Pourquoi les dépenses d’infrastructures n’ont pas enclenché une industrialisation en Algérie, selon Smail Goumeziane

mardi 1 novembre 2016 à 8:46
Source de l'article : Maghrebemergent.com

Pour l’ancien ministre du Commerce, Smail Goumeziane, les grandes dépenses d’infrastructures engagées n’ont pas fait une industrialisation et n’ont donc pas profité à l’économie. Il y avait une autre manière de faire pour créer des industries en amont et en aval des infrastructures réalisées au plus fort de l’embellie financière.

 La faramineuse dépense publique engagée dans les années 2000 n’a pas eu les effets escomptés en termes de développement.  Ce constat, établi par l’économiste Smail Goumeziane ce lundi sur la webradio Radio M tranche avec le discours ambiant, qui affirme que l’Algérie a rattrapé son retard en matière d’infrastructures.

D’abord, parce que le processus de rattrapage des infrastructures n’est pas fini, il est toujours en cours. Ensuite, la dépense publique a péché par un manque de ciblage.  Mais surtout, estime-t-il, les infrastructures mises en place n’ont pas impulsé « un rattrapage de développement », en ce sens qu’elles n’ont pas été « un élément de déclenchement d’un processus d’industrialisation aussi bien en amont qu’en aval ».

 Il a rappelé que cet énorme retard en matière d’infrastructures hérité des années 1980 et même avant est à mettre sur le dos de la politique des industries « industrialisantes » où l’on privilégiait les usines aux infrastructures. Aujourd’hui, l’Algérie a emprunté le chemin inverse.

 Les infrastructures réalisées dans les années 2000 au moment de l’embellie financière du pays « n’ont pas créé en amont toutes les industries qui auraient dû naitre pour participer à la réalisation et maintenance de ces mêmes infrastructures ». Pire encore, en aval, « on n’a pas les acteurs économiques nationaux capables d’utiliser d’une manière optimale toutes les infrastructures ».

  Nous avons une autoroute du 20ème siècle

Pour que les infrastructures soient « industrialisantes », il faut qu’elles impulsent ce « processus d’industrialisation en amont et en aval », affirme-t-il. Et d’ajouter que ce processus n’aboutira pas sans une  » stratégie en matière de commerce interne et externe qui favorise le développement du tissu industriel ».

 Soit le contraire de la politique qui est menée dans les années 2000.  « On réalise des infrastructures en attendant qu’il y ait des industries et on ouvre la porte d’une manière débridée aux importations tous azimuts » constate-t-il.

 Sur ce rattrapage en infrastructures, il reste insuffisant à ses yeux tant qu’il n’a pas intégré les standards internationaux, à l’ère des nouvelles technologies. Ce qui fait que les infrastructures réalisées sont devenues obsolètes quelques années plus tard.

 « Les autoroutes que nous avons réalisées sont du 20eme siècle », fait-il remarquer.  « Le projet de faire une autoroute est absolument essentiel, la question fondamentale est de savoir si l’autoroute que nous avons aujourd’hui est une autoroute en mesure d’absorber un vrai développement digne du 21eme siècle ou pas », a-t-il expliqué.

Et de rappeler qu’à l’époque des industries « industrialisantes » on reprochait à ce modèle de privilégier les projets les plus en pointe. « Aujourd’hui, on pourrait faire le reproche inverse ».

A lire aussi :

Mots clés :

Laissez un commentaire :

Abonnez-vous à Algérie360 par email

Actualités en direct

Algerie360 - Rejoignez nous sur Facebook
13 queries in 0,425 seconds.