Dimanche 17 juillet à 12:53
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Risque de l’insolvabilité américaine, crise de l’endettement des Etats et incertitudes de l’économie mondiale

Risque de l’insolvabilité américaine, crise de l’endettement des Etats et incertitudes de l’économie mondiale

La crise de l’endettement des Etats largement évoqué au niveau mondial en ce mois de juillet 2011, et notamment le risque de l‘insolvabilité de l’économie américaine première puissance économique mondiale, pose la problématique de l’urgence d’une nouvelle régulation de l’économie mondiale.

Ce risque d’insolvabilité, combiné avec l’actuelle crise européenne serait catastrophique pour l’économie mondiale et entrainerait une récession généralisée pire que celle d ‘octobre 2008. Car, la reprise économique mondiale est en cours, mais elle est encore fragile. On ne peut pas exclure l’hypothèse d’une rechute dans les prochaines années, s’il advenait que la dépense publique se ralentisse et que la croissance ne soit pas reprise par l’entreprise privée, et ce à mesure de l’atténuation de l’impact des mesures de relance budgétaires et monétaires sur la croissance. Comme il ya aura lieu de tenir compte de la nouvelle reconfiguration géo stratégique mondiale horizon 2015/2020, avec un “reformatage” qui modifiera certainement le peloton de tête du développement économique, tout comme le modèle de comportement dans la sphère économique avec le défi environnementale et les modes de fonctionnement des marchés économiques.

1- Risque de conjonction de bulles financières et de bulles budgétaires

Souvent l’on ne différencie pas exactement ente le déficit budgétaire (flux) de la dette publique (stock), le déficit budgétaire étant la situation dans laquelle les recettes du budget de l’État sont inférieures aux dépenses, donnant un solde négatif et pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter.

La dette de l’État se définit quant à elle comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont l’encours (montant total des emprunts) résulte de l’accumulation des déficits de l’État. Aussi, elle ne doit pas être confondue avec la dette extérieure, (là aussi à ne pas confondre le principal qui est un stock avec le service de la dette qui est un flux), constituée de l’ensemble des engagements des agents économiques d’un pays (particuliers, entreprises..), et non seulement de l’État, vis-à-vis de prêteurs étrangers. Ces deux données, bien que différentes, sont liées : le flux du déficit budgétaire vient alimenter l’encours de dette, qui en retour agit sur le niveau de déficit par l’augmentation des intérêts versés, qui sont une charge (dépense) budgétaire, la succession des déficits favorisant l’apparition de nouveaux déficits.

En effet, le gonflement de la dette provoque un effet “boule de neige” selon un processus auto-entretenu, la charge d’intérêt qu’elle produit conduisant à augmenter le déficit et donc à accroître encore l’endettement de l’État et la charge des intérêts. Dans ce cadre, pour le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke l’augmentation de la dette américaine contribue à faire monter les taux d’intérêt à long terme et qu’il est temps de commencer à travailler aux moyens permettant de réduire les déficits, je le cite : « l ‘Etat américain, confronté à un important déséquilibre budgétaire, ne pourra pas poursuivre indéfiniment son soutien à l’économie. Il n’est ni possible ni souhaitable que les dépenses fédérales se maintiennent à un niveau aussi élevé ». Mais cela n’est pas propre aux USA comme en témoigne l’explosion des déficits budgétaires pour l’ensemble des pays européens sans compter les déficits des pays émergents. La reprise permettra t- elle d’absorber cette importante injection monétaire sans précédent dans l’histoire du capitalisme comme le postule la théorie keynésienne raisonnant au sein de structures élastiques et d’Etats Nations (relance de la demande globale, consommation et investissement) et le blocage n’est –il pas mondial (fait nouveau -interdépendance des économies), donc d’ordre structurel ?

