Electricité solaire photovoltaïque: L’Afrique décollera-t-elle enfin ?

jeudi 6 octobre 2016 à 14:20
Source de l'article : Liberte-algerie.com

Dans un rapport rendu public à la fin du mois de septembre sur les coûts et les marchés du solaire photovoltaïque en Afrique, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) note une exceptionnelle progression pour les années 2014 et 2015.  

Pour l’agence “l’effondrement des coûts technologiques place le solaire photovoltaïque comme l’une des solutions les plus abordables pour satisfaire les besoins en électricité et rendre possible l’accès à l’énergie pour les populations sur le continent africain”. Cette dégringolade dans les coûts d’installation des dispositifs de production d’énergie en Afrique est de 61 % entre 2012 et 2015. L’ensoleillement exceptionnel fait que ces coûts d’installation sont de 1,30 dollar par watt en moyenne. Ils tournent autour de 1,80 dollar par watt ailleurs.

L’Afrique du Sud en tête, l’Algérie suit mais de loin
Les données de l’IRENA indiquent que la  capacité installée de l’Afrique en énergie solaire photovoltaïque a bondi d’environ 500 Mégawatts (MW) en 2013 à 1 330 MW en 2014 et 2 100 MW à la fin de 2015. Elle a donc plus que quadruplé en l’espace de deux années; pour la petite histoire elle était à peine de 100 MW en 2009. Concernant la capacité installée dans chaque pays, comme il fallait s’y attendre, c’est l’Afrique du Sud qui caracole en tête avec son fameux Programme d’approvisionnement d’énergie de producteurs indépendants d’énergie renouvelable (REIPPP- Renewable Energy Independent Power Producer Program) lancé en 2010 dont la composante solaire est de 8,2 gigawatts en solaire photovoltaïque en période de pointe (8,2GWc). La capacité cumulée fin 2015 est de 1, 361 GW soit 1361 MW, ce qui représente 65% de la capacité installée du continent africain, elle est suivie, mais de loin, de l’Algérie avec 13% soit 274 MW en 2015 (380 MW en fin 2016 selon les projections du Centre de développement des énergies renouvelable-CDER) ; le programme algérien des énergies renouvelables prévoit une capacité totale d’environ 800 MWc d’ici 2020 en photovoltaïque puis 200 MWc par an durant la période 2021-2030 (1 200 MW en solaire thermique en 2020 et 500MW annuellement entre 2021 et  2023 et 600MW/an jusqu’à 2030).

Les autres pays de Afrique du Nord
Concernant nos voisins, le Maroc, qui enregistrait une capacité installée en photovoltaïque de 161 MW fin 2015 (795,5 en éolien), envisage d’arriver à une puissance de 10,1 GW de renouvelables entre 2016 et 2030 dont 4 560 MW solaire (photovoltaïque et thermique), 4 200 MW éolien, et 1 330 MW hydro-électrique (barrages hydrauliques). Selon ce schéma, la part de l’éolien et celle du solaire seront portées à 20% chacune et celle de l’hydroélectrique sera au moins de 12%. La Tunisie, quant à elle, compte ramener la part des énergies renouvelables (hors hydro-électrique) dans la production de l’électricité de 2% environ en 2010 à 30% en 2030. Cette capacité à installer se répartit en 15% d’éolien, 10% de solaire photovoltaïque et 5% de solaire thermodynamique (CSP). En termes de capacités installées, le Plan solaire tunisien (PST) prévoit d’atteindre une capacité installée des énergies renouvelables de l’ordre de 3 725 MW en 2030 soit un peu moins du tiers par rapport à une capacité électrique totale d’environ 10 900 MW à cette même date. Fin 2012, notre voisin de l’Est enregistrait une capacité installée de 250 MW dont 245 MW en éolien et 5MW en photovoltaïque. Enfin, on peut noter que l’Égypte comptait (fin 2015) pour 1% (25 MW), de même l’Ouganda, la Namibie et le Kenya représentent également environ 1% chacun, avec entre 20 MW et 24 MW chacun. Le rapport note qu’en 2015, l’Afrique du Sud et l’Algérie ont installé 710 MW (95%) des 751 MW supplémentaires de cette année en Afrique. Ces capacités installées sont très nettement en-deçà du potentiel de l’Afrique ; l’IRENA prévoit, au moins, une part de 70 GW sur le continent dans la perspective du doublement de la capacité mondiale en photovoltaïque. “La diminution des coûts pourrait atteindre jusqu’à 59 % sur les dix prochaines années” selon Adnan Z. Amin, directeur général de l’IRENA. Avec des niveaux de rayonnement solaire jusqu’à 117 % supérieurs à ceux de l’Allemagne, le pays disposant actuellement de la plus grande capacité d’énergie solaire installée, “la réalisation de ce potentiel par l’Afrique n’a jamais été aussi accessible ou aussi attractive du point de vue économique”, ajoute-t-il.

