Gambie: Le président sortant accepte de céder le pouvoir

Sunday 22 January 2017 à 12:02
Source de l'article : Lequotidien-oran.com

L’Union africaine a fait évacuer les membres de sa commission dont un diplomate algérien permanent, en poste à Banjul, après la détérioration de la situation politico-militaire en Gambie.

Si les membres de la commission africaine ont quitté Banjul il y a quelques jours sur décision de l’Union africaine, le diplomate algérien ne l’a fait que vendredi dernier, apprend-on auprès du ministère des Affaires étrangères. Le gouvernement algérien a décidé de ne pas brusquer les choses et a laissé son diplomate décider de la nécessité de son départ ou pas, «c’est selon son évaluation sur place de l’état de gravité de la situation politique et militaire du pays. » Plus de 45.000 Gambiens ont quitté leur pays depuis début janvier de peur d’affrontements entre les forces du pouvoir et l’opposition soutenue par les pays de la CDEAO avec en tête le Sénégal.

La Gambie est secouée depuis décembre dernier par de fortes perturbations sécuritaires sous l’effet de la présence de troupes militaires sénégalaises déployées suite au refus du président sortant de se plier aux résultats de l’élection présidentielle du 1er décembre dernier. Yahya Jammeh qui s’est imposé au pouvoir depuis 1994 par un coup d’Etat contre son prédécesseur Dawda Jawara, a rejeté les résultats du scrutin de l’élection présidentiel qui ont donné comme vainqueur Adama Barrow. Agé de 51 ans, le nouvel élu est un jeune investisseur dans l’immobilier porté au pouvoir par une opposition coalisée dont le secrétaire général s’appelle Khalifa Salah, « un pilier, dit-on, du changement, un autodidacte de renom, un politique de haute consistance. » Après l’échec des négociations menées par une médiation de la CDEAO (communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) sur demande d’Adama Barrow, plus de 7000 soldats sénégalais se sont déployés, jeudi dernier, en Gambie sur décision de l’ONU.

Quand la Gambie se fait diriger par le Sénégal

Des diplomates reconnaissent que la situation dans le pays s’est davantage détériorée depuis lundi dernier, jour où le président sortant avait décidé d’instaurer le couvre-feu de 19h à 7h du matin après avoir décrété l’état d’urgence. Il avait aussi limogé son gouvernement et a arraché à l’assemblée nationale une prorogation de 3 mois de son mandat présidentiel. Malgré la dégradation de la situation politico-militaire dans le pays, le président élu, Adama Barrow a prêté serment à l’ambassade de son pays à Dakar, capitale du Sénégal.

*Considéré comme le plus petit pays de l’Afrique continentale, la Gambie est d’une superficie d’à peine 11 300 km2 et d’une population de 1 882 450 habitants. Ce qui fait d’elle un pays totalement enclavé dans le Sénégal avec lequel elle partage 740 km de frontières. Tous deux membres de la CEDAO, la Gambie et le Sénégal n’en font qu’un -ou presque- avec en toute évidence une influence écrasante du second sur la première. Dakar décide pratiquement de tout pour Banjul.

La Gambie a fait partie des 28 pays (dont 6 pays du Golfe) qui ont quitté le sommet Monde arabe-Afrique tenu du 19 au 21 novembre dernier, à Malabo, en Guinée équatoriale, sur pressions du Maroc qui protestait contre la présence sur place d’une délégation de la RASD. Si l’Algérie, faut-il le noter, arrive à entretenir avec le Sénégal des relations économiques relativement bonnes, elle n’en fait pas autant pour ses relations politiques jugées exécrables, selon des sources diplomatiques du MAE. Il est connu que Dakar obéit au doigt et à l’œil au royaume du Maroc notamment pour ce qui est des grandes questions du continent.

L’UA sur le pied de guerre en Gambie

L’armée gambienne forte d’à peine 25.000 hommes s’est alliée vendredi dernier à la CEDAO qui est membre de l’UA et qui menace d’intervenir militairement notamment avec les armées du Sénégal, du Nigeria et du Ghana si le président déchu ne quitte pas le pouvoir immédiatement. «L’UA compte bien obliger la Gambie à respecter les règles de la démocratie, de la bonne gouvernance et des libertés individuelles et collectives et ce en respectant les résultats du scrutin qu’elle qualifie de transparent, de régulier et de crédible, » nous disent des diplomates. Ce n’est qu’hier que Yahya Jammeh a déclaré à la télévision gambienne que «j’ai décidé aujourd’hui en bonne conscience d’abandonner la responsabilité de la direction de ce grand pays. » Il lancera même «à tous ceux qui m’ont soutenu ou qui se sont opposés à moi au cours de cette période, je demande de mettre l’intérêt suprême de notre nation, la Gambie, au dessus des intérêts partisans et d’œuvrer ensemble.» Jammeh pourrait s’exiler en Mauritanie (dont le président s’est investi personnellement dans la résolution de la crise gambienne) ou en Guinée où il a des liens familiaux. Aux dernières nouvelles, miné par les attaques du groupe terroristes Boko haram, le Nigeria refuse d’intervenir militairement en soulignant que la guerre n’est pas la solution pour le rétablissement de l’ordre en Gambie.

Ces évolutions plus ou moins positives de la situation en Gambie ont laissé l’Union africaine demander aux membres de sa commission de rejoindre leurs postes à Banjul le 17 février prochain. Le diplomate algérien le fera certainement bien avant, selon nos sources du MAE.

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