Emprunt obligataire lance par le FCE: Quelles conclusions pour le gouvernement ?

mardi 25 octobre 2016 à 14:27
Source de l'article : Reflexiondz.net

Le gouvernement, dans le cadre de tensions budgétaires afin de prendre les mesures nécessaires de redressement national a besoin d’être informé et éclairé objectivement. Dans ce cadre, s’agissant en cette conjoncture difficile de rassembler et non de diviser devant tenir un discours de vérité, de ne faire le procès de personne, ne devant privilégier que les intérêts supérieurs du pays, l’objet de cette brève contribution est de se poser la question suivante: quels sont les résultats provisoires de l’opération lancée par le FCE, le 30 juin 2016, action louable, mais loin des attentes, de l’emprunt obligataire?

1.- L’emprunt obligataire lancé par  l’Etat algérien en avril 2016, a fixé  un taux d’intérêt variable de 5 à 5,75%. Aucune  somme limite n’est  fixée pour cet emprunt obligataire étatique, le gouvernement espérant drainer une fraction du capital argent de la sphère informelle.  Le bilan à juin 2016 donne  un montant de près de 251 milliards de dinars, au cours actuel 2,10 milliards de dollars depuis son lancement selon  l’APS,  la quasi-majorité de ces souscriptions ayant  été enregistrée au niveau des agences bancaires et des compagnies d’assurances, alors que les trésoreries des wilayas ont collecté une part infime  de 1%,  alors que le déficit de la balance de paiement y compris les  services,  sera supérieur à 30 milliards de dollars fin 2016 au cours du pétrole actuel.
2.-Le Forum des chefs d’entreprise (FCE) qui déclare pour son organisation un chiffre d’affaire global pour tous ses membres   30 milliards de dollars en 2015 en rappelant que pour avoir une appréciation objective, qu’il faille déclarer le profit net  de l’ensemble des opérateurs  de l’organisation devant soustraire les coûts, seul indicateur économique significatif, a réussi à récolter des engagements de souscription à l’emprunt obligataire national pour un montant de 150 milliards de dinars, soit au cours actuel 1,25 milliard de dollars,..Espérons donc que cette action ne sera que provisoire et que la mobilisation sera plus importante prochainement,  car ce montant, s’il n’est pas encore gonflé pour les raisons évoquées précédemment, couvre à peine une rubrique  d’importation  d‘un produit stratégique, montrant également que l’Algérie, il ne faut pas être utopique,  dépendra encore longtemps des hydrocarbures, le tissu productif hors rente, étant à créer afin de réaliser une économie véritablement diversifiée.
3.-Quel est le  pourcentage des membres du FCE  entendu les opérateurs privés et  non publics qui ont souscrit à cette opération ?
4.-Que représente ce montant par rapport au déficit de la balance de paiement prévu fin 2016  ?
5.-Ce montant ne fait-il pas  double emploi avec le montant de 2, 10 milliards de dollars annoncé par l’APS ?  Pour ce qui est des promesses de souscription du FCE,  les montants rapportés par  la presse donnent notamment celui  de l’UGTA  pour 25 milliards de DA (ce montant provient –il  de ses adhérents, seule action significative) et les banques publiques et les institutions de l’Etat ont souscrit pour leur part et pour leur compte pour 45 milliards de DA, soit 40% du total ? Pour le cas  de   l’UGTA  qui vit en majorité  sur les subventions de l’Etat, les intérêts lui rapporteront selon que le taux est 5 ou5,75% entre 144 et  125 milliards de centimes annuellement.
6.-.Ce montant ne résulte –t- il  pas  du retrait auprès des banques pour les placer à un taux plus avantageux au risque  de les assécher, un transfert de la sphère réelle vers la sphère réelle alors que l’objectif était autre ?
7.-Lié à la question précédente quel  est la part des fonds propres des souscripteurs entendu toujours les opérateurs privés ?
