’ont été mis en évidence si précocement.

Comment déterminerez-vous la stratégie vaccinale contre la grippe A (H1N1) ?

Les vaccins contre le virus A (H1N1) vont arriver par livraisons progressives et non en bloc. Nous ne pourrons pas vacciner immédiatement toutes les personnes qui doivent l’être. Nous devons donc identifier dans le temps quelles sont les personnes à vacciner en premier : a priori celles qui sont le plus menacées, en fonction de leur âge, de leur situation (grossesse) ou de leurs pathologies. Nous devons avoir pour but d’assurer la continuité des activités essentielles. Nous nous appuierons sur un avis (n° 106) du Comité consultatif national d’éthique sur ce sujet.

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