Lounès Hamis, jeune exportateur: Un dur métier que d’exporter

jeudi 27 octobre 2016 à 8:38
Source de l'article : Lexpressiondz.com

«Le métier d’exportateur n’est pas une lubie d’un commerçant voulant gagner une fortune en un tour de vis, encore moins celle d’un scientifique voulant simplement mettre ses savoirs théoriques à l’épreuve du terrain. Il est question pour lui d’un métier stratégique.»

L’exportation représente le parent pauvre de l’économie nationale. En plus de la faiblesse de l’offre exportable, l’acte d’exporter est un exercice si difficile que les plus faibles se lassent parfois aux toutes premières opérations et les plus dynamiques et les plus forts continuent à résister avec l’espoir qu’un jour «des mesures d’encouragement et de facilitation viennent à leur secours». C’est le cas de Lounès Hami, patron d’une petite entreprise spécialisée dans l’exportation de fruits et légumes frais. Chercheur en économie internationale, M.Hami a voulu mettre son savoir théorique à l’épreuve du terrain. La surprise est grande selon lui. Non pas que les savoirs qu’il a acquis à l’université ne tiennent pas la route, mais le terrain algérien est semé de tant d’embûches qu’il n’est toujours pas possible de trouver une adéquation entre la rationalité scientifique et la complexité du terrain. «Exporter est un défi pour moi. Dans la famille, quand des parents établis en France viennent pour passer des vacances en Kabylie, ils n’arrêtent pas de dire que nous avions des fruits et des légumes nettement mieux que ceux vendus en France. J’ai donc eu l’idée d’exporter les légumes et les fruits frais. J’ai donc créé Adam Golden Export et j’ai commencé à exporter les dattes vers la France après avoir déniché des clients par le biais de quelques relations familiales. C’était tellement passionnant que, au départ, je ne m’intéressais pas particulièrement aux problèmes rencontrés et je ne me rendais pas compte des pertes que j’enregistrais à cause de ces problèmes. Mais, après quelques opérations, j’ai commencé à analyser de très près mes comptes, mes opérations et j’ai constaté qu’en vérité, je ne faisais que renouveler mon capital. En termes de rentabilité, mes opérations n’étaient pas très intéressantes,» nous avoue-t-il. Néanmoins, malgré la rentabilité très discutable du métier d’exportateur, Lounès Hami compte s’y accrocher. «Exporter est difficile. En Algérie, nous avons des problèmes, mais pas ceux que tous les exportateurs rencontrent plutôt d’autres: des problèmes liées à la bureaucratie, à la réglementation des changes, aux coûts élevés de certains services, etc.

Ces problèmes ont été identifiés mais le gouvernement ne veut pas les régler. C’est terrible. Or, je n’ai nullement l’intention de renoncer. La crise et les décisions qu’elle fera potentiellement prendre au gouvernement me rassurent quant à l’avenir», indique-t-il avant de détailler les obstacles auxquels il fait face. «Il existe au moins quatre problèmes principaux qui entravent l’acte d’exporter et mettent l’exportateur dans des situations parfois décourageantes. D’abord, il y a la réglementation des changes qui pose problème. On ne verse que 20% en devises de la totalité des exportations, à l’exportateur, alors qu’il en est la principale source et qu’il en a besoin pour financer le développement de son entreprise. Ensuite, il y a le coût du transport qui est trop élevé. On paye entre 35 et 40 DA le kilogramme entre l’Algérie et la France. Ce coût nous rend beaucoup moins compétitifs par rapport à nos voisins marocains et tunisiens. Le troisième obstacle, c’est la bureaucratie qui, en plus de la perturbation permanente du processus d’exportation à travers des intrusions imprévues et imprévisibles, provoque des retards qui sont parfois sensiblement préjudiciables pour l’exportateur. Par exemple, l’exportation des légumes frais doit être très rapide parce que ceux-ci peuvent se faner en cas de retard. J’ai à trois reprises jeté plusieurs quintaux de fruits à cause des lenteurs bureaucratiques qui plus est sont injustifiées. Ceci sans parler des week-ends des jours fériés qui sont systématiquement déduits du calendrier de l’exportateur. Le quatrième point, c’est le financement.

En effet, un exportateur, pour être sûr de pouvoir satisfaire ses commandes, doit avoir des stocks de marchandises à la hauteur des commandes potentielles. Or, pour ce faire, il faut un énorme capital qui n’est pas forcément disponible chez l’exportateur. Et les banques, par je ne sais quelle logique, refusent de financer ce genre d’opération», estime Lounès Hami. De plus, sur ce dernier point, il constate qu’il existe une sorte de mépris de l’acte de commercer de la part de certains banquiers qui font mine de sacraliser la production au détriment du commerce». «Certains banquiers regardent les commerçants comme s’ils étaient des truands. Après des décennies de bazar, certains banquiers zélés semblent avoir découvert les vertus de la production et font mine de la sacraliser en méprisant le commerce. Pourtant, sans le commerçant, le producteur ne vaut rien. Le commerce est un métier à part entière et aussi bien les banquiers que les administrateurs doivent apprendre à le respecter», tonne-t-il en se disant ne pas comprendre l’incapacité des pouvoirs publics à mettre en place un système d’exportation complet, flexible et cohérent tout en dissertant à longueur de discours. Ainsi, malgré les gros problèmes auxquels il fait face, Lounès Hami considère que le métier d’exportateur n’est pas une lubie d’un commerçant voulant gagner des fortunes en un tour de vis, encore moins celle d’un scientifique voulant simplement mettre ses savoirs théoriques à l’épreuve du terrain. Il est question pour lui d’un métier stratégique qui est seul à même de permettre à l’Algérie de respirer et à notre économie de se développer. «Il faut développer le commerce national et international», recommande-t-il. En outre, Lounès Hami recommande de ne pas focaliser l’attention sur les grands exportateurs puisque, de toute façon, eux, ont les moyens de régler leurs problèmes, mais pas de s’intéresser à cette multitude de petits exportateurs qui essaient d’avancer, qui peuvent devenir grands et qui, dans tous les cas, représentent, tous ensemble, un volume d’exportation assez appréciable.

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