La solution ne pouvant qu’être globale et le risque n’est-il pas de s’orienter vers une hyperinflation à la Weimar à l’échelle planétaire, mais fait nouveau, conséquence à la fois de la combinaison cette fois de bulles financières et de bulles budgétaires ? Analyse rejointe par Jacques Attali pour qui le danger d’une hyperinflation semblable à celle de l’Allemagne en 1923 est réel. Je cite Jacques Attali : «depuis que le système de réserve fédérale (la FED) a perdu, en 1971, l’étalon de change-or, la garantie de l’Etat et tous les engagements relatifs à la masse monétaire qui leur sont liés, ses propriétaires privés ont vu la masse monétaire se multiplier par quarante en 30 ans seulement – alors que la croissance des biens n’était que de quatre fois. Le scénario du pire est vraisemblable, celui d’une grave dépression et d’une inflation importante.

2- Risque d’amplification de la crise mondiale par l’endettement public des États

Selon le site international Wikipedia, en 2011, la dette publique US dépasse les 14 000 milliards de dollars, soit plus de 95% du PIB, étant supportée par des créanciers principalement japonais, chinois, européens et arabes. Cependant, les 7 000 milliards de dollars de placements américains dans le monde reçoivent plus de dividendes de leurs investissements à l’étranger que le pays ne paie d’intérêts sur leurs dettes, les avoirs américains à l’extérieur étant essentiellement composés d’actions alors que les créances étrangères correspondent à des titres obligatoires sur le Trésor américain.

La différence de rendement entre des actions et des obligations explique que les États-Unis restent, en dépit de leurs déficits, des investisseurs bénéficiaires. [Pour l’Europe, à l’occasion de son séminaire européen qui s’est tenu à Namur (Belgique) du 22 au 24 mai 2010, pour l’organisation CADTM, la dette publique européenne serait passée de 7300 à 8 700 milliards d’euros entre 2007 et 2009. Le bloc des cinq pays jugés fragiles de la zone euro – Portugal, Irlande, Grèce, Espagne, Italie – souffre de difficultés financières aigües. Quant au G7 pour CMA DataVision, au 31 décembre 2009, il totalise 30.000 milliards de dollars de dette publique depuis la crise. Des déficits qui commencent à inquiéter les marchés, des marchés nerveux, inquiets de la situation excessive de l’endettement public de certains pays Au-delà de la question économique, le dossier est devenu, avec le sauvetage en urgence d’Athènes, un enjeu politique majeur de la gouvernance et un danger pour la cohésion tant européenne que mondiale. Selon les statistiques données par le journal « Frankfurter Allgemeine début mai 2010, le ratio actifs / retraités est en forte baisse dans les pays industrialisés et si rien n’est fait, (supposant le retour à une croissance solide), au Japon, la dette publique représentera 300% du PIB en 2020, 200% au Royaume Uni, 150% en France, et pour des pays comme la Belgique, l’ Irlande, la Grèce, l’Italie et pour les Etats-Unis atteindrait 500% du PIB en 2040. A court terme, pour l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) dans son rapport de mars 2010, les trente pays les plus avancés du globe verront leur dette grimper jusqu’à 100 % de leur richesse produite en 2010, signalant le quasi-doublement de leur endettement en vingt ans, passant d’une crise des banques à une crise de l’endettement des Etats. Pourtant à la différence de bon nombre de pays, les USA peuvent monétiser leur dette faire tourner la planche à billets du fait du dollar comme monnaie internationale représentant 60% des transactions mondiales en 2010 contre 27% pour l’euro, expliquant les réticences à réformer le système monétaire international.

Alors que la BCE voit cette possibilité interdite par ses statuts, encore que la dernière réunion du 11 mai 2010 consacrée à la dette grecque permet à la BCE d’acheter la dette publique dans la zone euro, une initiative sans précédent qui marque un revirement de la stratégie de la Banque centrale européenne, jusqu’alors opposée à une telle mesure. Pour toute comparaison fiable , il faut relativiser en ramenant d’abord le PIB sur la population totale , le produit intérieur global de l’Europe étant de plus de 17.000 milliards de dollars moyenne 2009/2010 en 2010 contre 14.300 aux USA et qu’un taux de croissance se calcule à prix constants par rapport à la période antérieure donnant un taux de croissance faible si le taux de croissance antérieur était faible devant raisonner à prix constants et d’introduire un indicateur beaucoup plus fiable que le PIB , qui est l’indice du développement humain (IRH). D’où l’importance d’éviter le mythe, du moins à court terme que la résolution de la crise mondiale proviendrait de la Chine, en étant conscient d’un bouleversement géostratégique horizon 2015/2020, des pays émergents ( Brésil, Chine, Inde Russie ) qui ont misé sur la maitrise de la connaissance pilier du développement du XXIème siècle, avec une meilleure gouvernance.

