Le professeur Bouzid crie au scandale : «La PCH prend en otage mes patientes»

lundi 14 novembre 2016 à 12:06
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Le professeur Bouzid, chef de service oncologie au CPMC, a soulevé la semaine dernière le problème de rupture de stock d’un médicament princeps destiné au traitement d’un type précis du cancer du sein. Il refuse d’utiliser le produit bio-similaire pour ses anciennes patientes que lui a livré la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH).

Selon lui, l’interchangeabilité n’est pas tolérée en oncologie et le bio-similaire peut être administré uniquement aux nouvelles patientes. Ce que la PCH refuserait de comprendre, selon lui. Dans cet entretien, le professeur Bouzid qui n’a pas pu retenir sa colère sort de ses gonds, et dit exiger que le produit de la molécule mère soit livré d’ici jeudi sur tout le territoire national. la PCH, assure t-il, a reçu la liste des malades et des besoins depuis huit mois.

Pour sa part, le professeur oncologue Sami Soraya affirme que 15% des nouvelles patientes reçues au CPMC ont été soumises au traitement bio-similaire. Cependant, dit-elle, «nous ne pouvons pas prendre le risque de soumettre les anciennes patientes au produit bio-similaire au risque de réactions immunitaires, vu que les recommandations internationales que nous suivons ne tolèrent pas la notion de l’interchangeabilité».

Pourtant, des études scientifiques ont démontré l’existence de la variabilité d’un lot à un autre même dans la molécule princeps du produit biotechnologique. Le professeur admet ces variations, mais il estime qu’elles ne sont pas «très importantes». Des spécialistes expliquent qu’un produit bio-similaire est issu de la biotechnologie au même titre que la molécule mère, ayant les mêmes mécanismes d’action. Dans cet entretien, le professeur Kamel Bouzid revient sur le problème qui l’oppose à la PCH.

Entretien réalisé par Salima Akkouche
Le Soir d’Algérie : Vous dites que vous n’avez pas reçu la quantité de médicament commandée à la PCH, tandis que celle-ci assure vous l’avoir fournie, mais que vous l’avez renvoyée à l’expéditeur.
Professeur Kamel Bouzid
: Nous avons besoin d’Herceptin, la molécule mère de Roche, je suis en rupture depuis 15 jours, il y a 14 000 boîtes à la PCH et elle aura 30 000 d’ici jeudi, nous avons fait notre commande et la PCH nous envoie un produit bio-similaire qui n’est ni un générique ni une copie et je ne reçois que 200 boites en Herceptin alors que nous avons commandé 800 flacons, elle m’a pris 20 malades en otage après m’avoir promis qu’elle allait me régler le problème. Alors que j’ai signé un engagement de prendre l’Herceptin de Roche sans un contrôle préalable.

La PCH dit vous avoir demandé de lui donner la liste de vos besoins pour la satisfaire, chose que vous n’avez pas faite.
Nos besoins ont été parfaitement identifiés. La PCH a été destinataire en temps et en heure de nos besoins, y compris la liste nominative confidentielle des anciennes patientes, la PCH a reçu tout ce qu’il faut depuis six mois, mais elle fait semblant, alors que dans mon rapport du 30 juillet 2015 et du 6 août 2015 j’ai été explicite en disant que les appels d’offres et les prescriptions doivent se faire en leur nom commercial et non en DCI (dénomination commune internationale) et maintenant nous demandons le médicament Herceptin et ils veulent nous coller le Canmab et l’on raconte que nous ne voulons pas utiliser le bio-similaire, ce qui est une débilité.

Vous dénoncez un produit que vous avez vous-même autorisé à l’enregistrement.
C’est totalement faux, Je n’ai pas remis en cause le bio-similaire puisque c’est moi-même qui ait donné la décision de son enregistrement. Je dis seulement que je veux de l’Herceptin de Roche pour les anciennes malades et je le veux sur tout le territoire national d’ici jeudi. Ils veulent nous coller le bio-similaire pour les anciennes malades, ce qui ne se fait pas».

Vous avez déjà utilisé le produit bio-similaire ?
Nous avons commencé l’utilisation des deux produits bio-similaires depuis le mois de juin dernier, ici au CPMC, au centre anti-cancer de Bouzaréah à Beau-Fraisier, à Rouiba et dans d’autres hôpitaux du pays mais en Herceptin, je serai en rupture de stock demain (aujourd’hui ndlr). Que les choses soient claires, je ne parle pas du bio-similaire parce que c’est un produit indien, je n’ai aucun complexe par rapport à son origine.

Mais vous avez renvoyé le produit bio-similaire à la PCH.

Je l’ai renvoyé car je n’en ai pas besoin dans l’immédiat, ce n’est qu’en janvier prochain que j’en aurai besoin. Ils veulent m’encombrer le service avec le bio-similaire et s’en débarrasser à leur niveau parce qu’ils n’ont pas de place à la PCH et ils ont peur que je ne l’utilise pas, et d’ailleurs, s’ils continuent comme ça, je ne l’utiliserai pas, car ce n’est pas moi qui leur avais demandé de l’acheter, allez demander au directeur de la PCH qui, lui, avait demandé d’acheter le produit bio-similaire. Il ne me rend pas service en me livrant les 200 boîtes d’Herceptin, et qu’il ne pense pas qu’il va me faire taire avec cette petite quantité.

Vous êtes le seul à crier à la rupture…
Le CPMC n’est pas le seul centre qui n’a pas reçu Herceptin. À Jijel, ils sont en rupture depuis six mois, Biskra deux mois, Naâma depuis trois mois et à Beau-Fraisier depuis un mois.

Une étude norvégienne Nord-Switch et une autre étude, communiquée en octobre dernier à Tlemcen, lors d’un congrès, ont démontré que l’interchangeabilité est pourtant tolérable.
Aucune étude, à ce jour, ne parle de l’oncologie. Sur cette étude que j’avais reçue, sur les neuf maladies, aucune ne concerne l’oncologie.
L’interchangeabilité concerne d’autres pathologies comme la rhumatologie et quand un Français fera ça chez lui, il peut venir me l’expliquer chez moi et l’étude norvégienne ne cite aucun cancer.

Mais l’entrée du bio-similaire sur le marché a fait baisser de beaucoup le prix de la molécule mère, non ?
Oui, et alors, le bio-similaire est commercialisé et le prix d’Herceptin a baissé du jour au lendemain. Pourquoi ça ne s’était pas fait avant alors que Roche pratiquait les prix les plus chers sur le marché national depuis 15 ans.

Parce que le laboratoire avait le monopole aussi.
L’Algérie n’avait pas le pouvoir de l’obliger de baisser ses prix.

Vous avez une réunion demain au ministère pour discuter de ce problème.
Oui, elle va durer trois minutes. Ils voudront switcher et nous, on ne switche pas.

Vous avez votre frère qui travaille au laboratoire Roche qui commercialise Herceptin, le produit que vous exigez. N’est-ce pas là un conflit d’intérêt ?
Oui, il travaille chez Roche, et il n’y a aucun conflit d’intérêt, mon seul intérêt sont mes patients.
S. A.

A lire aussi :

Mots clés :

Laissez un commentaire :

Abonnez-vous à Algérie360 par email

Actualités en direct

Algerie360 - Rejoignez nous sur Facebook
87 queries in 6,984 seconds.