Entre peur et répulsion: Les Algériens face aux attentats en Europe

mercredi 23 août 2017 à 14:52
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Les attentats qui secouent l’Europe sont suivis de très près en Algérie où la population, les jeunes en particulier, commente inlassablement les événements sur fond d’appréhension : celle de voir les pays de l’autre rive durcir davantage les modalités de délivrance des visas…

Abla Cherif – Alger (Le Soir) – «Et puis il y a surtout cette honte, ce malaise qui nous envahit malgré nous à chaque fois qu’un attentat survient en Occident car ce sont presque toujours des Maghrébins qui en sont à l’origine. Nous savons tous que l’Europe a une grande part de responsabilité dans ce qui se passe mais ce sont les peuples qui en payent les conséquences.» Les commentaires vont bon train ce soir dans cette pizzéria de Aïn-Allah. Le terrible attentat survenu quelques heures plus tôt à Barcelone est au cœur de toutes les conversations. Les clients attablés suivent sans se lasser les flashs d’information diffusés en boucle. «Mehdi ne viendra pas cette année», grommelle le garçon chargé de préparer les pizzas.

Debout au comptoir, un jeune qui semble bien le connaître attend la suite. «Il craint de ne pouvoir repartir, ses papiers ne sont toujours pas en règle, il a raison, la situation va se corser pour nous. Vous pensez qu’ils vont faire dans la différence entre Algériens et Marocains ?» Sur place, chacun y va de son analyse. Les plus pessimistes prédisent des temps sombres à la communauté maghrébine établie en Espagne. Des informations diffusées à ce moment par des médias étrangers confortent leur sentiment: dans certaines zones, des extrémistes espagnols mènent une opération de représailles contre la communauté marocaine. Les amis du fameux Mehdi décident de joindre ce dernier. La réponse se fait par message : «Tout Barcelone est en état de choc, on essaye de passer inaperçus, mais les Marocains sont très mal vus, certaines auberges ont carrément mis des jeunes dehors, les malheureux avaient payé pour une semaine.»

Les discussions s’emballent, certains tirent à boulets rouges sur ces États d’Europe qui ont abrité de longues années les chefs terroristes et leur famille «et qui s’étonnent à présent des conséquences».
D’autres évoquent les menaces de Daesh contre les pays de la coalition. D’autres encore remercient le Seigneur que l’Algérie soit épargnée par de «telles horreurs».
Ce soir à Alger, il règne aussi une atmosphère particulière. Les chaînes câblées vers lesquelles sont tournés les Algériens diffusent sans cesse des images de blessés.

Les round-up dressent des tableaux effarants de la situation qui prévaut en Occident. L’Espagne, la France, puis la Finlande, Sydney en Australie… Les familles d’immigrés ont peur. «Mon fils et sa famille sont en Norvège, il n’y a rien eu là-bas, fort heureusement, mais je ne peux pas m’empêcher de l’appeler à chaque fois qu’un événement survient ailleurs, il ne fait pas bon vivre en Europe actuellement, surtout pour les Maghrébins.» Des familles algériennes installées en France, et avec lesquelles nous nous sommes entretenu, avouent «flipper» ces derniers temps. «Les terroristes peuvent frapper à n’importe quel moment, c’est la saison estivale, ils veulent faire des coups d’éclat.

On a peur. Des voitures folles foncent à n’importe quel moment dans la rue, les places publiques ou les restaurants, c’est la psychose. Ma fille et moi sommes installées à Marseille, je suis divorcée. Mon ex-mari devait offrir un séjour en Espagne à la petite, vous vous imaginez. Il nous a alors proposé la Tunisie mais le pays est trop instable, on ne sait pas ce qui peut se produire. Depuis, j’ai décidé de rentrer à Alger passer mes vacances, on y est plus en sécurité, n’est-ce pas ?»

Une semaine après son arrivée à Alger, Malia apprend qu’une terrible attaque s’est produite à Marseille. Lundi matin, une voiture a foncé sur deux abribus tuant une femme de 42 ans et blessant une autre. La police a appelé les citoyens à éviter de se rendre au vieux port.
La nouvelle met toute la famille en émoi. La mère de Malia fond en larmes et supplie sa fille de rentrer définitivement en Algérie…
A. C.

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