Certes, la Chine est devenue depuis fin juillet 2010 la deuxième puissance économique mondiale dépassant de peu le Japon confronté à un nouveau ralentissement de sa croissance, alors qu’en 2005 le PIB chinois était équivalent à la moitié, seulement, de celui du Japon. Mais attention aux illusions de court terme, le PIB par tête d’habitant qui avec 3 600 dollars (2 800 euros) en janvier 2010, représente moins de 10% de celui des Américains avec 46 000 dollars (36000 euros) et l’indice du développement humain donne encore un écart plus important. La Chine a un marché intérieur potentiellement important mais réellement encore limité avec un taux de croissance tiré par la dépense publique dépendante fortement pour ses exportations d’une reprise économique de l’Europe et des USA. Donc, tout dépendra à l’avenir de l’évolution du pouvoir d’achat (extension de la demande solvable) fonction de l’extension des couches moyenne.

3- Stratégie américano- chinoise face à la cotation du dollar

Outre les rivalités sino-américaines pour le contrôle des matières premières notamment en Afrique, sans parler de l’Europe, la cotation du dollar influe effectivement sur le pouvoir d’achat des exportations chinoises libellées en dollars. En effet, la cotation du dollar par rapport à l’euro malgré une légère appréciation, cette politique de dépréciation du dollar correspondant à une politique volontaire de baisse du dollar afin d’essayer de réduire le déficit commercial et de limiter la valeur réelle des USA de leur endettement mondial libellé en dollars.

Une forte remontée du dollar face aux principales monnaies mondiales, supposerait une forte hausse des taux d’intérêts de la Fed et une baisse de la création monétaire, en contradiction avec le programme du nouveau président US dans la mesure où toute appréciation aurait pour conséquence le frein du marché immobilier (crédits inabordables du fait d’une hausse des intérêts sur les ménages endettés à taux variables), la consommation américaine pouvant être freinée avec le risque d’accélération des faillites des entreprises.

Cependant au vu des perspectives tant de l’économie mondiale que de l’économie américaine, il est attendu que la Fed relève dans un proche avenir son taux d’escompte mais d’une manière graduelle comme cela a été le cas récent pour la Banque centrale européenne. Cette politique monétaire des USA est intiment lié au fonctionnement actuel du système monétaire international. Selon Hélène Rey professeur à la London Business School dans une contribution aux échos parisien le 22 mai 2009, avant 1971, date à laquelle ou existait une relations directe entre la parité du dollar et le stock d’or (parité fixe contenu dans les accords de Breeton Woods) cette parité ayant été remplacée par des taux de change flexible par la suite.

L’endettement net extérieur a été la résultante des déficits de la balance commerciale américaine accumulés depuis les années 1980. Pour cet auteur, je la cite : « les Etats-Unis d’avant la crise ressemblent à une banque d’investissement qui se finance massivement en émettant de la dette et investit de façon colossale en actifs risques étrangers (stocks, investissements directs).

Justement, concernant les bons de trésor, face à cette situation, la Fed américaine pourrait envisager d’accroître sa capacité d’échange de bons du Trésor contre des produits obligataires dépréciés et ce afin de trouver les fonds nécessaires pour continuer de nettoyer le bilan des établissements financiers des actifs “toxiques”. Néanmoins, selon Philippe Béchade, membre de la fondation Agora et spécialiste des marchés, “plus la Fed engrange des positions de moindre qualité (même si elle s’en défend), plus l’avantage des T-Bonds – en termes de sécurité – se réduit par rapport aux emprunts émis par des entreprises disposant d’un bon matelas de cash et de revenus récurrents”. Le risque n’est-il pas une nouvelle bulle qui risque de toucher les bons du Trésor US ?