8.-Les informations rapportées par la presse nationale que sur les 800 entreprises inscrites, seules 380 d’entre elles ont pris part  et que le nombre de souscripteurs par engagement est de 267 sont-ils confirmées par le FCE, étant entendu que c’est encore un engagement et non une souscription réelle ? Le secteur privé  du FCE a représenté 60% du total en promesses, soit 900 millions de dollars.  Et si l’on tient compte de l’apport de dix à quinze  opérateurs privés y compris les opérateurs de téléphonies mobiles et assurances  l’on aurait plus de 80% sur ces 60%.
9.- Les  souscriptions à l’emprunt obligataire sont acceptées comme garantie au crédit bancaire, dans ce cadre ne risque t- on pas de se retrouver dans une opération spéculatrice accroissant le déficit du trésor public  cet emprunt servant  à souscrire de nouveaux prêts via des banques à 2/3% , tout en bénéficiant d’intérêt de 5 à 5,75% , banques dès lors qui faute de liquidités demanderont à la banque d’Algérie de recourir à l’émission monétaire accroissant les tensions inflationnistes à terme et dont le déficit risque de dépasser 30 milliards de dollars fin 2016 ?
10-. J’avais rappelé dans maintes contributions mai/juin 2016)  afin que l’emprunt obligataire puisse avoir un succès que :
–  premièrement, le taux d’intérêt doit être supérieur au taux d’inflation. Sinon, les ménages se réfugieront dans l’achat de devises fortes, de l’or ou de l’immobilier afin de préserver le pouvoir d’achat de leur épargne ;
-deuxièmement, il y a lieu d’éviter le dérapage accéléré du dinar qui a indirectement un impact à la fois sur les coûts de production des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% et sur le pouvoir d’achat des ménages dont les besoins dépendent à 70% de l’extérieur, un dinar dévalué de 30% du fait des taxes fiscales arrivant aux consommateurs avec une augmentation de plus de 50% ;
-troisièmement, pour plus de transparence,   la création d’un fonds d‘investissement où serait canalisé cet emprunt afin d’éviter que ce capital  argent aille combler le déficit budgétaire e t par là atténuer l’épuisement du fonds de régulation des recettes;
– quatrièmement comme synthèse des actions,  de véritables réformes micro-économiques et institutionnelles où l’on doit éviter tant  l’illusion mécanique des années 1970, (nous sommes à l’aube  de la quatrième révolution industrielle), le juridisme faire des lois à tout problème, que monétaire. L’Algérie a connu plusieurs codes d’investissements, différentes organisations depuis l’indépendance politique et des dévaluations 5 dinars un dollar vers les années 1970/1980  à plus de 110 dollars un dollar en juin 2016,alors que  toute dévaluation du dinar aurait dû entraîner une dynamisation des exportations hors hydrocarbures et l’Algérie est toujours mono-exportatrice à 97/98% d’hydrocarbures avec les dérivés montrant que le dépassement passe par de profondes réformes associant  toutes les composantes de la société.
Et en conclusion, un emprunt national  est supporté par les  générations futures qui supporteront les coûts, en cas où les profits engendrés ne pourront pas rembourser le principal et les intérêts. Reconnaissons qu’en 2016, pour des raisons historiques et un environnement contraignant des affaires, que le secteur privé opérant dans la sphère réelle en Algérie a des moyens financiers limités, la majorité étant en découvert bancaire,  d’où le résultat provisoire  mitigé. Le gouvernement doit en tirer les leçons pour ne pas se tromper de stratégie.  Les  plus grosses fortunes ne seraient-elles pas au niveau de la sphère informelle en n’oubliant pas les importantes fortunes à l’étranger (achat de biens ou dépôts dans des paradis fiscaux), avec une intermédiation financière informelle à des taux d’usure ?   D’où la moralité sans faille si l’on veut mobiliser la société et l’importance de l’application  des  circulaires du premier Ministre adressées à toutes les institutions  pour combattre ce fléau (pour plus de détail sur ce sujet voir  nos différentes contributions  au niveau national et international (arabe-anglais-français entre  mars/ juin 2016)  –

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