Après le lynchage d’un pickpocket au marché d’Akbou : Autodéfense, « justice populaire » et inquiétante mentalité de Far-West

mercredi 2 novembre 2016 à 21:27
Source de l'article : Reporters.dz

Le marché de gros de fruits et légumes de Bouyizene, dans la périphérie de la ville d’Akbou, a été lundi 31 octobre 2016, le théâtre d’un acte barbare digne de l’âge des pierres.

Alors que tout le monde vaquait à ses préoccupations dans un climat serein au niveau de ce paisible marché, soudain, un vieux éleveur lance à tue-tête un cri de détresse au milieu d’une foule aussi dense que compacte. Que s’est-il passé en cette matinée de lundi ? Un voleur à la tire, connu dans les milieux de la délinquance, venu de la daira d’El Kseur, a tenté de dérober le portefeuille du vieux commerçant.
Pris la main dans le sac, le pickpocket sera vite dénoncé par la victime qui appelle au secours. Le voleur ne pouvait se frayer un chemin pour prendre la fuite face à une véritable marée humaine qui l’entoure de toute part. Aussitôt intercepté par certains commerçants et citoyens présents sur les lieux, il se fait capturer avant d’être déshabillé et suspendu contre la mur de clôture du marché.
La réaction des personnes présentes et celles qui arrivent au fur et à mesure, est terrifiante, voire choquante. Le voleur, ligoté par les pieds et pendu au mur, sera livré à la vindicte populaire. Lynché jusqu’à perte de connaissance, il est devenu la cible de tous les citoyens qui s’adonnent à un acte cruel et inhumain dans une impunité la plus totale. Selon des témoins oculaires, il aura fallu l’arrivée tardive de la police et des éléments de la protection civile pour que cette scène de violence cesse. Les agents de la sûreté de daira d’Akbou et les pompiers qui sont intervenus sur les lieux, ont du mal à évacuer le corps inerte du jeune malfaiteur.
« Il doit mourir aujourd’hui. On ne va pas le lâcher ! », lancent haut et fort certains citoyens visiblement gagnés par un sentiment vindicatif. D’autres personnes, notamment des jeunes, profitent de la scène pour prendre des photos ou des vidéos choquantes qui seront ensuite postées sur les réseaux sociaux.
Après une bataille psychologique et un travail pédagogique, les services de police ont pu délivrer l’infortuné pickpocket, surnommé « El Hadjla ». Ce dernier a été transféré aux urgences de l’hôpital Akloul Ali de la ville d’Akbou, dans un état critique. De folles rumeurs faisant état de la mort de ce voleur lynché atrocement, circulaient à longueur de la journée dans toute la région de la Soummam.

Des messages sur cet acte ignoble et des vidéos montrant le voleur déshabillé et pendu au mur, ont fait le buzz sur la toile.
Ce n’est que vers 18h00, que les autorités locales ont réagi pour mettre un terme à ces rumeurs. La vie du jeune Makhlouf L., originaire d’El Kseur, est hors de danger. Il venait de se réveiller au service de chirurgie générale de l’établissement public hospitalier d’Akbou. Hier encore, le sort réservé à ce voleur a été le sujet de discussion dans la wilaya de Béjaïa, où de nombreux citoyens que nous avons rencontrés n’ont pas caché leur indignation face à cet acte qualifié de « barbare » et « choquant ».
Pour Nacer B., professeur de l’enseignement secondaire, ce qui s’est passé ce lundi à Akbou est un phénomène aussi choquant que gravissime. Le vice-président de la ligue algérienne pour La Défense des droits de l’homme (LADDH), M. Said Salhi, a pour sa part, tenu à dénoncer cet acte barbare. « C’est un supplice affreux.
Un acte condamnable. Beaucoup de gens ont été outrés même sur les réseaux sociaux. Je pense qu’on ne doit pas continuer à banaliser de tels actes. Bien au contraire, ce qui vient de se passer à Akbou doit interpeller la conscience de tout un chacun de nous », s’est-il indigné. M. Salhi estime que « cet acte barbare qui constitue une atteinte à la dignité de la personne, cache mal le degré de la haine et de violence qui couvent au sein de notre société ».
Par ailleurs, le responsable de la LADDH affirme que son ONG plaide pour l’ouverture d’une enquête judiciaire approfondie en vue de situer la responsabilité de tout un chacun et prendre les mesures qui s’imposent en pareil cas. A noter que du côté de la classe politique c’est le silence radio. Hier, une enquête a été ordonnée par le parquet d’Akbou. Et nombre de personnes, impliquées et identifiées dans cette opération punitive, seront arrêtées et poursuivies en justice, a indiqué le chef de Sûreté de Béjaïa, affirmant que c’est un cas d’espèce « très grave ».

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