Le discours de stigmatisation ne peut remplacer l’absence de projet politique

mardi 8 novembre 2016 à 14:59
Source de l'article : Algerie360.com

En période de crise, le rôle de bouc émissaire des pauvres et des immigrés est hélas récurrent chez une partie des politiques à travers le monde. En Algérie, cette stigmatisation a plusieurs avantages. D’une part, elle permet de cacher un bilan socio-économique déplorable au regard des sommes investies dans les différents plans quinquennaux (750 milliards de Dollars). D’autre part, il a aussi l’avantage de faire oublier les vrais problèmes qui empêchent notre développement, à savoir : les sommes considérables soustraites au fisc par certains ménages riches ou certaines entreprises, la corruption, la bureaucratie, le niveau de pauvreté (35% de la population algérienne), le chômage des jeunes, etc.

Il est plus facile pour certains médias et certains politiques de la majorité aux pouvoirs, de suggérer que votre voisin est fainéant, que le pauvre pille les caisses de la nation ou que l’immigré déstabilise notre pays.

Ce discours est à la fois dangereux mais surtout saugrenu. En effet, si l’on parle des subventions, les études des institutions internationales montrent qu’en Algérie, la plupart des subventions profitent davantage aux riches qu’aux pauvres. A titre d’exemple, 20 % des Algériens les plus riches consomment six fois plus de carburant que les 20 % des plus pauvres. Cette tendance se retrouve également de façon moins significative pour l’électricité et l’alimentaire. Il est plus que temps de mettre fin aux subventions généralisés à effets pervers qui ne profitent ni à l’économie, ni à l’environnement, ni aux pauvres et qui nous permettrait d’utiliser autrement les fonds publics pour financer notre développement. Malheureusement, les réformes qui consisteraient à cibler les subventions afin d’aider les classes pauvres et moyennes sont difficiles à réaliser, car les groupes d’intérêts se développent pour faire en sorte que les subventions généralisées soient maintenues pour satisfaire leurs intérêts propres ou maintenir certaine fraude.  Aujourd’hui l’Etat dépense plus pour les riches que pour les pauvres, ce n’est donc pas eux que les massives de certains politiques devraient s’adresser.

En ce qui concerne, la productivité du travail. En Algérie, elle traine loin derrière celle de ses potentiels concurrents (en cas de développement) sur les marchés européens, tels que la Pologne, la Turquie et la Roumanie. Mais aussi loin derrière les grands pays émergeants asiatiques voir simplement du Maroc. Sur le plan comptable, les chiffres donnent – en apparence – raison au propos de M.Ouyahia. Même si je reste un fervent défenseur de la « valeur travail » pour sa prédominance dans l’économie. Je suis aussi de ceux qui pensent qu’une majorité du peuple se retrousse déjà les manches.

En effet, faire des généralités sur un ressenti ou sur un constat uniquement chiffré serait un raccourci simplicité. La productivité du travail dépend essentiellement de la qualité du capital humain et de la technologie et management utilisés. L’amélioration de la qualité du capital humain passe inéluctablement par la refonte du système d’éducation et de formation professionnelle. Sur ce point, si les algériens peuvent donner l’impression qu’ils sont insuffisamment productifs, c’est bien à cause de l’inefficacité des politiques publiques en la matière. De plus, le fait d’avoir favorisé les importations au détriment de la production locale a considérablement minorer l’effet d’apprentissage qui traduisent l’influence des gains de productivité globale sur le coût de production.

En fin, sur le dernier point concernant les algériens de l’étranger accusés de tous les mots. Selon différentes études, la contribution positive des émigrés dans le développement des sociétés marocaine ou tunisienne est indéniable. En effet, dans ces pays les nationaux de l’étranger se trouvent au cœur d’un certain nombre de défis auxquels le pays est confronté. L’apport économique demeure certes le plus important (transferts financiers en devises, transferts sociaux, les transferts en « know how », etc.) mais force est de constater que les implications sociales, culturelles et politiques sont également perceptibles et présentent un intérêt certain. Aujourd’hui l’immigration algérienne constituerait plutôt un levier de développement qu’un risque qui déstabiliserait notre pays.

Aujourd’hui le vrai risque est ailleurs. Nous sommes devenus un pays sans perspective, sans projet, à l’arrêt. L’action publique n’est que débauche de promesses sans aucune réflexion globale et sans projet pour la nation. Aucune réforme structurelle n’a été faite durant les vingt dernières années.

Comment voulez-vous dans ces conditions que des projets individuels ou entrepreneurials puissent se projeter ? Pourquoi investir dans un pays dont le cadre est flou voire inexistant ? L’Algérie, est un pays à « risque politique élevé » pour les gestionnaires de risques et courtiers en assurances les plus importants du monde. Selon, leurs rapport: « L’environnement politique en Algérie reste parmi les plus fragiles dans la région Moyen Orient et Afrique du Nord, avec de hauts niveaux de violence politique, de risques juridiques et réglementaires, de perturbation de la chaîne d’approvisionnement et d’ingérence politique ». Ce type de rapport à une influence sur l’investissement étranger et sur la couverture de leurs risques qui est indexée sur ces notations.  Dans ces conditions, pourquoi une certaine classe politique remplace la recherche d’un projet par des batailles imaginaires ou des batailles réelles, mais accessoires ou satellitaires.

Si on ne fait pas maintenant des réformes, on devra les faire sous la pression des événements, quand le FMI nous les imposera faute de financement. Il est temps d’arrêter la politique politicienne et penser à l’avenir de la nation.

Nous avons besoin d’un big bang institutionnel, économique et social. Les Algériens sont prêts à des réformes importantes à condition que l’état réduit sensiblement son train de vie. Nous sommes un grand peuple qui a montré à deux reprises depuis notre indépendance notre capacité de se reconstruire. Il faut juste partager avec lui ce qui se passerait si on ne le fait pas. Aujourd’hui, l’absence de projet, de justice sociale et notre environnement crée les conditions d’un retour à la décennie noire. Ce vide est dangereux alors agissez au lieu d’avoir des discours de stigmatisation envers certains algériens.

Benadda Yassine

Expert en Finance et commerce international

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