TIPASA :le fort de Cherchell renaît de ses cendres

vendredi 19 mai 2017 à 11:20
Source de l'article : Lesoirdalgerie.com

Lorsque en 2011 et 2013, le fort de Cherchell fut squatté, pour en faire un marché hebdomadaire, puis, une quinzaine commerciale, ensuite une cafétéria dédiée à une marque de boisson gazeuse, et enfin un parking réservé au stationnement, plusieurs citoyens de Cherchell se sont indignés de cette appropriation inexpliquée, et des quotidiens nationaux se sont fait l’écho de cette indignation.
Ces même quotidiens révélèrent alors que «le Fort turc» de Cherchell est «un vestige historique datant du XIVe siècle, compte tenu de sa proximité avec la Fontaine romaine, un autre vestige historique situé à 200 mètres plus loin, en rappelant que ce fort, qui avait été «anciennement bordé de chaises en bois dans les années 1950, puis de sièges en béton au profit des touristes venus admirer le port et son majestueux phare, fut, dans les années quatre-vingt-dix, profané et bétonné, au grand dam des riverains et au mépris de l’histoire». Les Cherchellois, d’abord intrigués, se sont insurgés en disant qu’il y a mépris pour l’Histoire face à ce massacre culturel et à la destruction de ce monument.
Dans ce contexte, récemment, un groupe de jeunes cherchellois, sous la férule d’un médecin, M. Bellahcène, avec la participation active de plusieurs docteurs en archéologie, en architecture, en histoire et d’universitaires enseignants dans les universités de Blida, d’Alger et de Tipasa, s’est organisé dans le cadre d’un collectif appelé «les Amis du Fort de Cherchell».
De cette initiative, une idée à germé avec l’aide du ministère de la Culture et du Musée national de Cherchell ; il s’agissait d’organiser dans le cadre du mois du Patrimoine, une journée d’étude et une exposition sur ce monument disparu qu’est le Fort de Cherchell.
Cette rencontre se veut être, selon ses organisateurs, «la restitution et la vulgarisation à un large public du Fort de Cherchell construit en 1518 par le Turc Arroudj Barberousse et détruit par les Français en 1860».
La recherche menée par ce collectif de scientifiques et de passionnés du patrimoine s’est basée sur un volet théorique, alliant la consultation des archives militaires du château de Vincennes en France et sur un volet de recherche sur le site par l’utilisation de la géophysique avec comme objectif, une recherche «sur la construction et l’architecture de ce fort, son implication dans la défense de la ville, sa géo-localisation et enfin sa modélisation en 3 dimensions».
Lors de cette journée d’étude, plusieurs conférenciers de renom ont présenté des communications de haut niveau, à l’instar de M. Belkacem Babaci, le président de la Fondation Casbah, un éminent chercheur en histoire et écrivain, qui anima le thème «l’agression espagnole et la venue des Ottomans à Cherchell».
Le débat qui s’ensuivit a donné lieu à plusieurs interventions du public, au cours desquels on a remarqué la présence de M. Bouchama, écrivain, ancien ministre et ancien ambassadeur, ainsi que de M. Zebda, le directeur de la culture de Tipasa et la participation de M. Ambes, l’ancien directeur de la culture de Tipasa et de Boumerdès.
Parmi l’assistance, figuraient aussi M. Youcef Khodja, le représentant de l’Organisation nationale des moudjahidine, ainsi que des notables de la ville de Cherchell, à l’instar de MM. Talbi, Behiri, Heraoui, et Bensalah, un éminent archéologue, spécialiste de la recherche archéologique et de la mosaïque ainsi que des artistes-peintres. L’autre expert remarqué au niveau de l’assistance, fut M. Hakim Ayadi, un expert du Craag de Bouzaréah.
Le Dr Rachid Bellahcène, l’inlassable animateur de ce collectif scientifique, s’est évertué à évoquer «l’attaque de Cherchell, par l’amiral espagnol Andrea Doria, à la tête de 25 navires en 1531», avec comme hypothèse que «ce fort de Cherchell aurait été une prison et que sa destruction permettrait l’évasion de 800 esclaves emprisonnés», expliqua l’orateur en ajoutant que «l’amiral Doria fit débarquer trois compagnies pour délivrer ces esclaves, permettant aux soldats de Doria de se livrer au pillage de la ville».
Le Dr Chérif Hamza de l’Institut d’archéologie de l’Université d’Alger s’est attaché quant à lui à la présentation du Fort de Cherchell en évoquant la stèle commémorative de l’époque fatimide, en disant que ce fort fut construit sur la forteresse byzantine qui préexistait, explications suivies en cela par l’intervention du docteur A. Behiri, maître-assistant à l’Université de Blida, qui évoqua, pour sa part, une forte population venue d’Andalousie, poursuivie par les Espagnols.
Quant à M. A. Takouche, enseignant architecte à l’Université de Blida, il a présenté la construction du fort de Cherchell, ses plans et les coupes.
Le jeune R. Khellaf a présenté la place de la ville dans la régence d’Alger, notamment quant à son importance au vu du rôle du chantier de construction navale de Cherchell.
Le Dr Messikh, de l’Université de Blida, a présenté, quant à elle, «la nature des fortifications et les moyens de défense de la ville» en évoquant la structure du bordj de Mostaganem, qui présente, selon des schémas datant de 1841, des similitudes avec celui de bordj Cherchell, en rappelant que le fort de Cherchell fut transformé en prison ottomane, tout en précisant que ce fort n’intéressait pas les Français, sachant qu’il était plus récent que le fort de Joinville. L’orateur a également précisé que Cherchell était incluse dans le territoire de Dar Essoltane.
Lors du débat, M. Zebda, le directeur de la culture, évoqua les canons immergés, dont l’érosion n’a pas permis de les dater. Cela a permis à M. Bensalah, l’archéologue, d’intervenir dans le débat et d’évoquer l’état des canons qui furent retrouvés au port de Cherchell lors de son dragage et le problème causé par une érosion maritime avancée et, partant, tenter de trouver le mode de leur conservation. M. Ambes, l’ex-directeur de la culture, évoqua, à son tour, les 7 canons retrouvés en 2010, et les travaux concernant les 20 autres canons se trouvant toujours sous l’eau. A ce sujet, une intervenante a évoqué les 1 575 canons récupérés par l’armée française, à Alger, dont plusieurs furent expédiés aux Invalides et d’autres qui sont dans la baie d’Alger.
Monsieur B. Babaci, lors de son intervention, a révélé que «le canon de Baba Merzoug», un canon de 9 pouces, ancêtre des orgues de Staline, construit au 16e siècle par les Turcs, se trouve aujourd’hui chez les Français qui ne l’ont pas restitué.

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