Y a-t-il vraiment une « révolte du bikini » en Algérie?

lundi 7 août 2017 à 16:23
Source de l'article : Huffingtonpost.fr

ALGÉRIE – Mettre un bikini et se baigner avec pour protester contre le conservatisme. C’est en substance ce que proposerait de faire la « baignade républicaine », qui doit se tenir ce lundi 7 août, sur la plage de Tichy en Algérie, rapportent BFMTV et Marianne.

Une initiative qui ne serait pas une première. D’autres « opérations bikini » auraient eu lieu pendant le mois de juillet, notamment à Annaba, pour inciter les femmes à résister à la pression religieuse et au harcèlement, relate Rehda Menassel, correspondant à Alger pour BFMTV. Même s’il est officiellement autorisé sur les plages algériennes, le maillot deux pièces est parfois mal vu et considéré comme une tenue choquante pour se baigner.

Selon l’Obsces initiatives ont été lancées sur un groupe Facebook privé créé par une militante des droits féministes originaire de la ville d’Annaba, sa volonté étant de montrer l’insoumission des femmes face aux menaces et intimidations qu’elles subiraient quand elles ne portent pas de tenue « approuvée » par les conservateurs.

« Le but n’est pas de faire du bruit et encore moins de faire le buzz, mais de changer la société profondément et en douceur. Ceci ne pourra se faire qu’en habituant des milliers de voyeurs à ce qu’ils considèrent encore comme étant interdit. Nous ne voulons pas changer leur vision des choses, mais simplement leur inculquer la tolérance et l’acceptation de l’autre », a expliqué la créatrice du groupe Facebook, citée par l’Obs.

Si dans les différents articles en France relatant ces rassemblements il est parfois questions de « milliers de femmes », des journalistes algériens modèrent la portée de ces événements.

Yasmine Taouint, journaliste au HuffPost Algérie a fait un reportage sur une plage « populaire » de la ville d’Alger jeudi 3 août. « Dans l’eau, des hommes en tenue de bain se mélangent à des enfants, des jeunes femmes en maillot de bain, en robe ou même des femmes voilées », écrit-elle. « Dans certaines plages de la capitale, modère-t-elle, et qui sont principalement fréquentées par des jeunes hommes, il paraît peu probable de trouver des femmes en maillot de bain ».

Interrogée par Le HuffPost France, elle précise: « Nous ne sommes pas dans une société où l’on pourra se mettre en topless ou en maillot très échancré ». Elle-même âgée de 25 ans assure: « Personnellement, comme dans mon entourage, je n’ai jamais rencontré de problème par rapport au choix de la tenue sur la plage ».

De son côté, Mohamed Mehdi, journaliste au Quotidien d’Oran a pris la parole dans une tribune publiée sur le HuffPost Algérie ce lundi 7 août. Il entend soulever des incohérences relayées dans les médias français et algériens, en particulier concernant le nombre de participantes dans ce qu’il appelle « le feuilleton de l’été ». « Dans l’unique image publiée de ces ‘rassemblements’ de militantes (voir le tweet plus haut, NDLR), on dénombre 24 femmes en bikini dont la moitié en short ou enfilant une serviette de plage au niveau de la taille. On est bien loin des 3260 membres. »

Journaliste à El Watan, Adlène Meddi, interrogé par Le HuffPost, critique quant à lui l’exagération dans le traitement médiatique de cette « révolte du bikini » qui n’a pas attendu 2017 pour émerger. « Il existe un ras-le-bol réel quant à la place de la femme et des autres libertés individuelles mises à mal dans notre société. Beaucoup de gens militent, parfois pas de manière publique. Ce combat féministe existe depuis longtemps, c’est un combat quotidien. Même dans les années 90, pendant la guerre civile, quand les femmes risquaient la mort faute de porter un voile, certaines d’entre elles allaient à la plage en maillot de bain. Aujourd’hui la situation ne s’est pas améliorée, moi-même je ne vais plus à la plage depuis 2008, je n’en peux plus de cet accaparement de l’espace public par le voile. »

C’est une aussi « recontextualisation » faite depuis la France qui exaspère Adlène Meddi . « On donne à ces initiatives une couverture politique en qualifiant de ‘républicaines’ ces baignades. Or, si vous allez à la plage en Algérie aujourd’hui, personne n’aura entendu parler de ‘baignades républicaines’, si vous parlez de ‘baignades contre les barbus’, là ce sera tout de suite plus parlant », assure-t-il dénonçant « le regard paternaliste » de certains médias. C’est beaucoup plus subtil, on recontextualise depuis la France alors que ce combat est plus large, plus quotidien. »

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