Dieu n’est pas violent !

samedi 8 octobre 2016 à 14:35
Source de l'article : Huffpostmaghreb.com

En abordant les côtes d’Alger la blanche, se dresse, sur un promontoire dominant la baie, la basilique Notre Dame d’Afrique. Massive et élancée dans sa robe ocre couronnée de frises en céramique bleue, l’église révèle un caractère architectural exceptionnel. À l’intérieur de l’édifice, autour de l’abside du choeur est inscrite en lettres capitales, cette invocation singulière :
« Notre Dame d’Afrique priez pour nous et pour les Musulmans ».

À l’instar de sa soeur jumelle, la basilique Notre-Dame-de-la-Garde, « la Bonne Mère » à Marseille, la basilique est consacrée à la Vierge, et, une statue de Marie en bronze présentée sur un piédestal exprime cette vénération mariale. Dans le quartier populaire de Bologhine, la Vierge Noire, que les algériens appellent Madame L’Afrique ou Lalla Meriem, vit à leur à côté depuis 1872. Sa proximité avec le quartier de Bab el Oued, où a été fondé le mouvement du Front Islamique du Salut (FIS), a renforcé les liens entre les algériens et l’église. Ensemble, ils ont fait face à la décennie noire qui a endeuillé l’Algérie.

La restauration récente de la basilique, loin d’effacer les stigmates des heures sombres, reste un symbole de cohabitation religieuse entre les musulmans et les catholiques. Elle est également le patrimoine « d’une histoire commune », où les visiteurs peuvent découvrir, les sept plaques à la mémoire des moines de Tibhirine assassinés en mars 1996.

Depuis deux ans, le père Anselme Kassoum Auguste TARPAGA est le nouveau recteur de la Basilique Notre Dame d’Afrique. Père Blanc du diocèse de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, sa rencontre avec l’Algérie débute en 2002, alors stagiaire-séminariste dans le diocèse de Laghouat-Ghardaïa au sud du pays. À l’occasion de la cérémonie de l’Assomption qui s’est déroulée le 15 août dernier, il pose un regard inquiet sur la montée de l’extrémisme religieux en Europe et dans le monde.

Comment expliquez-vous la fierté des algériens-musulmans devant cet édifice catholique ?

« C’est une journée particulière pour nous chrétiens. La cérémonie de l’Assomption rend grâce à Marie, une femme bénie qui par la grâce de Jésus fils , Mère de Dieu, qu’elle a portée en elle, n’a pas connu la mort, souvent on dit qu’elle est montée au ciel. Marie est celle qui fait le trait d’union entre les musulmans et les catholiques en Algérie. Dans cette église, les musulmans se sentent bien chez eux, bien qu’ils restent de bons musulmans. C’est une grande famille dont l’universalité inclut tout le monde sans discrimination à l’exemple de Marie dont le nom peut se décliner dans toutes les grandes cultures modernes et anciennes. En Algérie, la communauté chrétienne est estimée à 1 % de la population. Pour être honnête, quand certains prétendent que les kabyles sont tous chrétiens, il ne faut pas exagérer ! Ils sont peut-être libres mais tous chrétiens, je ne pense pas ! Nos paroissiens sont surtout des religieux et religieuses qui sont environ une vingtaine de personnes. Les gens montent librement à la messe. Le vendredi matin, nous pouvons atteindre une cinquantaine de personnes, si tout va bien. Cette population de chrétiens est mélangée, il y a certes des algériens, mais aussi des visiteurs qui viennent de partout dans le monde. La basilique est fréquentée par plus de 100.000 visiteurs chaque année. Il s’agit là, vraiment d’une église multiculturelle et multinationale qui est un symbole fort ».

Quel rapport entretenez-vous avec le peuple algérien ?

« J’ai toujours été en mission en Algérie. Je suis arrivé pour la première fois en Algérie en 2002, lorsque j’étais séminariste-stagiaire avant de repartir au Kenya pour terminer mes études. En 2008, j’ai été missionné dans le sud de l’Algérie à Laghouat-Ghardaïa durant trois ans avant de rejoindre le Caire où j’ai pris des cours d’Arabe classique et dialectal. D’un point de vue personnel, la relation avec le peuple algérien est en général bonne. Les Algériens sont comme partout ailleurs, il y a ceux qui peuvent devenir des amis et d’autres pour lesquels c’est plus difficile. Je ne me plains pas. En ce qui concerne la Basilique, nous n’avons pas de problème. Comme on peut le constater, il n’y a pas de police armée autour de l’église pour nous protéger. Les habitants comme les visiteurs sont assis sur les marches, ils se promènent sur le site en toute quiétude. C’est vrai, qu’il y a quelques années c’était très difficile, pas seulement pour l’église d’ailleurs, mais pour tout le peuple algérien. L’église a partagé la condition du peuple. Je ne crois pas qu’on faisait l’exception. Lorsque nous regardons les statistiques, les victimes tuées de mort violente sont plus nombreuses que les chrétiens qui ont été tués… Bien évidemment un prêtre qui est tué, ça fait beaucoup plus de bruit ».

En tant que père blanc, quel regard portez-vous sur l’assassinat du père Jacques Hamel, en l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray ?

« L’attentat en l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, l’imam et son assistant tués dans une fusillade à New York … J’ai le sentiment qu’il y a une flambée de violence qui touche les représentants religieux catholiques et musulmans, malgré le message de paix du pape François.

Pour moi c’est d’abord un sentiment de honte. Aujourd’hui, lorsque nous abordons le sujet de la religion, la première chose qui nous vient à l’esprit, c’est la violence : défendre ses arguments, imposer ses points de vue… Je déplore que les religions donnent cette image aux yeux du monde. En tant qu’homme religieux, j’ai honte que nos religions ne puissent pas présenter de meilleur visage que celui de la violence. En ce qui concerne ces gens qui disent tuer au nom de l’Islam, je trouve dommage que quelques-uns arrivent à prendre en otage toute une religion.

Je viens du Burkina Faso, un pays laïc où les religions ont leur place dans la société. il y a beaucoup de musulmans dans ma famille, dans mon entourage, la question ne se pose pas de vivre ensemble. On mange ensemble, tu donnes ce que tu ne manges pas, tu laisses ce que tu veux laisser pour les autres… Mais actuellement, il y a une idéologie qui prend en otage l’Islam : l’idéologie Salafiste, Wahhabite avec tout ce que cela entraîne. Ces idéologies sont présentes sur les scènes fréquentées par les jeunes : les réseaux sociaux, Internet… Elles sont omniprésentes. Il faut retenir que la violence au nom de la chrétienté ou de l’Islam, d’où qu’elle vienne est à condamner, elle est anti-Dieu, car Dieu, chez les musulmans comme chez les chrétiens, n’est pas violent ».

Avez-vous le sentiment que le modèle sociétal construit autour de l’identité politique ne suffit plus ?

« C’est une question existentielle, l’homme n’est pas que politique, il est aussi religieux, spirituel. Bâtir une société uniquement sur des structures politiques et exclure toute mention de religion, c’est nier à l’homme quelque chose de plus profond qui lui appartient. Si une société mais dans les tiroirs les religions, et ne veut pas que les religions soient étalées, les gens vont trouver d’autres clés pour avoir accès et ce ne sera pas forcément les bonnes. C’est ce que je trouve dommage en Europe ».

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