Projection de enquête au paradis de Merzak Allouache au FIOFA: La femme, l’extrémisme et l’Algérie

mardi 1 août 2017 à 9:53
Source de l'article : Lexpressiondz.com

«Je m’engage à donner gratuitement mon film à n’importe quelle télé algérienne pour le diffuser si elle le demande», dira le réalisateur pendant le débat.

Parler du rapport entre l’endoctrinement religieux via le Net et la violence faite aux femmes de façon sous-jacente est le propos du docu-fiction de Merzak Allouache présenté en avant-première algérienne dimanche dernier à la cinémathèque d’Oran dans le cadre de la 10e édition du festival international d’Oran du film arabe. Une projection qui avait deux heures de retard.

A côté, c’est la Syrie avec un long métrage de la trilogie de Bassel El Khatib qui a clôturé la série des fictions en compétition. Un film encore mélodramatique sur les affres de la guerre, avec Daesh et les violences que subissent les civils, y compris, vieux, femmes et enfants.

Revenant à Merzak Allouache et pour ce faire, il a pris la comédienne Salima Abada comme reporter pour aller enquêter et interroger différentes personnes sur leur définition du paradis. Parmi elles des intellectuels, ancien salafiste, militant politique, des jeunes rappeurs, des jeunes dans la rue, mais encore un cheikh de zaouïa à Timimoune ou féministe.

On citera pêle-mêle Kamel Daoud, Beyouna, Samia Zenadi, l’artiste Linda Boughrera, l’écrivaine Maïssa Bey, Kader Afak entre autres. Mais il essuiera un total refus de la part du cheikh Chemseddine, Hamadache et le ministère de l’éducation qui, après avoir accepté, s’est rétracté.

Comment voit tout ce beau monde le paradis? tout porte à croire que son image des plus fantasmées est davantage accentuée par les prêches des islamistes et salafistes qui promettent 72 vierges à l’homme une fois arrivé au paradis, pour compenser les filles qu’il n’a pas eues ou qu’il n’aura pas sur terre.

Ce qui est édifiant parmi les propos de certains jeunes, y compris rappeurs, est que l’origine des problèmes qu’ils rencontrent semble avoir comme source la femme! Les croyances teintées de religiosité de certains intervenants sont en plus d’être absurdes, «tragiques» comme dira Kamel Daoud qui résumera bien dans son intervention la triple équation entre le wahhabisme, l’argent et la puissance de chaînes télé qui véhiculent ce genre de discours islamiste et qui à la longue a inoculé une espèce de «cancer» au sein de ces sociétés arabes dites musulmanes.

Résultat: au lieu de se surpasser dans la vie, pour la vie, beaucoup font tout pour accéder vite à l’au-delà pour jouir enfin de tous les plaisirs terrestres qu’ils s’interdisent et principalement de la femme! Pour la chanteuse Souad Asla, ces prêches qui parlent de ces 72 houris en se focalisant sur la femme est une incitation à la violence. Pour Samia Zenadi l’islam est devenu aujourd’hui un vrai business… «On s’aligne sur le marché de la mondialisation qu’est la religion.»

Pour l’écrivain Boualem Sansal la solution viendrait de la réforme de l’islam. Pour ce psychologue interrogé sur la question, «la foi ne relève plus aujourd’hui de l’esprit, mais de la lettre. Remettre en question ces choses-là c’est heurter la dignité de certaines personnes…» Sans parler seulement de l’extrémisme et son pendant moyenâgeux sur le rapport pervers avec la femme, le réalisateur, qui a tourné en à peine 10 jours son film, en étant son propre producteur, souligne en filigrane la complexité tacite et le silence complice du pouvoir qui ne veut pas trop changer les donnes.

Aussi, pour décoder les signes alarmants de cette montée en puissance de la violence en Algérie, et ce malgré la décennie noire, Merzak Allouache prendra le soin de montrer que le livre Mein Kampf importé de Jordanie se vend comme des petits pains aujourd’hui au Sila tout en rappelant à notre mémoire l’écrivain et journaliste Tahar Djaout assassiné par les islamistes en mai 1993.

Cette scène qui constitue un hommage est soulignée lorsque la journaliste dans le film, alias Nedjma, accompagne sa mère pour se recueillir sur la tombe de Djaout. Aussi, le côté fictionnel va s’appuyer sur la réalité pour rappeler certains états de faits bien marquants du contexte actuel comme le cas du décès de Ait Ahmed qui, faut-il le souligner, a refusé d’être enterré aux côtés des officiels pour reposer dans son village natal de Kabylie. Ces piqûres de rappel, font partie de notre contexte actuel dans un pays qui tangue entre des velléités démocratiques et des idées obscurantistes qui continuent à s’enraciner, surtout lorsqu’il s’agit de la femme, en raison de la dégradation sociale du pays, du pouvoir d’achat et la frustration et le manque de culture de nombreux jeunes qui se tourment vers les chaînes du Moyen-Orient.

Notons que son film a été tourné en noir et blanc. Et d’expliquer pendant le débat: «Le titre du documentaire est Enquête au paradis pas sur le paradis, mais au paradis. Et ce paradis c’est l’Algérie où j’ai tourné. C’est évidemment ironique. J’ai tourné une partie dans le désert et je ne voulais pas que les gens se focalisent sur la beauté du Sahara et son côté folklorique…» Est-ce dire que le paradis qui en plus d’être «sous les pieds des mères» se trouve plutôt sur terre, ici et maintenant? En tout cas si le réalisateur souligne dans le débat qu’il n’est pas d’accord avec tout ce qui s’est dit dans son film et que son travail s’est fait au montage sans «prendre position» précise-t-il, là, on a envie aussi de sourire comme dans la dernière séquence du film.

Courageux et nécessaire, cependant, ce film de deux heures nous laisse comme sur notre faim. Car si certains voient en lui une menace, les vérités dites dans le film sont tellement importantes qu’elles méritaient d’être dites encore et encore.

En tout cas, évoquant avec le public l’idée de censure de son film, Merzak Allouache s’est engagé à donner gratuitement son film à n’importe quelle télé algérienne pour le diffuser. Wait and see! Pour Salima Abada: «Le problème ce n’est pas l’islam bien sûr, mais l’humain.» Tout est dit.

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