Ainsi, les investisseurs qui cherchent refuge dans les bons du Trésor US pour se prémunir des risques, ne feront qu’accélérer le transfert du bilan des banques du secteur privé vers celui du prêteur en dernier ressort avec l’accélération du déficit budgétaire. Ce qui se répercutera sur le dollar dans la mesure où la création monétaire ex-nihilo et la baisse de la qualité de la devise se traduit par une baisse simultanée de la rémunération, les placements dans les bons du Trésor US s’apparentant à épargner plus pour gagner moins. Dès lors du fait du manque de confiance, l’on pourrait assister à une chute du dollar américain qui entraînera une vente massive des bons du Trésor US.

Aussi je suis sceptique pour les 80% des réserves de change algérien placées à l’étranger dont 45% en bons de trésor américain et 45% en euros quant aux déclarations du gouverneur de la Banque d’Algérie, lequel affirme que le rendement de ces réserves est de l’ordre de plus de 4%, ramenant presque 5 milliards de dollars d’intérêts par an. Avec le taux d’inflation et le faible taux d’intérêt de la FED mais également de la banque centrale européenne le rendement est bien en deçà. Quant à la part chinoise, elle représente environ 45 % de la dette totale externe des Etats-Unis, étant concentrés surtout au niveau de la banque centrale de Chine. Courant 2010, sur 2450 milliards de dollars de réserves de change chinois une grande partie est libellée en dollars.

Le fin août 2010, la Chine détenait un total de 868,4 milliards de dollars de bons du Trésor américains, selon des chiffres officiels américains. Ce que Pékin redoute par devant tout : une véritable explosion de la dette américaine, laquelle aurait pour conséquence un affaiblissement accru du dollar entraînant de facto une dévalorisation des bons du Trésor détenus par la Chine.

En affichant une perspective négative en juillet 2011, la Standard and Poor’s semble ainsi alerter la Chine sur l’incapacité des politiques américains à endiguer la situation, contexte de nature à impacter grandement la valeur des investissements chinois en dollars. Pourtant, malgré certaines déclarations contre l’hégémonie du dollar, la Chine continue à être un gros acheteur de bons du Trésor. Ainsi, la crise a rendu de facto l’économie américaine encore plus dépendante de la Chine des Etats Unis et la Chine plus dépendante des USA car toute contraction de la demande affecte les exportations chinoises. Mais est ce que cette situation pourra continuer à l’avenir ? Tout dépendra de l‘attitude de la Chine, premier créancier des Etats-Unis et tout le problème est le suivant : les chinois continueront-ils à acheter des bons du Trésor des Etats Unis ? Qu’en sera t-il si la dépréciation du dollar devait continuer dans le temps et l’achat récent des droits de tirages spéciaux (DTS) émis par le FMI par la Chine mais également par l’Inde, n’inaugure t –elle pas un changement de la politique monétaire et une refonte dus système monétaire international?

4-L’inflation est–elle la solution pour éponger la dette publique ?

Concernant la situation spatio-temporelle de la dette publique, les différents Etats au cours de leur histoire ont souvent eu recours à la dette pour faire face à de fortes dépenses, comme les guerres par exemple, mais après des périodes de fortes augmentations, la part de la dette dans le PIB a été rapidement réduite, principalement en raison d’une forte hausse de l’inflation qui réduit la valeur réelle de la dette et d’une croissance forte du PIB. Le recours à la dévaluation a également été pratiqué, y compris à des moments de l’histoire où la monétisation des échanges n’était pas forcément la règle. En effet, les Etats développés misent sur une forte croissance pour pouvoir réduire les déficits budgétaires et diminuer l’endettement public. Mais si la croissance ne dépasse pas 2% par an en termes réels dans les années à venir, comment rembourser la dette? Certes existant d’autres options pour réduire la dette publique comme la pression fiscale ; mais le risque est la récession à la lumière de l’expérience nipponne de 1996 de la réduction des dépenses publiques et se heurtant aux mouvements sociaux.

