Dinar Algérien: Les raisons d’une chute libre

mercredi 17 mai 2017 à 14:10
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

«La dépréciation monétaire résulte de la loi de l’offre et de la demande. En Algérie, l’évolution des cours du dinar vis-à-vis de l’euro et du dollar américain se caractérise par une flexibilité et une volatilité des cours de change des principales devises, ce qui engendre des pertes de valeurs continuelles de la monnaie nationale», a estimé hier Sam Hocine, chef de département économie à l’Université de Tizi-Ouzou, sollicité sur la dépréciation que connaît le dinar algérien.

Selon lui, du point de vue pratique, il est assez aisé pour un gouvernement de dévaluer sa monnaie, il suffit d’en modifier la parité de conversion, mais force est de remarquer que «la demande de monnaie étrangère (euro) demeure très forte».
Ce constat s’explique, ajoute-t-il, aussi par le comportement «spéculateur» des opérateurs économiques ainsi que les citoyens vis-à-vis de la devise, plus la monnaie connaît une appréciation au niveau mondial, plus elle est demandée pour des motifs de spéculation.
En gros, les impacts d’une dévaluation ou d’une dépréciation portent principalement sur la balance commerciale du pays. La baisse de pouvoir d’achat se traduit directement dans le porte-monnaie des consommateurs. En effet, en dévaluant sa monnaie, l’Etat voit les prix des produits importés s’envoler naturellement en monnaie locale. Dans le même temps, les prix des exportations chutent.

L’inflation, qui est définie comme une hausse généralisée des prix de produits, tend de plus en plus à devenir une épidémie du fait de ses répercussions graves sur l’économie en général et les ménages en particulier. La hausse des prix de produits et des prestations de services diminue systématiquement la valeur de la monnaie nationale et la «petite» pièce de 1 DA devient de moins ou moins utilisable dans les achats quotidiens des consommateurs. De plus, ces tensions inflationnistes sont le résultat de l’échec des politiques des pouvoirs publics en matière budgétaire et fiscale.

En effet, l’assèchement du budget de l’Etat sous l’effet de la crise pétrolière et la dépendance économique des hydrocarbures contraint les pouvoirs publics à recourir à la politique d’austérité entraînant, par conséquent, une détérioration du pouvoir d’achat des ménages à revenu modeste, ajoutez à cela les mesures fiscales (la hausse de la TVA et de l’IRG) qui pèsent sérieusement sur les dépenses quotidiennes des citoyens algériens.

Selon Aït Ali Ferhat, expert en économie, le dinar est la seule monnaie au monde dont l’unité de base (1 DA) ne rapporte plus. D’où, d’après lui, l’urgence de passer à un autre dinar qui fera la contrevaleur des 10 DA actuels. «C’est comme de Gaulle a fait avec le franc dans les années 1919 ; à l’époque, un franc français (FF) ne rapportait rien. Il fallait “discuter” à partir de 5 et 10, voire 100 FF. Donc, ils ont créé le nouveau franc qui représentait 100 FF anciens», observe-t-il. Comme il a eu à l’expliciter dans diverses contributions, l’expert rappelle que la Banque d’Algérie a maintenu un dinar très bas durant les premières années d’embellie pétrolière et jusqu’à 2014, date de la chute des ressources en devises, au lieu de le réévaluer en fonction du nouveau matelas auquel il était adossé. «Au début des années 2000, quelques petits malins de l’administration ont voulu s’octroyer des augmentations personnelles qui ne profiteraient pas à la société en général, et au lieu de réévaluer le dinar et lui donner une valeur plus conforme à la nouvelle détention en devises (en hausse), ils ont dévalué et créé le nouveau dinar correspondant aux afflux de devises. Ils ont donc augmenté la masse monétaire.

Et ce faisant, ils ont révisé toutes les grilles salariales de la Fonction publique et du secteur public économique, de manière à ce qu’il y ait des coefficients de disparités entre les salaires de 1 à 50. Or, on n’a jamais vu à travers le monde un ministre qui touche 40 fois le Smig. Même aux Etats-Unis, le Président touche 8 fois le Smig», explique M. Aït Ali.
De la sorte, ces administrateurs ont créé de nouvelles capacités d’achats que n’avait pas le reste de la société.

A lire aussi :

Mots clés :

Laissez un commentaire :

Abonnez-vous à Algérie360 par email

Actualités en direct

Algerie360 - Rejoignez nous sur Facebook
71 queries in 9,760 seconds.