Afrique du Sud, Maroc, Tunisie, Algérie : des approches différentes
Sur un autre plan, il y a lieu aussi de mesurer les performances de chacun en tenant compte des ambitions affichées et des moyens mis par chaque pays. Si on s’intéresse aux différents programmes des énergies renouvelables dans leur intégralité (solaire photovoltaïque et thermique, éolien, hydroélectrique…), on peut noter chez le leader continental et les pays de l’Afrique du Nord des niveaux différents dans les objectifs, les investissements projetés et les paliers intermédiaires. En Afrique du Sud, le programme national en faveur des producteurs indépendants d’électricité par les énergies renouvelables (REIPPP) est destiné à réduire la dépendance du pays au charbon pour la production d’électricité et à contribuer aux objectifs de réduction des émissions de carbone (GES). 90% de l’électricité produite par l’Afrique du Sud est issue du charbon (40% des émissions de GES de l’Afrique s’échappent d’Afrique du Sud).
Pour attirer des investisseurs dans des installations d’énergies renouvelables, les autorités ont établi un tarif d’achat (garanti) de l’électricité produite. Par la suite et actuellement ce tarif d’achat fut abandonné et est soumis lui-même à la compétition. Le soumissionnaire propose lui-même un prix de vente.
Le REIPPP fixe la puissance minimale à 1MW et impose d’autres conditions aux promoteurs afin de rendre leur centrale éligible  (développer l’économie locale, un pourcentage du matériel et des services nécessaires à la construction et l’exploitation de la centrale doit être fourni par des acteurs sud-africains…). Ce système basé sur des appels d’offres pour le franchissement de “phases”- la 5e phase vient d’être lancée- semble attractif. De son côté, le Maroc compte consacrer, entre 2016 et 2030, un montant de 30 millions de dollars au renouvelable sur une enveloppe globale de 40 milliards pour le secteur de l’énergie. Le Royaume compte attirer les investisseurs étrangers dans les projets de production de l’électricité que permet cette enveloppe. Un lobbying particulier est entrepris en direction des pays du Golfe. À terme, l’ouverture du secteur de l’électricité est envisagée, une autorité de régulation s’attèle à la fixation des tarifs et des conditions d’accès au réseau électrique et aux interconnexions.
En Tunisie, le déficit énergétique s’aggravant d’une année à l’autre, le pays a opté pour l’énergie renouvelable qui constituera 30% de la production d’électricité à partir de 2030. Le PST (2016/2030), nécessitera près de 6,3 milliards d’euros soit 15 milliards de dinars tunisiens d’investissements publics et privés, nationaux et étrangers. La Tunisie est particulièrement dynamique dans la coopération avec les instituions internationales comme le PNUE. Pour notre pays, le plan des énergies renouvelable et de l’efficacité énergétique érigé en priorité nationale nécessite un investissement de l’ordre de 60 milliards de dollars d’ici 2030. Depuis 2014, des étapes importantes ont été franchies (projets-pilotes, tests de technologie, débat sur la réglementation…). Les retards enregistrés (340MW au lieu des 650 prévus fin 2015) ne sont pas insurmontables au vue de cette nouvelle dynamique mais comme l’a souligné récemment le ministre de l’Énergie, Norredine Bouterfa, les contraintes réglementaires doivent être levées, en particulier, sur les investissements privés et les assiettes foncières. C’est probablement ce manque de pertinence dans d’encadrement administratif et juridique de la réalisation des projets qui a poussé des membres du FCE pour demander leur part du gâteau. “Nombre d’intervenants ont souligné l’importance des subventions aux entreprises pour augmenter la part des énergies renouvelables dans le bilan énergétique de chaque pays …” (Mourad Louadah interviewé par K. Remouche, Liberté du 2 octobre 2016). Il est grand temps que les choses soient clarifiées car le nouveau mix énergétique ne peut se faire à travers des “siècles de transition”.

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