Un rai de lumière dans l’obscurité

lundi 1 juin 2009 à 8:26
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Depuis le début de la compétition, les pièces se sont succédé et ont convergé toutes vers le même point, proposant ainsi un discours idéologique et une satire sociale des plus effroyables. De même que l’on n’a presque pas vu de metteurs en scène, puisque ces derniers se sont laissé bouffer par les scénographes.

Avant, c’est le metteur en scène qui avait fini par avoir raison de l’auteur de théâtre, mais, à présent, c’est la mise en scène qui tend à s’effacer et à céder la place à la scénographie.

Cependant, le Théâtre régional de Batna, qui est entré en lice vendredi dernier, a fait la différence grâce à son metteur en scène Ahcène Boubrioua qui nous a donné une sacrée leçon de théâtre, avec la pièce Qadi eddil (le juge de l’ombre), une traduction par Zahra Remidj de l’œuvre éponyme du poète et auteur marocain, Abdellatif Laâbi.

Qadi eddil c’est l’histoire de El Arabi ettaeh (l’Arabe errant), un homme qui n’est plus certain de son avenir car le passé et le tumulte de la vie l’ont rendu amer. Il décide de se rendre dans une ville lointaine à la recherche de qadi eddil, qui tient un stand dans un souk, et qui vend le rire.

Les deux hommes sympathisent et qadi eddil perçoit l’honnêteté d’El Arabi ettaeh, alors, il lui propose de s’associer à lui en créant une fondation pour l’évolution et la purification de la langue. La pièce nous plonge dans un souk où tout se vend et s’achète, même le rire.

Le propos de qadi eddil réside dans la nuance entre le sourire et le rire. En fait, l’homme peut rire de ses joies, de ses malheurs et de ceux des autres ; mais le sourire est généralement suscité par une émotion vraie, par un sentiment d’humanité, par un trop plein d’amour.

Par contre, le souk dans lequel évoluent les protagonistes est un microcosme social, représentatif des différents courants politiques : démocrates, islamistes et féministes. Et comme la misère est le drame de l’homme, l’arrivisme et le système régissent en maître auprès de la population.

Qadi Eddil est une fable, mais avec un soubassement politique. Anonymes, les personnages et le lieu sont représentatifs du désordre qui règne dans nos villes du Grand-Maghreb.

Non dépourvue de poésie, la pièce s’intéresse au choc des idées, s’interroge sur le devenir de l’homme face à la dictature, l’oppression et la répression.

Quels sont les mécanismes et les instruments du bonheur lorsqu’on sait que l’être humain est gourmand par instinct, éternellement insatisfait et continuellement en quête de sensations fortes ? Où est passée son humanité face au pouvoir de l’argent ?

D’autre part, les 16 comédiens ont incarné une trentaine de personnages et se sont surpassés, surtout dans leur jeu burlesque et cette distance qu’ils installaient entre les mots et l’action. Le comédien Ali Djabara, qui a campé le rôle de qadi eddil a trop souvent bafouillé et a eu beaucoup de mal à se concentrer.

De son côté, Samir Oudjit, qui a incarné le personnage de El Arabi ettaeh, a maîtrisé la première partie de son rôle avec brio, en apportant des variations au niveau du jeu et de la voix. En réalité, la pièce est trop longue puisqu’elle dure deux heures ; du coup, les comédiens n’ont pas tenu le rythme et ce dernier leur a échappé.

C’est comme au football en fait, si le joueur n’a pas la bonne condition physique pour courir 90 minutes, alors il cède. Les comédiens ont parfois échappé au metteur en scène, tout comme le texte d’ailleurs.

Notons également que Qadi Eddil est une pièce populaire qui puise dans le patrimoine oral maghrébin, entre autres grâce à l’utilisation du chant à travers les trois aveugles qui déclament de la poésie populaire.

Après ce cours magistral du beau et de ses différentes notions, le pas vers l’horreur a été franchi, samedi dernier, à travers la représentation de Allet el ghela de la compagnie Iqbal d’Annaba.

Mise en scène par Kamel Rouini et incarnée par ce dernier, ainsi que Toufik Mimiche, la pièce de 45 minutes relate l’histoire de deux hommes qui assistent à l’enterrement d’un de leurs proches. Ils croient qu’ils vont toucher un héritage et commencent à conspirer…

Allet el ghela est d’une morale abominable car elle s’inscrit dans un genre de théâtre très répandu de nos jours et pas du tout constructif : le théâtre du discours qui donne des leçons. De plus, techniquement, la pièce est un ratage.

Bien que tous deux soient des comédiens professionnels, ils n’ont pas su porter leur voix, et les spectateurs qui étaient assis aux balcons n’entendaient presque rien de ce qui se disait.

Ajouter à cela, le grand problème d’articulation, la mise en scène tirée par les cheveux, la mauvaise occupation de l’espace (les comédiens ont évolué dans un triangle), les déplacements inopinés et les comédiens qui haussent le ton sans que l’action et le jeu ne suivent.

La question existentielle qui s’est emparée de nous : que fait cette pièce en compétition ?

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