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Ahmed Atef,réalisateur Egyptien,”Je crois fortement au cinéma engagé”

Ahmed Atef,réalisateur Egyptien,Je crois fortement au cinéma engagé

Il est critique de cinéma à Al Ahram, un des plus grands quotidiens égyptiens.Après avoir accompli ses études en Egypte, France, Allemagne, Espagne et Etats-Unis, Ahmed Atef entame sa carrière comme réalisateur de documentaires; il en a fait huit sur la dure réalité de la vie en Egypte avec courage et audace, suivis de trois longs métrages: Omar, How to let girls love you, Al Ghaba produits par sa propre société, Egypte Films… Il vient de réaliser un film sur le guerre en Syrie. Bab al charki (la porte de l’Est), un film bouleversant et inédit sur la lutte intestine qui secoue la société syrienne entre pro et opposants de Bachar El Assad. Première sortie mondiale, Ahmed Atef l’a présenté récemment à la 23e édition du Fespaco. Il nous en parle.

L’Expression: Pourquoi un film sur la guerre en Syrie fait par un cinéaste égyptien?

Ahmed Atef: Un an après, je n’ai trouvé aucun cinéaste qui a fait un film sur la révolution syrienne malgré ce qui s’est passé, alors que la Syrie, c’est aussi l’un des grands centres de l’audiovisuel, au Moyen-Orient et dans le monde arabe. Ils produisent pas moins d’une centaine de séries télé, ils ont de bons cinéastes. Pour moi, la guerre en Syrie est différente des autres révolutions arabes, c’est un signe du silence du conscient collectif. C’est comme des comédies musicales où il y a en arrière-fond des assassinats quotidiennement, qu’on n’arrive pas arrêter. Après la Seconde Guerre mondiale, on est censé ne pas laisser les choses, continuer comme ça. Chaque jour, on se retrouve avec 300 morts tout âge confondu. Moi je crois à la force et au pouvoir de l’image qui peut être au devant de la machine de la mort. On a vu que qu’en Egypte, les images sur la révolution ont circulé en vidéo et ont joué un rôle majeur. Les gens ont pu s’entraîner, casser le mur de la peur et se réunir loin de la police pour faire leur révolution avant de sortir dans la rue. Avec tous les massacres qui se produisent en Syrie on devrait faire des films et en parler, ne pas arrêter de crier, car c’est notre seule façon puissante pour répondre à ce silence pénible des politiciens qui se réunissent, en vain. Chacun pèse ses intérêts avant tout. Nous avons fait ce long métrage de notre poche. Imaginez, personne n’en a payé un sou. Ce n’est pas un film qui a coûté beaucoup, mais qui a coûté quand même. J’ai eu la chance de voir ces deux acteurs qui sont des jumeaux, les frères Malas, dont le père est un grand réalisateur syrien. Ce sont eux qui m’ont orienté pour montrer une partie de l’enfer qu’ils vivent déjà. Des filles là-bas sont obligées de se marier pour des sommes qui ne dépassent pas les 500 dollars pour que leur famille vive, de vraies tragédies. Ce film a été tourné en dix jours seulement. Il est sorti grâce à Dieu. Je n’ai pas voulu attendre pour essayer ma chance de passer dans de grands festivals comme Cannes. L’intérêt du film était de le faire sortir maintenant. Bien sûr que je fais ma carrière comme tous les cinéastes, mais si j’attends, le film perdra de son influence voulu. Car l’art se doit de faire bouger les âmes et pousser à sortir de la stagnation. Un des maux des médias est qu’ils fassent des statut quo de ce qui se passe. Tu acceptes ce que tu regardes, mais l’art transmet de l’émotion. On a utilisé des images d’archives mais inédites. Les Syriens ont une vraie banque d’images de leur révolution. Il y a des choses qu’on ne peut passer tant il y a trop de cruauté. On n’est pas censé être créés sur Terre pour devenir des fantômes ou des monstres. Moi je crois en 2013 au cinéma engagé. C’est facile de penser au style. J’ai commencé comme tout le monde à vouloir plaire à l’Occident, aux festivals, mais aujourd’hui je crois plus que jamais au rôle et à la mission du cinéma. Si le cinéma n’a pas de rôle, ça deviendra un plaisir intellectuel ou une drogue sentimentale comme c’est le cas aussi en Egypte. Le cinéma engagé ou rebelle appelez- le comme vous voulez, sert à réveiller les consciences…

Le film est-il passé au Caire?

Il y est passé il y a une quinzaine de jours. Le film a fait bouger un peu les choses. J’ai déjà fait en 2009 un film sur les enfants de la rue qui a eu un Prix ici, au Fespaco, et quand ce dernier avait été présenté en Egypte, il y a eu des groupes de jeunes bénévoles, pour la question des enfants de rue, qui ont été créés. C’est ça le Prix, et le meilleur cadeau qu’un film peut bien me faire

Peut-on dire que les jumeaux représentent les deux facettes de la Syrie, les opposants contre les pro-Bachar El Assad? Pourquoi les avoir emmenés en Egypte?

Tout d’abord, j’ai eu l’idée de faire ce film quand j’ai rencontré ces jeunes-là. Je cois beaucoup à Shakespeare et à la mythologie. La meilleure façon de montrer deux points de vue est de les faire entre deux frères. Qui plus est sont des jumeaux. Après, il faut approfondir les deux protagonistes. Je crois aussi beaucoup au drame des familles. Le film porte effectivement un point de vue très fort, celui des partisans de Bachar El Assad, à travers l’un des frères envoyé en Egypte. C’était bien de montrer leurs arguments pour mettre les deux arguments l’un en face de l’autre, pour ne pas faire un film patriotique jusqu’au bout, mais pour créer cet esprit d’analyse et de recherche de compréhension. Pourquoi les actions se sont-elles passées en Egypte? C’est simple, car c’était impossible de filmer en Syrie. On rigolait pendant le tournage en se disant que peut-être Bachar va nous envoyer des émissaires pour nous tuer. Mais quand on fait pareil film, on cesse de réfléchir. Dès que tu prends la décision de sortir des sous de ta poche pour faire le film et que tu dépenses plus de 150.000 euros pour faire un long métrage de fiction, tu dépasses tous les intérêt financiers car tu crois à ça. Il pourrait y avoir des chaînes télé qui pourraient acheter le film, or il y a des télés arabes qui attendent le sort de Bachar. Ils ne vont pas acheter le film maintenant parce qu’il est encore au pouvoir, donc c’est risqué d’un point de vue commercial, mais quand on s’est lancé dans le film on s’est dit on va le faire!

Pourquoi l’avoir tué dans le film?

C’est la moindre des choses. Artistiquement cela renvoie à la justice poétique et humainement cela correspond au rêve des Syriens qui veulent au moins le montrer sur écran. Un des grands rôle de l’art, c’est le catharsis. Un film sur l’assassinat de Bachar va immédiatement attirer beaucoup d’attention et servira comme catalyseur pour réveiller les consciences pour aller vers cette scène-là. Je crois en la vocation de l’art dans son temps. C’est sûr que je ne fais pas de l’art pour le plaisir intellectuel ou comme disent certains artistes pour mon plaisir personnel. Ça c’est l’égoïsme parfait, le macho artistique. Bien sûr, il y a un plaisir à en tirer, mais il ne faut pas le glorifier ou l’afficher..

L’idée de faire sentir les peines des autres, c’est un des buts du cinéma..

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