Brahim Guendouzi (économiste): « Une usine automobile qui n’exporte pas est condamnée à fermer »

dimanche 6 août 2017 à 18:26
Source de l'article : Maghrebemergent.com

Pour sauver l’industrie auto naissante, il faut atteindre une taille importante, augmenter le taux d’intégration en étoffant le tissu des sous-traitants et être en mesure d’exporter. Pour ce faire, la reprise des grandes entreprises du secteur qui souffrent de difficultés financières doit être un axe stratégique dans notre politique économique, soutient l’économiste Brahim Guendouzi. Entretien.

Certains experts disent que pour que les usines de montage automobile soient viables, elles doivent produire en moyenne 200 000 unités/an. Telles qu’elles sont aujourd’hui, sont-elles condamnées à fermer ?

Absolument. Plus la production est importante, plus les coûts fixes sont réduits et plus le produit est compétitifs coté prix, ceci est valable dans toutes les industries. Les usines mises en place chez nous ne répondent pas à l’impératif de la taille. Elles ne sont pas destinées à exporter. Dans de telles conditions, elles peuvent tenir un moment, mais, à terme, elles se dirigent vers une impasse qui ne sera pas facile à surmonter. Pour que cette industrie soit viable, elle doit atteindre une taille importante qui lui permet d’être compétitive. Elle doit aussi exporter, ne serait qu’une partie de sa production qui va de 20 à 30% dans un premier temps pour équilibrer la balance devise puisque beaucoup d’intrants sont importés. Il faut par ailleurs remonter la filière et assurer un taux d’intégration important en développant un tissu de sous-traitants. Ceci dit, je pense que dans les conditions actuelles où l’enjeu est de limiter les importations et de leur trouver un produit de substitution, investir dans plusieurs marques est un non-sens. Les capacités d’absorption du marché algérien sont limitées et elles le seront davantage dans les temps à venir à cause notamment de l’augmentation prévisible des coûts du carburant. Ce qui peut être par contre une bonne chose, c’est de trouver un constructeur qui accepterait d’ouvrir une usine en Algérie et de destiner l’essentiel de sa production à l’exportation. Dans tous les cas, une usine qui n’exporte pas est condamnée, tôt ou tard, à fermer.

Le ministère de l’industrie a mis en place un comité de réforme du cahier de charges relatif à ce secteur. Il veut, entre autres, exiger un taux d’intégration plus important –l’emboutissage entre autres se fera localement-et obliger les partenaires étrangers à ramener des équipementiers en Algérie dès le démarrage. Cette démarche va-t-elle, selon vous, sauver l’industrie automobile naissante ?

C’est une bonne chose que le Gouvernement pousse vers plus d’intégration. Il est important de faire de l’emboutissage en Algérie d’autant plus que bien des usines le font depuis un bon moment, comme c’est le cas de la SNVI et de l’ENIEM. Leur expérience peut servir dans l’industrie automobile. Ramener des équipementiers est également une bonne chose. Ceux-ci peuvent aider à augmenter le taux d’intégration mais aussi exporter à partir de l’Algérie. Il faut trouver les bons partenaires et faire les négociations nécessaires avec eux. Dans ce sens, l’Etat doit réunir autour d’une même table l’ensemble des acteurs susceptible d’intervenir dans le développement de cette filière et leur donner des garanties. Un équipementier qui fabrique 200 000 phares a besoin de garantie de les écouler pour venir s’installer en Algérie. C’est cela le partenariat industriel. Toutefois, il ne faut pas réfléchir au cas par cas. Il faut avoir une vue d’ensemble et tracer une stratégie globale qui intègre tous les paramètres.

GM&S, entreprise française spécialisée dans l’emboutissage, est en situation de faillite à cause de la baisse sensible des commandes de Renault et Peugeot France, ses principaux clients. Elle cherche repreneur. Sa reprise par des Algériens pour alimenter les usines de montages automobile serait-elle une option soutenable ?

Une telle option est à la fois soutenable et souhaitable. La reprise GM&S et de bien d’autres entreprises au potentiel avéré mais qui soufrent de difficultés financières doit être un axe stratégique dans notre politique économique. L’Algérie a besoin de développer un tissu de sous-traitants important pour augmenter le taux d’intégration de la filière automobile et lui donner des chances de survivre. Or, pour y parvenir, il faut du temps et du savoir-faire, ce que nous n’avons pas toujours. Reprendre des entreprises en difficulté qui ont un capital expérience, des marchés, des savoir-faire, des brevets, etc., se présente dans nos conditions actuelle comme une belle opportunité. Et pas seulement dans secteur de l’automobile mais dans tous les secteurs. Mais la Banque d’Algérie ne permet pas le transfert de capitaux en devises pour l’investissement à l’étranger. L’achat de Brant par Cevital a été possible grâce à un recours à des fonds internationaux. Il est à espérer que la Banque d’Algérie assouplisse son dispositif réglementaire pour permettre à notre économie de rattraper quelques retards et la meilleure manière d’y parvenir est de reprendre des sociétés en difficultés ou de prendre des parts dans leur capital.

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