Alors certains évoquent le recours à l’inflation comme une solution. Selon l’INSEE (2009) pour la France un point d’inflation en plus donne autant de recettes fiscales qu’un point de croissance supplémentaire et dans sa note de conjoncture de mai 2010 la Deutsche Bank note qu’une accélération de l’inflation de 2 à 8% entraînerait une baisse de 21% de la valeur de la dette publique mais avec le risque d’une inflation élevée compte tenu d’une hausse inévitable du taux d’intérêt des nouvelles obligations. Mais l’inflation ne se décrète pas et est le produit de la régulation Or, à la différence de la période historique des Etats Nations, l’économie actuelle est globale et surtout l’introduction des pays émergents à très forte population comme la Chine, l’Inde, le Brésil dont le cout salarial est extrêmement bas , explique que les banques centrales ont beau injecter des centaines de milliards de liquidité contribuant certes à des bulles d’actifs détruisant ainsi la liquidité injectée mais ayant un impact limité sur le processus inflationniste. Et le risque de l’hyperinflation évoquée précédemment par Jacques Attali ne peut se produire que si les couts salariaux des pays émergents approchent le niveau des pays développés et ce dans le cadre de l’hypothèse d‘une croissance faible nous renvoyant à la fameuse théorie des années 1970 de l’échange inégal d’Emmanuel.

Dès lors, l’inflation afin de réduire l’endettement ne peut provenir que de la mise en place des taxes à l’importation expliquant les mesures récentes d’une taxe carbone, des droits et taxes des USA et de l’Europe. Comme conséquence, si le scenario du repli sur soi se réalise, l’on pourrait assister à plus d’inflation, de croissance mais à court terme dans le cadre d’Etats Nations pris individuellement , permettant une dette publique maîtrisée et ce durant une courte période , mais avec le risque d’une implosion de l’endettement à moyen et long terme, la période pouvant être rallongée pour le cas de la Chine ou l’Inde du fait de l’importance de leur marché intérieur mais avec des pertes de gain de compétitivité.

Ces mesures protectionnistes et certaines dévaluations ou réévaluations par zones ne pouvant se faire que lorsque la monnaie est autonome -dollar, livre sterling, yen , Yuan, mais pas individuellement au niveau de chaque pays de la zone euro puisque la monnaie est commune expliquant le dilemme grecque, s’ils ont un impact sur la relance de l’économie interne à chaque zone (re- localiser du travail quitte à ce que les produits soient plus chers), ne feront que diminuer la taux de croissance à l’échelle mondiale pénalisant d’ailleurs les pays pauvres et émergents à moyen terme. Or, même la Chine connaissant un déficit budgétaire important ce qui explique le retour depuis 2010 à l’inflation qui inquiète les dirigeants chinois, la Banque centrale de Chine ayant annoncé le 11 février 2010 un nouveau relèvement du taux de réserves obligatoires des banques et les autorités souhaitent renforcer le contrôle du crédit.

5-Les politiques économiques classiques en désarroi face à la crise

D’une manière générale, les thérapeutiques sur les perspectives de sortie de la crise sont contradictoires entre les partisans de l’orthodoxie monétaire et les partisans de la relance par le déficit budgétaire. Ainsi, la grande majorité des économistes s’accorde aujourd’hui sur la nécessité d’asseoir la macroéconomie sur des fondements microéconomiques.

Les économistes sont mal armés pour analyser le systémique et les phénomènes d’anticipation collective qui provoquent une crise », reconnaît Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, bien que la crise a modifié les comportements par une prise de conscience que la boîte à outils doit changer, que les modèles mathématiques ne permettent pas de prévoir les crises, les économistes devant avoir une approche pluridisciplinaire et travailler plus avec les sociologues et les spécialistes de l’opinion ».

