L’état des salles sombres, un sérieux écueil à la relance du cinéma

mercredi 9 novembre 2016 à 15:56
Source de l'article : Www.aps.dz

ALGER – Fermées ou détournées de leur vocation, les salles de cinéma que compte Alger se sont vu, au fil des années, réduites à des espaces de projection de films en DVD, de diffusion de matchs de football, quand elles ne servent pas à accueillir de petites cérémonies et autres spectacles pour enfants.

Vétustes ou carrément fermées, elles sont pourtant une trentaine, ces salles de cinéma à Alger que les professionnels jugent « potentiellement récupérables ».

« El Hilal » (ex Le triomphe) « El Hayet » (ex Midi-Minuit) ou encore « Chihab » (Olympia), toutes situées sur les grandes artères algéroises, accusent un état de délabrement avancé et ne survivent que grâce à la projection de DVD.                                                       

Le quartier populaire le plus célèbre d’Alger, Bab el Oued, affiche le    constat le plus accablant avec des salles exposées à l’usure du temps, comme « Le Maghreb » (ex Marignan) ou « Le Variété », dans un quartier qui comptait onze salles à lui seul.

Bien que restaurées par la commune d’Alger-centre, les salles comme « Echabbab » (ex Casino), « L’Algeria », « Et’Takafa »(ABC) et « El Khayam », « Le Débussy » anciennement, se limitent à la projection de DVD, quelquefois à présenter des spectacles pour enfants, alors que la salle « Afrique » (Sidi M’hammed), dont l’ouverture après réfection était prévue pour juin 2012, reste toujours fermée.

Le président de l’APC, Naceredine Zinasseni, dit attendre un « distributeur sérieux pour son exploitation » tout en estimant « impérative » la collaboration des communes avec des professionnels du cinéma, dans la gestion des salles. A Kouba, El Harrach ou Bab El Oued, des salles de cinéma ont été, tout simplement, transformées en locaux administratifs ou en de dépôts pour les archives.

Refusant de céder devant cette situation de fait, les quelques distributeurs ou organisateurs d’événements cinématographiques sont, eux, contraints de se rabattent sur les salles conçues pour le spectacle.

Il en est ainsi de la salle Ibn Khaldoun qui abrite depuis plus d’une année les sorties du cinéma mondial, alors que la salle El Mouggar accueille les deux seuls événements cinématographiques de la capitale, le Festival international du cinéma d’Alger (Fica) et les Journées cinématographiques d’Alger (Jca).

Multiplexes et/ou réhabilitation comme solution

L’Algérie comptait 432 salles de cinéma, en 1962. A cette époque, il se vendait annuellement « 30 millions de tickets pour une population de 9 millions d’habitants », rappelle Boukhalfa Amazit, scénariste et ancien membre du Fdatic (Fonds de développement de l’art, de la technique et de l’industrie du cinéma.

Mais, depuis les années 1980, la gestion des salles relève des collectivités locales dont plusieurs APC en ont cédé l’exploitation au privé.

Ce premier acte qui a signé le détournement des salles de cinéma de leur vocation, s’est aggravé par la désertion des cinéphiles, durant les années de terrorisme et le tarissement des recettes: un processus qu’incriminent les professionnels du cinéma, indignés de la détérioration « accélérée » des salles sombres.

Avec juste quelque 80 salles opérationnelles, le « principal handicap » à la distribution et à la « relance » de la production de films, aujourd’hui, reste l’ « absence de salles et un équipement de projection dépassé », s’accordent à dire ces professionnels.

L’actuel parc de salles étant « obsolète », certains professionnels dont le distributeur Malik Ali Yahia et le critique Ahmed Bedjaoui, plaident depuis plus d’une décennie pour l’option « multiplexes » et des salles mises aux « normes internationales ».

Cet avis est partagé par des nombreux cinéastes pour qui l’existence de ces infrastructures pourrait « contribuer à relancer la culture du cinéma » en Algérie » et au retour du public dans les salles, grâce à des conditions d’accueil et de projection optimales.

Boukhalfa Amazit qui défend une vision plus globale est d’avis que la réhabilitation et l’exploitation des salles devrait « aller de pair » avec l’ouverture de multiplexes et de « salles de proximité dans les nouvelles cités », en partenariat avec le secteur privé.

Cependant, l’implication du privé ne peut réussir, selon lui, qu’une fois que les pouvoirs publics auront « prouvé » que la culture est un créneau « rentable », en encourageant, entre autres, exploitants de salles et distributeurs de films à s’installer à travers des appels d’offre et des cahiers de charge « stricts », insiste-t-il.

Le ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi, avait annoncé en septembre dernier un « plan d’aménagement des salles de cinéma » qui devraient être gérées à l’avenir par l’Office national de la culture et de l’information (Onci), a-t-il dit sans plus de détails sur le contenu de ce pla n et les salles concernées.

Des élus de communes, dont Alger-Centre et Sidi Mhammed, qui ont engagé des budgets « considérables » dans la réhabilitation des salles, ainsi qu’il l’affirment, préfèrent, « conserver » la gestion des salles réhabilitées et les « exploiter en partenariat avec des professionnels » du cinéma, proposent-ils.

Pour leur part, des gestionnaires privés -dont certains en charge de ces salles depuis près de 30 ans- privilégient la « collaboration avec des distributeurs », afin de sauver de la déshérence, assurent-ils, des salles de cinéma qui n’ont désormais d’existence que par le souvenir qu’entretiennent les cinéphiles de plus de cinquante ans.

Le cinéma « L’Afrique », toujours fermée quatre ans après sa réhabilitation (ENCADRE)

ALGER– Inaugurée en 2012 après une opération de restauration et de mise à niveau qui aura coûté la bagatelle de 170 millions de dinars, la salle de cinéma « L’Afrique », à Alger, est toujours fermée au public.

D’une capacité de 1500 places, sa rénovation visait à encourager la la production d’un cinéma local et à inciter les cinéphiles algérois à renouer avec les salles sombres après de nombreuses années de rupture.

Depuis son inauguration, les portes de cette salles sont restées fermées en raison de l’absence de distributeurs et d’entreprises spécialisées pour son exploitation, explique le président de l’APC de Sidi M’hamed, Naceredine Zinasseni qui confie « manquer » des moyens humains, techniques et financiers « nécessaires » à son exploitation.

Le souhait de Naceredine Zinasseni est de « tro uver un terrain d’entente avec des professionnels » pour l’exploitation « effective » de la salle, afin que ce « joyau », dit-il, ne soit pas un espace voué aux petits spectacles pour enfants ou à la projection de vieux DVD.

En 2012, le dramaturge et metteur en scène de théâtre, Slimane Benaïssa, avait proposé, un programme d’exploitation de « L’Afrique » avec, essentiellement, des spectacles de théâtre et de danse, et des concerts de musique.

Il affirme que la proposition est restée à ce jour sans réponse et qu’il avait été contraint, au final, d’ « abandonner le projet », ainsi qu’il l’a confié.

Propriété de la même commune d’Alger depuis 2008 en vertu du programme de réappropriation des salles de cinéma, « L’Ouarsenis » (ex Le Français), dont le début des travaux de réhabilitation étaient annoncés pour 2011, est également fermée, offrant aux passants du quartier une façade des plus désolantes.

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