L’Américain Paul Krugman néo-keynésien qui a obtenu, en 2008, le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur le libre échange et la mondialisation dans sa conférence le 10 août 2009 à Kuala Lampur (Malaisie) devant un forum international des chefs d’entreprise « le monde a échappé à une grande dépression mais cela va prendre au moins deux ans minimum sinon plus avant que l’économie mondiale ne se redresse totalement sous réserve de thérapeutiques efficaces ce qui n’est pas évident et que même si le pire de la crise financière soit passé, le monde fait face maintenant à un ralentissement économique durable ». Et à une question posée, il affirmera humblement que les gouvernants et les économistes sont désemparés faute d’un nouveau modèle tenant compte de la complexité du monde actuel.

Ces conflits des doctrines ayant des impacts sur les politiques économiques est résumé par Nouriel Roubini économiste professeur d’économie à l’Université de New York qui avait prédit avec précision en 2006 la crise d’octobre 2008, dans son ouvrage (2010) en collaboration avec Stephen Mihm, professeur d’histoire à l’Université de Géorgie qui redoute qu’un retour prématuré à la discipline budgétaire n’étouffe la reprise économique qui s’amorce, mais le problème des dettes publiques excessives n’étant pas la solution. Il part d’une analyse poussée des différentes doctrines économiques entre les «keynésiens», les «marxistes», les «néo-libéraux» les «monétaristes» dont Milton Friedman et ses disciples, les Chicago Boys et les «Autrichiens» mettant en relief une profonde divergence de la théorie économique face à la crise, interprétant chacune les événements économiques d’après leur conception de l’homme et du monde et de conclure , je le cite : « seule une méthode globale permet de comprendre la crise.

Il nous faut déposer notre idéologie au vestiaire et considérer le problème calmement. Les crises peuvent prendre des formes très diverses et ce qui est adéquat dans une situation déterminée peut ne pas fonctionner dans une autre. La situation actuelle est insupportable et dangereuse et conduira au chaos si l’on n’entreprend pas de réformes profondes. Si les Etats-Unis ne mettent pas de l’ordre dans leur budget et ne font pas davantage d’économies, ils vont au-devant de problèmes douloureux ». Quant à l’Europe pour cet auteur , « des pays comme la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne seront tôt ou tard menacés d’insolvabilité et l’Union européenne redoutera tôt ou tard que ces pays ne sombrent dans un chaos semblable à celui de l’Argentine en 2002 et de l’Islande en 2008. Ces chocs vont bouleverser une nouvelle fois l’économie mondiale. Mais en comparaison du ‹grand séisme› que représenterait un effondrement rapide et incontrôlé du dollar, ces événements paraissent anodins.».

Pour preuve de cette mésentente entre les économises, des propositions qui ne s’attaquent pas à l’essentiel lors des différentes réunions du G20. Le prix Nobel d’économie de 2001 Joseph Stiglitz estime que ces actions ne sont qu’une solution à court terme les comparant à «une transfusion sanguine massive à une personne souffrant d’une grave hémorragie interne». Comme le note avec pertinence l’économiste Jean Marc Vittori dans le financier français les Echos en date du 10 juin 2009, je cite ; «il flotte comme un étrange parfum d’irréalité. Alors que le monde entier affronte une profonde récession après avoir encaissé un choc financier colossal, tout se passe comme si la page avait déjà été tournée. Même s’il serait plus agréable de proclamer que la crise est finie, force est de constater qu’elle ne fait que commencer.

La dette fait des trous partout, dans les comptes des entreprises, des particuliers, des Etats. Nous nous comportons comme un malade qui sortirait de l’hôpital juste après avoir réchappé d’un infarctus, sans avoir changé ni son régime alimentaire ni son mode de vie, sans même avoir fait les examens nécessaires pour vérifier qu’il ne court plus de risque à court terme. Nous n’avons pas tiré les leçons de la crise. Au risque de subir très vite un choc encore plus grand ».

6- Urgence de nouvelles institutions et d’une nouvelle régulation mondiale

L’émergence d’une économie et d’une société mondialisées et la fin de la guerre froide depuis la désintégration de l’empire soviétique, remettent en cause la capacité des États- nations à faire face à ces bouleversements. Les gouvernements à travers les États-Nations – et la crise actuelle en est la démonstration, sont désormais dans l’impossibilité de remplir leurs missions du fait de la complexification des sociétés modernes, de l’apparition de sous-systèmes fragmentés, de l’incertitude liée à l’avenir et de la crise de la représentation politique, d’où l’exigence de s’intégrer davantage dans un ensemble plus vaste pour pouvoir répondre aux nouvelles préoccupations planétaires.

Se pose donc cette question : les institutions internationales telles que le FMI ou la Banque Mondiale, les organisations multilatérales telles que l’OCDE et les organisations à vocation universelle comme les Nations Unies et ses organes subsidiaires (UNESCO, FAO, …) peuvent –elles servir de régulation mondiale? En l’absence d’institutions internationales réformées tenant compte des nouvelles mutations mondiales et notamment des pays émergents, capables de prendre le relais de la souveraineté étatique défaillante, le risque est que le seul régulateur social demeure les forces du marché à l’origine d’ailleurs la crise mondiale actuelle. Ce qui explique la position officielle de la majorité des pays de l’Afrique, demandant l’élargissement du G20 (ce continent étant représenté uniquement par l’Afrique du Sud) et au niveau de instances onusiennes pour une meilleure démocratisation du système des Nations unies, en réclamant deux sièges permanents avec droit de veto au sein du Conseil de sécurité.

L’actuelle crise financière est me semble t- il une crise de confiance, une crise de régulation mais aussi une crise morale due à l’opacité des flux financiers. Cette régulation mondiale est rendue d’autant plus urgente avec cette financiarisation accrue car il s’échange chaque jour 4.000 milliards de dollars de devises sur les marchés des changes, trois fois plus qu’il y a une décennie, selon l’enquête triennale publiée fin aout 2010 par la Banque des règlements internationaux. Les acteurs non bancaires font désormais la moitié des transactions, la City renforçant sa prééminence, avec 37 % des échanges de monnaies et 46 % des transactions sur les dérivés de taux d’intérêt. Paris avec 3 % du négoce de devises et 7 % sur les dérivés (troisième rang derrière Londres et New York). Nous assistons à l’entrée du dollar australien, le won coréen, la lire turque, la roupie indienne, ces monnaies qui progressent, au détriment du billet vert et l’introduction du yuan chinois sur ce marché dans un proche avenir devrait entrainer de profonds bouleversements.

Aussi, selon la BIRD, si le marché des changes a été relativement préservé dans la crise récente, il pourrait en être tout autrement dans les prochaines années, les régulateurs financiers devant mieux surveiller les « non-banques », les « hedge funds » et autres acteurs de plus en plus actifs sur les marchés des changes , la supervision financière britannique ayant révélé sa profonde inefficacité. Rapportées au PIB, les pertes des banques implantées au Royaume-Uni ont été six fois supérieures à ce qui a été enregistré sur le Continent ou aux Etats-Unis. Aussi, l’objectif stratégique est de repenser tout le système des relations économiques internationales et notamment le système financier mondial issu de Breeton Woods en 1945 en intégrant le défi écologique, car en ce début du 21ème siècle, des disparités de niveau de vie criardes font de notre planète un monde particulièrement cruel et dangereusement déséquilibré.

L’abondance et l’opulence y côtoient d’une manière absolument insupportable la pauvreté et le dénuement dont d’ailleurs la mauvaise gouvernance des dirigeants du Sud est en grande partie responsable. Sur les sept milliards d’habitants que compte la planète, un cinquième – dont 44% en Asie du Sud à moins d’un (01) dollar par jour de revenu. Quand on sait que, dans les 25 prochaines années, la population mondiale augmentera de deux milliards d’individus – dont 1,94 milliard pour les seuls pays en voie de développement – on peut imaginer aisément le désastre qui menace cette partie de l’humanité si rien de décisif n’est entrepris.

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